[Libr-retour] Laurent Grisel, Journal de la crise de 2007, par Fabrice Thumerel

[Libr-retour] Laurent Grisel, Journal de la crise de 2007, par Fabrice Thumerel

juillet 16, 2017
in Category: Livres reçus, UNE
0 2645 14
[Libr-retour] Laurent Grisel, Journal de la crise de 2007, par Fabrice Thumerel

Le moment étant venu de se mettre en Libr-vacance, rien de tel que de prendre le temps de se plonger dans une somme dont on sort grandi. [Sur la crise des subprimes, on ne peut que (re)lire le roman de Mathieu Larnaudie, Les Effondrés]

Laurent Grisel, Journal de la crise de 2006, 2007, 2008, d’avant et d’après, tome II : 2007, Publie.net, hiver 2016-2017, 375 pages, 24 €, ISBN : 978-2-37177-464-3.

Voici un journal intellectuel précieux parce que rare : non pas intellectualiste, mais habité par le monde social au travers de l’actualité internationale. Un journal extérieur, pour reprendre la formule d’Annie Ernaux, mais à la différence des volumes écrits par l’illustre écrivaine, ceux de Laurent Grisel sont plus abstraits, s’attachant à décrypter les mécanismes complexes de la crise des subprimes. Ce sont ici les dimensions politique et socio-économique qui prévalent, l’auteur s’appuyant sur des lectures éclairantes (articles de presse, essais).

Les entrées du Journal sont regroupées dans des rubriques aux titres parfois paradoxaux : "Ce qui marche, dans le capitalisme, c’est le communisme" (la prédominance de la coopération sur l’individualisme) ; "Une mathématisation du puritanisme"… Dans ce journal critique abondent les saillies satiriques, comme celle-ci : "Michel Onfray, un philosophe ultra-rapide, capable de ramener n’importe quel philosophe de n’importe quelle époque aux lieux communs du temps présent" (p. 103) ; ou subtilement polémiques : « Christine Lagarde, notre ministre de l’économie, aux "Rencontres financières de Paris Europlace" : " Vous qui partez chercher au loin les clés du paradis fiscal, je vous dis : "revenez, ce n’est plus le purgatoire ici" ". Certes, c’est le paradis » (152)… Mais ce qui en fait surtout le prix, ce sont ses analyses des stratégies du pouvoir. Voyez un peu : « Suivez la consigne : qualifiez de preneurs d’otages, dans tout rapport de forces, la partie adverse, ainsi vous faites d’une pierre deux coups : vous êtes une victime, et jamais vous n’employez, continûment, violemment, chaque jour, chaque heure et depuis des générations et des générations un rapport de forces favorable pour soumettre vos employés. "[…] en otages le groupe japonais et les salariés", ah que la grammaire est belle avec ce "et" qui met le capital et le travail dans le même bateau » (35-36)…

, , , , , , ,
Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

View my other posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *