[recherche] L'oeil sociopoétique de Jêrome Meizoz, par Fabrice Thumerel

[recherche] L’oeil sociopoétique de Jêrome Meizoz, par Fabrice Thumerel

janvier 23, 2006
in Category: recherches
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Fabrice Thumerel
Le Gueux Philosophe (Jean-Jacques Rousseau),
Éditions Antipodes, Lausanne, 2003
L’Œil sociologue et la littérature,
Slatkine, Genève, 2004

La métaphore utilisée par Jérôme Meizoz dans le titre de son dernier essai, qui offre un clin d’œil à un autre critique genevois, le réputé Jean Starobinski (L’Œil vivant, Gallimard, 1961), convient parfaitement à l’optique choisie : exposer la spécificité d’une sociologie du champ dont la dimension dominante est spatiale, la féconde intersection entre sociologie et littérature, après un siècle de méfiance ou d’ignorance réciproque. C’est dire que l’auteur prend soin de rappeler les principaux apports du modèle théorique progressivement mis au point par Pierre Bourdieu (1930-2002) en une trentaine d’années : l’objectivation du rapport aux modèles dominants (par exemple, l’historicisation du textualisme permet d’échapper à la fétichisation du texte) et l’explication du conservatisme critique («les catégories de la critique littéraire sont souvent des conceptualisations calcifiées de poétiques anciennes qui ont réussi» — p. 42) ; sur le plan méthodologique, la constitution d’un objet et d’un corpus d’étude indépendamment du système normatif, la construction de l’espace des possibles — c’est-à-dire des problématiques, des valeurs, ou des auteurs en vogue — comme condition sine qua non de toute analyse des œuvres retenues, la redéfinition des notions d’«auteur», de «genre», ou de «style», et, toujours grâce au mode de pensée relationnel, la fructueuse confrontation des textes littéraires aux autres discours sociaux… Jérôme Meizoz n’oublie pas pour autant de synthétiser les diverses critiques, même s’il ne mentionne pas directement la plupart de celles que contient le volume collectif dirigé par Bernard Lahire, pourtant cité en bibliographie (Le Travail sociologique de Pierre Bourdieu : dettes et critiques, La Découverte, 2001) : l’«universalité problématique» du concept de champ ; le réductionnisme et le dominocentrisme d’un modèle qui fait prévaloir l’objectif sur le subjectif, les données et les stratégies sociales sur la singularité des individus et de leurs discours, et se focalise sur la production hexagonale, les auteurs et les genres dominants… D’où la variété et l’intérêt des travaux qui revendiquent l’héritage critique de Pierre Bourdieu. Les plus marquants s’attachent à la diffusion et la réception des textes, au processus de légitimation, aux productions mineures, aux «conditions concrètes de possibilité d’une innovation littéraire sur fond de la production moyenne d’une époque» (p. 26)…

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Fabrice Thumerel

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