12 12 2006

Quelles sont les relations entre les lobbys et le pouvoir ? Est-il normal que deux des plus importants actionnaires d’une entreprise de lobbying (PIC-conseil/Domaines publics) soient employés au Ministère de l’Intérieur ?

Lundi 11 décembre, Canal + et Lundi investigation ont montré une enquête sur les lobbys dans La République, qui si elle était relativement peu approfondie, n’allant jamais interviewer de politologues ou de chercheurs sur cette question, cependant, dans sa dernière partie, mettait en évidence certaines questions par rapport aux relations entre les lobbyistes et Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy, non pas président de l’UMP, mais, en tant que Ministre de l’Intérieur, siégeant place Beauvaux.
En effet, Nicolas Bourgoin et son équipe semblent avoir découvert une très étrange affaire, qui n’en doutons pas, pourrait faire du bruit médiatiquement. Au cours de leur enquête sur les lobbys, après avoir montré, en quel sens, d’une manière invisible ils étaient présents dans les couloirs de la République, de même qu’ils tentaient d’infiltrer le pouvoir via les attachés parlementaires, ils se sont intéressés au cas de Frédéric Lefebvre et Stéphane Denoyes, tous les deux actionnaires majoritaires de Pic-conseil/Domaines-Publics, une entreprise de lobbying installée à Paris. Chose étrange, les deux hommes d’après cette enquête, ce que n’avait pas révélé dans son enquête L’express du 28/09/2006, ne sont pas seulement en relation au pouvoir, mais semblent travailler Place Beauvaux. C’est ainsi que l’on voit Nicolas Bourgoin téléphoner au Ministère de l’Intérieur, et avoir pour correspondant la secrétaire de Stéphane Denoyes, qui suite à une question judicieusement piège de la part du journaliste, est forcée d’avouée que son supérieur n’a en fait aucune fonction précise au ministère. La suite de l’enquête est encore plus intéressante, au sens où, aux journées de l’Université d’été de l’UMP, demandant à Nicolas Sarkozy, s’il sait que Frédéric Lefebvre est un actionnaire d’une entreprise de lobbying défendant entre autres le tabac et les spiritueux, celui-ci dit immédiatement que non, alors qu’il est connu de notoriété publique qu’il a fondé son entreprise de lobbying depuis 1996 [lire son portrait sur Marianne].
Dès lors des questions se posent, alors que la France depuis 1791, et notamment ensuite avec la Vème République a renforcé sa défiance vis-à-vis des lobbys et des influenceurs de la sphère privée, contrairement aussi bien à ce qui se passe au Québec qu’au sein des institutions de l’Union Européenne [lire sur Wikipédia], quel est le rôle précis de ces instances actuellement au niveau du pouvoir français ? Ne serait-il pas temps, au lieu de se fermer les yeux ou bien de vouloir les interdire, ce qui ne ferait que renforcer l’opacité, de légiférer réellement sur cette question, comme y invite Emiliano Grossman [chercheur en sciences politiques au Cevipof] disant à Lacroix le 7 décembre 2006 : « Les lobbies existent et agissent. La question n’est donc pas de savoir si cela est souhaitable ou non. C’est plutôt l’absence de règles qui pose aujourd’hui problème » ?
Ainsi, on voit à travers cette question à quel point la distance entre les citoyens et le pouvoir lié aux entreprises se creusent. Alors que le MEDEF par ses pressions a réussi a vider de tout contenu, ce qui était demandé comme class-action à la française, ceci pouvant permettre une réelle pression pénale et judiciaire sur les entreprises privées lors de litiges avérés, ces mêmes entreprises interviennent de plus en plus directement au sein du pouvoir, certains de leur représentant, étant, comme cela se voit avec les cas de Stéphane Denoyes et Frédéric Lefebvre, employés par un ministère, comme si d’un coup, ils n’avaient plus de liens avec leur entreprise, comme si d’un coup, ils ne défendaient plus leurs propres intérêts privés…

[lire aussi sur agoravox cet article de Vincent Nouzille]

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6 12 2006

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Tristan Mendes France et Alban Fisher semblent inaugurer - ou du moins être dans les premiers à le faire - une nouvelle forme de journalisme, non plus seulement un journalisme citoyen, mais un journalisme d’enquête fondé sur une interactivité avec les internautes qui suivent en quasi-temps réel leur parcours, pouvant intervenir par leur commentaire sur le parcours de ceux-ci. Cette expérience se déroule sur blogtrotters.fr.

Tout commence avec leur décision de partir au Cambodge afin de témoigner de la mémoire cambodgienne face aux Khmers rouges, et du généocide qu’ils ont perpétré. Avant même leur voyage, débuté samedi 2 décembre 2006, ils lancent leur blog et les premières vidéos préparatoires, avec aussi bien Rithy Panh, réalisateur du documentaire mondialement connu “S21″, qui annonce la prochaine inauguration du Centre de documentation et de mémoire Bophana, qu’avec Sébastien Turcat qui, en tant qu’assistant parlementaire, a soutenu ce projet.

Début décembre, ils décollent enfin vers le Cambodge, et après quelques déboires de valise, qu’ils relatent avec humour, commencent leur investigation. Dès leur arrivée, ils vont à la rencontre d’Hisham Moussar, responsable d’une ONG sur la mémoire cambodgienne, et nous découvrons à quel point même les générations qui n’ont pas connu la tragédie des quelques années de régime des Khmers rouges sont marquées par cette période. Au deuxième jour, ils retrouvent Rithy Panh à Phnom Penh, lors de l’inauguration du Centre Bophana, où celui-ci, loin justement de seulement parler des années noires, ouvre la mémoire cambodgienne bien au-delà, rappelant que la richesse historique de cette mémoire, si elle doit porter en elle cette trace indélébile, doit ttoutefois aussi la dépasser pour montrer l’ampleur de la trajectoire de cette nation dans le temps.
En parallèle de leur parcours, dès le premier post vidéoblogué, les commentaires apparaissent, aussi bien des encouragements que des discussions, et ceci simultanément à leur enquête. Et c’est nouveau, car différent de la seule pratique a posteriori mise en oeuvre la plupart du temps ; une forme possible d’interactivité naît, et, peut-être, des spécialistes de l’histoire du Cambodge pourront-ils intervenir, indiquer des lieux ou des personnes à rencontrer. Une telle initiative, si elle est permise par la miniaturisation des moyens audiovisuels et par leur accès de plus en plus facile pour les masses, est surtout due à la logique de diffusion Web qui permet de plus en plus facilement de transmettre en temps réel les contenus multimédias, comme le rappelle entre autres Natacha Quester-Siméon, dans la preview d’un débat sur France 24 avec Sylvain Attal et Tristan Mendes France, que l’on peut voir sur mémoire-vive.org.

Il est évident que ce journalisme des (b/v)logtrotters va se développer de plus en plus, et je peux d’ores et déjà annoncer qu’une telle initiative sera reprise du 28 février au 5 mars 2006 à Tanger, au Maroc, lors du Salon du livre francophone dirigé cette année par l’écrivain Bernard Desportes, où, invité en tant qu’écrivain, je tenterai de lancer, sur la question de la littérature au Maroc et sur ce salon, une série de reportages que les internautes pourront moduler à partir d’un blog. À suivre, donc.

article paru sur agoravox

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6 12 2006

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Sur Regarde à vue, un entretien avec un ancien policier qui raconte maintenant qu’il n’appartient plus à ce corps d’Etat, comment est géré ce service publique, qui lui apparaît davantage comme un instrument de pouvoir qu’un service destiné aux citoyens et à la paix sociale. L’interview est magistral, cet ex-policier, très clair et précis dans ses formulations, analyse question après question chaque problème qui apparaît : statistiques, infractions, contrôle du territoire, stratégies politiques, logique de l’augmentation des délits. Se pose beaucoup de questions à partir de cet entretien : la question de l’opacité entre les citoyens et ce type de service.
” Parce que la répression syndicale touche tous les milieux et qu’il convient tout particulièrement de museler ceux qui occupent des postes clés comme dans la police, un témoignage contre les catégorisations faciles, les analyses simplificatrices qui s’adressent à toutes et à tous.Un témoignage qui éclaire aussi sur une des réalités de l’application des politiques sécuritaires mises en oeuvre par les derniers gouvernements.

Ce témoignage a été tourné à la suite d’une rencontre. Lors d’une de ces conférences sur la politique sécuritaire et ses dérives. Vers la fin, un homme s’est levé. Il a déclaré qu’il venait de quitter la police, que la plupart des dérives que l’on venait d’évoquer n’était pas le fruit du hasard mais bien le résultat d’une politique élaborée au plus au niveau et transmise, ensuite, de manière pyramidale à travers la hiérarchie policière. Il avait réussi à s’en sortir, au prix d’un changement de carrière complet, là où la plupart de ses collègues avait fini par plier l’échine ou par « craquer ». Des mois, des années de lutte, pour ne pas se faire broyer administrativement et humainement par un système d’autant plus puissant qu’il a quasiment éliminé toutes formes de contestation en son sein.”

[voir]

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