Quelles sont les relations entre les lobbys et le pouvoir ? Est-il normal que deux des plus importants actionnaires d’une entreprise de lobbying (PIC-conseil/Domaines publics) soient employés au Ministère de l’Intérieur ?
Lundi 11 décembre, Canal + et Lundi investigation ont montré une enquête sur les lobbys dans La République, qui si elle était relativement peu approfondie, n’allant jamais interviewer de politologues ou de chercheurs sur cette question, cependant, dans sa dernière partie, mettait en évidence certaines questions par rapport aux relations entre les lobbyistes et Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy, non pas président de l’UMP, mais, en tant que Ministre de l’Intérieur, siégeant place Beauvaux.
En effet, Nicolas Bourgoin et son équipe semblent avoir découvert une très étrange affaire, qui n’en doutons pas, pourrait faire du bruit médiatiquement. Au cours de leur enquête sur les lobbys, après avoir montré, en quel sens, d’une manière invisible ils étaient présents dans les couloirs de la République, de même qu’ils tentaient d’infiltrer le pouvoir via les attachés parlementaires, ils se sont intéressés au cas de Frédéric Lefebvre et Stéphane Denoyes, tous les deux actionnaires majoritaires de Pic-conseil/Domaines-Publics, une entreprise de lobbying installée à Paris. Chose étrange, les deux hommes d’après cette enquête, ce que n’avait pas révélé dans son enquête L’express du 28/09/2006, ne sont pas seulement en relation au pouvoir, mais semblent travailler Place Beauvaux. C’est ainsi que l’on voit Nicolas Bourgoin téléphoner au Ministère de l’Intérieur, et avoir pour correspondant la secrétaire de Stéphane Denoyes, qui suite à une question judicieusement piège de la part du journaliste, est forcée d’avouée que son supérieur n’a en fait aucune fonction précise au ministère. La suite de l’enquête est encore plus intéressante, au sens où, aux journées de l’Université d’été de l’UMP, demandant à Nicolas Sarkozy, s’il sait que Frédéric Lefebvre est un actionnaire d’une entreprise de lobbying défendant entre autres le tabac et les spiritueux, celui-ci dit immédiatement que non, alors qu’il est connu de notoriété publique qu’il a fondé son entreprise de lobbying depuis 1996 [lire son portrait sur Marianne].
Dès lors des questions se posent, alors que la France depuis 1791, et notamment ensuite avec la Vème République a renforcé sa défiance vis-à-vis des lobbys et des influenceurs de la sphère privée, contrairement aussi bien à ce qui se passe au Québec qu’au sein des institutions de l’Union Européenne [lire sur Wikipédia], quel est le rôle précis de ces instances actuellement au niveau du pouvoir français ? Ne serait-il pas temps, au lieu de se fermer les yeux ou bien de vouloir les interdire, ce qui ne ferait que renforcer l’opacité, de légiférer réellement sur cette question, comme y invite Emiliano Grossman [chercheur en sciences politiques au Cevipof] disant à Lacroix le 7 décembre 2006 : « Les lobbies existent et agissent. La question n’est donc pas de savoir si cela est souhaitable ou non. C’est plutôt l’absence de règles qui pose aujourd’hui problème » ?
Ainsi, on voit à travers cette question à quel point la distance entre les citoyens et le pouvoir lié aux entreprises se creusent. Alors que le MEDEF par ses pressions a réussi a vider de tout contenu, ce qui était demandé comme class-action à la française, ceci pouvant permettre une réelle pression pénale et judiciaire sur les entreprises privées lors de litiges avérés, ces mêmes entreprises interviennent de plus en plus directement au sein du pouvoir, certains de leur représentant, étant, comme cela se voit avec les cas de Stéphane Denoyes et Frédéric Lefebvre, employés par un ministère, comme si d’un coup, ils n’avaient plus de liens avec leur entreprise, comme si d’un coup, ils ne défendaient plus leurs propres intérêts privés…
[lire aussi sur agoravox cet article de Vincent Nouzille]

