26 09 2006

Alors que la blogosphère tous les mois s’amplifie, devient de plus en plus courant un regard auto-réflexif des blogs sur eux-mêmes, à savoir la pratique du méta-bloging. C’est donc pour nous l’occasion d’interroger, à l’heure ou les blogueurs apparaissent sur Wikipédia, ce qu’est la nature de leur influence. Dépasse-t-elle dans beaucoup de cas le champ des micro-sphères ?

Depuis que Loïc Lemeur avec son podcast de Nicolas Sarkozy a défrayé les passions, la question récurente de l’influence des blogueurs se pose. Est-ce que les blogs ont une réelle influence, ou bien leur puissance tient-elle à une autre forme d’expression ? Cette question est d’autant plus intéressante à traiter, que les blogueurs commencent à avoir leur page sur Wikipédia, et que ces entrées peuvent susciter débat, comme on peut le lire ou encore .

Cette question est à redoubler, avec deux autres faits : 1/ tout d’abord la dénonciation du pouvoir politique et social des grands médias audio-visuels liés à l’économie par François Bayrou et 2/ de l’autre par le fait que lors de l’université d’été de l’UMP, ce parti à proposer à ses militants de leur fournir une plateforme blog gratuite sur typepad, et de rendre cela attractif par un concours de blogs. Deux nouvelles contradictoires, mais qui pourtant comme je vais le montrer se complètent.

Pour comprendre cette question, il faut tout d’abord expliquer, en quel sens les mass-médias, quelque soit la pertinence des analyses de Joël de Rosnay sur la révolution pronétarienne, restent puissants et influenceurs quant à la représentation de la société et de ses crises. Les mass-médias, et notamment et surtout le 20 H des télévisions, s’adressent non seulement à des millions d’individus, mais en plus à une frange de population qui ne se tient informée que par ce biais, que selon l’angularité de l’actualité, telle qu’elle est montée, décryptée. Même si le deuxième accès à l’actualité, reste encore les quotidiens, non pas nationaux, mais régionaux (qui sont eux-mêmes liés à des intérêts économico-politiques importants). La réception des informations, comme on le sait, n’est pas active, ne peut être rectifiée, discutée en temps réel face à l’agora des téléspectateurs, mais, elle est passive. Dès lors, et pour faire court, l’influence que met en avant Bayrou, est réelle, mais il faut la préciser : elle a lieu sur une large population, dont un grand nombre n’est pas forcément adepte de médias alternatifs comme internet et les blogs de décryptage de l’actualité. La télévision est en ce sens un prisme non pas d’interprétation, mais de connaissance de la réalité, qui n’est pas forcémennt remis en question dans la particularité de chaque nouvelle, même si d’une manière générale, il peut y avoir une méfiance vis-à-vis de ce qu’elle énonce.

De l’autre, les blogs, notamment ceux par exemple de Loïc Lemeur ou de Maître Eolas ou de Tristan Mendès-France, pour parler de ceux que l’on dit influenceur, ne s’adressent pas à un large public, même s’il peut être dit qu’ils ont une forte audience. En effet, même si un blog cumule quelques dizaines de milliers de visiteurs uniques par jour, il est loin des quelques millions de télespectateurs qui suivent tous les soirs les actualités. Ces blogs de même quant à leur existence, hormis celui certainement de Lemeur [et ceci du fait de sa surmédiatisation dans les mass-médias], ont une faible publicité, au sens, où malgré la médiatisation croissante de leur existence, comme sur europe 1, canal + ou bien direct 8, ils ne sont pas présentés comme visisibles pour le grand public. Leur existence pour un internaute dépend d’une relation causale de liens qui l’y amène : en effet, leurs présences n’est ni géographiquementt déterminée [et ici je rappelle que la dimension internet n’est pas un espace, mais une dimension sans distance et sans topographie], ni elle est techno-déterminée comme publiquement exposée (à la différence de TF1 ou France 2 qui sont les premières chaînes affichées par la télécommande de la télévision). Les internautes qui s’y rendent font plutôt partie d’une frange supérieure de populations, et il serait possible de faire une étude des Classes socio-professionnelles (CSP) pour se rendre compte de cette origine. De plus, cet accès n’étant pas exclusif et témoignant d’une démarche volontaire, ils sont ouverts sur d’autres moyens d’informations, que cela soit à travers les mass-médias, ou encore que cela soit dans un inter-croisement de blogs qu’ils lisent (ceci étant facilité par les syndications RSS). Dès lors, comment comprendre leur influence ? Est-elle réelle, ou bien, serait-elle d’un autre type que celle que l’on voit dans les médias traditionnels ?

L’influence du blog, n’est pas celle de la détermination du réel, mais de la constitution d’un réseau d’affinités interventionnelles par rapport à la réalité (société, culture, économie), affinités interventionnelles, qui impliquant l’internaute, ne le laissent pas passif, mais lui permettent aussi — et ceci par la logiques des commentaires — d’intervenir, et de s’exposer comme puissance interventionnelle productrice de sens, de dynamique communicationnelle.

De ce fait, s’il est évident que l’on ne peut suivre Loïc Lemeur quand il dit que les blogs ne sont pas des lieux journalistiques, cependant si celui-ci établit la quasi-opposition entre information et opinion, il faut souligner qu’une opinion informe, et que si la transmission informationnelle du blogueur n’est pas du même ordre que celle des mass-médias traditionnels — en tant qu’elle établit d’abord une forme d’affinité spéculative (au sens de l’optique), une affinité de prisme quant au rapport au réel — toutefois elle informe, transmet de l’affect, une vision subjective, certes qui ne prétend pas toujours à l’objectivité de prime abord. De ce fait la blogo-influence, non seulement est relative, mais elle constitue, ce que l’on pourrait penser selon les termes d’Aristote une forme de philia relationnelle qui prime sur ce que serait une agora-politique. C’est d’abord le lien d’amitié qui va être mis en avance, avec ses dérives et ses utopies, plutôt que le lien de raison. Et c’est par ce biais-là que l’on peut, entre autre relire l’affaire qui vient de déchaîner la blogosphère en cette fin septembre, affaire opposant Laurent Gloaguen (embruns) à Natacha et Sacha Quester-Séméon (Mémoire-vive). Cette affaire s’est établie sur un rapport affectif, ou chacun a été sommé, ou s’est senti responsable de prendre parti pour l’un ou l’autre, sans voir tout d’abord et avant tout, que, même s’il pouvait y avoir une forme de maladresse de Mémoire-vive selon Laurent Gloagen, reste que Mémoire-vive a justement refusé de s’exprimer dans la polémique, et que la forme d’attaque voire par certains de lynchages que certains ont entrepris vis-à-vis des deux partis, ne reposait que sur de l’affect et non sur une réflexion objective sur ce qui a eu lieu et ce que cela impliquait.

Ainsi, comment considérer les blogueurs ? Est-ce que se justifie leur présence dans Wikipédia ? Au lieu d’être véritablement des personnes publiques, dont on pourrait dire qu’elles aient une forme de pouvoir, ne devrait-on pas les considérer comme des personnes privées, qui ne font que communiquer à un groupe d’amis, leurs opinions, et dès lors voir dans leurs prétentions non pas une logique blogo-inflenceur, mais plutôt gogo-influenceuse [comme il y a du gogo-dancing], au sens où une telle prétention ne serait pas avérée dans les faits, ne serait que gesticulation d’ego ? A chacun de méditer, et de là voir la différence qui peu à peu se creuse entre d’un côté des blogs privés d’individus qui forment des micro-sphères, et de l’autre la naissance de blogs collectifs, véritables plateformes de citoyenneté critique à fort potentiel performatif sur le net [récupération des articles par yahoo-actu ou google-news], établies sur la critique, et la recherche d’un consensus communicationnel à partir d’une réflexion rationnelle sur l’objectivité informationnelle ou encore des réseaux de blogs politiques organisés comme ce que tente l’UMP, blogs organisés qui peuvent bénéficier du fait de la porosité avec les mass-médias, de coup de projecteur en direction d’une large audience, beaucoup plus important que tout blogue individuel.

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7 Responses to “Blogo-influenceurs ou gogo-influenceurs ?”

Je n’ai jamais revendiqué à être dans Wikipedia. Où avez-vous trouvé ça ?

Mea culpa, je viens de changer la formulation, car je me suis certainemennt trompé en lisant certaines polémiques. L’essentiel n’étant pas là, mais étant sur la question de la présence des blogueurs en général. Autant, je trouve indispensable que la nnotition de blogue soit présente et qu’il y ait menntion des blogueurs importants, dont vous, et d’autres, autant je me pose la question de la pertinence et de l’importance des individus blogueurs. Mais ceci n’ets qu’une question, bien entendue, et non une affirmation. ;-)

“De l’autre, les blogs, notamment ceux par exemple de Loïc Lemeur ou de Maître Eolas ou de Tristan Mendès-France, pour parler de ceux que l’on dit influenceur”.
C’est beaucoup d’honneur. ;)
Pour être honnête, je crois que mon “influence” est encore toute relative.

Merci beauoup pour la correction. Sachez que je me pose les mêmes questions que vous.

De rien, il est tout naturel de corriger ce qui est inexact. Oui ces questions je crois travaille beaucoup de blogueurs. C’est pour cela que j’ai essayé de les formaliser, même si elles sont maladroites.

Excellent essai de synthèse sur une question devenue essentielle ! Cela dit, c’est l’usage d’internet en général qui relève de déterminations socioéconomiques et culturelles, ce qui pose la question de la construction d’une visibilité sur internet pour celui qui souhaite influencer beaucoup de gens. Dès lors se repose la question de l’accès aux médias traditionnels… qui ont pour l’instant une audience plus populaire.

[…] Blogo-influenceurs ou gogo-influenceurs ? […]

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