5 02 2006

L’affaire ne peut passer inaperçue, ni être ignorée, tant elle pose de questions aussi bien quant à ses causes, que quant à ses conséquences. L’affaire ? : la publication tout d’abord au Danemark puis en Norvège et en France, et sans doute peu à peu dans de nombreux pays de douze caricatures de Mahomet. Ses conséquences : une nouvelle fatwa édictée par des extrémistes et une mobilisation sans précédent sur internet.

Tout a donc commencé lorsque dans Jylands-Posten, a été diffusé en septembre douze caricatures. Ceci fit à l’époque peu de bruits. Cette affaire apparue réellement à partir de décembre, par une indignation de représentants de l’islam, puis fut relancée par la publication tout d’abord en Norvège dans Magazinet puis par leur publication dans France soir des caricatures. Entraînant des pays musulmans jusqu’à la rupture vis-à-vis du Danemark.

La première question qui se pose avant d’en venir à une analyse des conséquences : tient à la légitimité de ces publications. Alors que certains veulent lancer une campagne nous sommes tous des Salmans Rushdie, il faut d’abord réfléchir à la question de la liberté d’expression, à sa manière de se donner, et à la légitimité quant à ce qu’elle véhicule. Il est bien évident, qu’ici je ne veux point remettre en cause la liberté d’expression, au sens où elle est constitutive de la dynamique de la “démocratie médiatique”, toutefois, elle demande à être réfléchie. Une liberté d’expression si elle doit pouvoir permettre l’expression sans restriction des idées, des opinions et des revendications, cependant, elle exige une réflexion sur ses conditions.

1/ Tout d’abord force est de constater que si on crie au loup par rapport à la réaction du monde musulman, en défendant coût que coût la liberté d’expressio en europe, celle-ci n’est pas permise de fait, si ce n’est en droit, par rapport à tous les sujets : que l’on considère la caricature que fit à son époque Dieudonné d’un rabbin loubavitch dans l’émission de Fogiel. Une campagne nationale s’ouvrit contre lui, il fut villipendé, dénoncé en tant qu’anti-sémite, et il fut assigné en procès (lire un très bon article de Bernard Langlois). De même lorsqu’un publicitaire choisit la Cène pour sa campagne publicitaire, il fut de même attaqué, et du renoncer à sa campagne.

2/ Il faut s’interroger sur les conditions de cette critique de Mahomet. Certes il s’agit de caricatures, et non d’un article. Toutefois une caricature qui apparaît dans un journal a une certaine qualité : elle est un trait hyperbolique issue d’un jugement qui se veut objectif, et d’autre part elle s’insert dans lee cadre de l’objectvité d’un journal. Elle est donc hétérogène tout à la fois à un sketch, qui se donne d’abord dans les conditions d’un spectacle à savoir d’une scène qui ne prétend pas à l’objecticité, et à une fiction, tel que peut l’être Les versets sataniques, qui ne sont aucunement un essai, mais qui se pose selon les conditions propres à la littérature. Une caricature a pour but de stigmatiser, de dénigrer. Caricature provient du latin caricare qui signifie “charger” et elle est l’apanage historiquement de la critique, de la réaction et elle s’est retrouvée souvent aussi bien dans les journaux Républicains (XVII et XVIIIème siècle) que dans les journaux les plus réactionnaires (XIXème siècle). La caricature ne se donne pas comme une fiction, mais comme révélation par l’hyperbole picturale d’un trait objectif de ce qui est caricaturé. révélation qui ne fonctionne pas selon des conditions cognitives, mais selon la vectorialité affective de son impact. Ceci amène à dire que contrairement à ce que pense le promoteur du Slogan, “nous sommes tous des Salman Rushdie”, il n’y a pas de comparaison possible au premier abord entre la diffusion des Versets sataniques et de l’autre ces douze caricatures. La comparaison ne peut se faire que quant aux effets qui se ressemblent puisqu’il s’agit d’une fatwa qui est lancée, mais je vais y revenir. Cette question de la caricature s’éclaire un peu plus : en effet si l’extrême droite par exemple avait publié dans Minute ou un autre journal ces caricatures, elle aurait été attaquée pour racisme. Si par exemple ces caricatures avaient visé des rabbins ou le culte hébraïque on aurait crier à l’antisémitisme (d’où le fait que même si ce n’est point le Dieu des musulmans qui est stigmatisé, mais seulement son messager, les représentants d’une religion incarne pour les croyants la réalité de leur foi). Et là non… les médias qui se sentent solidaires du directeur de la publlication (Jacques Lefranc) de France Soir licencié suite à cette affaire, ne posent même pas que ces dessins peuvent être associés à une islamophobie. Dès lors si l’on doit défendre la liberté d’expression ,il est nécessaire cependant de se poser dans une éthique de la responsabilité, notamment maintenant par rapport au jugement que nous pouvons avoir vis-à-vis de ces caricatures. L’éthique de la responsabilité ne se pose pas juridiquement (donc elle n’invoque aucune censure légale) mais selon la possibilité de penser subjectivement et inter-subjectivement, les situations et les représentations qui nous sont propres mais qui sont aussi propres à ceux dont nous parlons. Elle repose sur ce qu’Axel Honeth a posé comme éthique de la reconnaissance dans La lutte pour la reconnaissance : a/ réflexion sur l’affect de ceux dont on parle. b/ réflexion sur leur représentation juridique c/ réflexion sur la représentation et les circonstances sociales et historiques. En ce sens, avant de réfléchiir aux conséquences entraînées par ces caricatures, il est évident qu’il est nécessaire de souligner le manque de responsabilité de cette publication, qui derrière la liberté d’expression souffre pour le moins d’une réellle réflexion et analyse de la conjoncture idéologique et politique actuelle quant à ses conditions, notamment depuis le tournant du 21 septembre qui a amené une forte opposition des pays musulmans face à une certaine hégémonie occidentale et de ses modèles.

Maintenant réfléchissons aux conséquences. Bien sûr, je ne peux être que critique vis-à-vis de la fatwa lancée contre ces dessinateurs et les journaux les ayant publiés et ne peux que trouver absurde et dramatique que l’on associe de plus des nations à des choix éditoriaux qui ressortissent d’intérêts privés. Il est évident qu’il est nécessaire de lutter conntre ces formes de dogmatisme religieux, et contre l’extrême violence de ces réactions. Mais derrière cette réaction, celle qui est beaucoup plus intéressante, tient à la réaction de la blogosphère : en effet la réaction a été rapide et a vu un mouvement sans précédent. Sur Agoravox, en quelques jours certains posts ont eu plus de 1000 commentaires (ce qui avoisinne des records au niveau des réactions). Comme l’a remarqué Tristan Mendes-France on peut le voir sur technocrati.com, les blogs se focalisent sur cette affaire. Cette affaire, si elle est bien reprise par les Etats, cependant trouvent sa véritable consistance dans l’exercice d’une citoyenneté médiatique qui ne fait pas que se positionner, mais qui discute, réfléchit sur cette affaire. C’est certainement ici l’une des premières affaires internationales qui mobilise à ce point internet, débordant tout cadre national. Se révèle alors que la citoyenneté, via le média internet, ne ressort plus de la nationalité, mais est devenue transnationale et s’ouvre dans des débats mondiaux.

No Tags

Something to say?