[Chronique] L'écriture toutàtrac de Corinne Lovera Vitali, par Fabrice Thumerel

[Chronique] L’écriture toutàtrac de Corinne Lovera Vitali, par Fabrice Thumerel

juin 20, 2019
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[Chronique] L’écriture toutàtrac de Corinne Lovera Vitali, par Fabrice Thumerel

Corinne Lovera Vitali, Ronette et Modine, éditions Abrüpt, Zürich, mai 2019, 72 pages, 7,50 €, ISBN : 978-3-0361-0046-3. [« La continuité de cet ouvrage se fabrique » ici…]

Pour Sandra, Virginie et les autres…

Ronette et Modine… ça ne vous dit rien ? Allez, froncez un peu les sourcils…

Écrit en pensée véloce, en fronçais toutàtrac, cette « notice ronet modin » (p. 24) vise rien moins que la manie fronçaise de la commémoration des Grands-Hommes, très vivace au XIXe siècle : Hugo, Anatole-France, Renoir, Monet, Rodin… La fronce, championne de « la grande pompe et la grande commémore » (31) ne cesse de célébrer ses « grands hommes », qui « sont tout le temps vieux à cause de la consécration que la photo appuie » (28)…

Et patatrac : sus aux cons sacrés de la fronce, et en particulier aux machistes qui ont su bien écraser leurs femmes, épouses ou maîtresses :
« puisqu’ils ont mené des vies de gros phallocrates avides de reconnaissance de gloire et d’officialité
puisqu’ils ont recherché ça et qu’on le leur a donné
puisqu’ils ont mené des vies de mâles dominants
pourquoi continuer de parler si peu dans les commémorations de leurs dominées » (40)…
D’où l’intérêt porté à Camille Doncieux, Alice Hoschedé, Camille Claudel… Peut-on appeler « Grand-Homme » celui qui a étouffé la talentueuse Camille Claudel ? Un frère qui a laissé sa soeur crever de faim en asile ?
Et aujourd’hui, le milieu de la poésie même ne recèle-t-il pas des Monet et Rodin qui exercent leur emprise phallocratique dans les instances de consécration (revues, prix, commissions et manifestations diverses) ?

Avec l’indomptable et l’imprévisible Corinne Lovera Vitali, la culture phallus est mal barrée : une contrepèterie féministe, et le (vilain) tour est joué ! Ronette et Modine, donc.

Reste une allusion à son histoire accidentée, qui peut expliquer son écriture toutàtrac : « je ne sais plus quand ni comment ça a commencé la contre pèterie la con traction la psus qui s’est déshinibée dans ma bouche qui parle comme qui écrit et elle embrasse aussi avec sa manière à elle de tout téter » (21). De quoi replacer dans l’œuvre cette « notice » irrévérencieuse.

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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