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[Texte] François Bon, « Carnets de travail » (1), L’Incendie du Hilton

juin 15, 2009
in Category: créations, UNE
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C’est avec plaisir que nous publions trois extraits supplémentaires des "Carnets de travail" qui vont être regroupés à la fin du prochain livre de François Bon, L’Incendie du Hilton, à paraître en septembre chez Albin Michel (les premiers ont paru sur le site de l’écrivain, Le Tiers Livre).

De l’insomnie : pourquoi, même quand tout va bien, nous faut-il toujours écrire dans l’insomnie ? Et là qu’on m’en offrait une belle, rien faire que marcher, voir, écouter.

Livre écrit sans attache, sans territoire : ville flottante ou dérivante, la ville que construit le récit. Et la place de qui écrit alors seulement liée à cette ville mobile et sans place fixe : heures qu’on a passées sur ces phrases, soi-même sans table ni ancre : trains, hôtels, avions, coins de bibliothèques ou bars – et même le New York ouvert tard, à Clermont-Ferrand, juste en face la gare. Mais on n’en fera pas la liste : on braque tout sur le Hilton, surface lisse, avec moquette, sans fenêtres sur le dehors, perché en haut du building qu’il exploite jusque dans les cinq étages souterrains qu’il domine. Et la ville on ne la nomme pas : que tout cela glisse à la surface égale du monde.

Jamais de lien direct, entre un texte personnel en cours et les écrits qu’on initie en atelier d’écriture. Mais, rétrospectivement, le texte personnel éclaire ce qu’obscurément on cherchait en lançant l’exploration de tel territoire. Ces derniers mois, des propositions simples (objet, lieu, visage), mais en demandant systématiquement de convoquer la diversité des sources et possibles associations en amont : principe de constellation. Et que ce processus d’écriture ici fut mien globalement. Stage d’écriture avec les employés du Hilton : ce n’est pas demain la veille, mais sûr qu’est-ce qu’on avancerait…

Le vieil écrivain, au Tim Hortons : « Avoir moins confiance en soi-même, sa mémoire. Se répéter les éléments vus, entendus, observés, comme gosse on apprenait ces poésies (quel exercice, quel bel exercice c’était). Le constituer dans sa tête comme on se souvient avec précision du récit d’un livre, atteindre cette précision. Alors, oui, je rentre, et je note la phrase, le paragraphe : c’est bien plus court que ce que je savais faire autrefois, je n’y ai rien perdu, rien. » Rêve : on marche dans un couloir. On n’est pas à l’aise. On ne comprend pas pourquoi. Il n’y a rien : il devrait y avoir quelque chose. Sur les côtés, des portes. On ne sait pas sur quoi elles donnent. On essaye d’en ouvrir une : c’est une pièce close, triste. Alors on a peur, bien plus peur. On reprend le couloir, on marche bien plus vite. Tout au bout, là-bas, l’ouverture sur un autre espace, c’est plus grand, éclairé. Mais le rêve cesse, trouve toujours moyen de cesser avant. J’ai fait ce rêve souvent, il fait partie de mes cinq ou six rêves récurrents, avec variantes. Je l’ai retrouvé souvent dans les livres des autres (Meyrink, Le Golem, Kubin, L’autre côté, Hesse, Steppenwolf) mais ça ne guérit rien, ça ne soulage de rien. Depuis quelques années que j’ai un appareil-photo numérique, j’ai photographié quantité impressionnante de couloirs vides, au point de m’en servir de fond d’écran aléatoire, quand je lis en public et qu’il y a un vidéo-projecteur. Ce soir-là, dans les quatre heures de l’évacuation, je les avais, mes couloirs.

Ce type agité – un homme d’affaire, pas un éditeur ou auteur –, nerveux et maigre, sans cesse avec un ordinateur portable sous le bras, qui s’installait sur cette banquette inconfortable, dans le couloir du Hilton, pour être plus près de la borne wifi (ça fonctionnait pourtant très bien depuis les chambres). Et puis en repartant, mais quelques minutes ou dizaines de minutes après, à nouveau avec son appareil sur les genoux, tapant de façon saccadée sur le clavier et regardant intensément le petit rectangle devant lui pour quelle réponse ?

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rédaction

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