[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Joguet, Joguette, par Guillaume Basquin

[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Joguet, Joguette, par Guillaume Basquin

décembre 1, 2020
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[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Joguet, Joguette, par Guillaume Basquin

Jean-Paul Gavard-Perret, Joguet, Joguette, Z4 éditions, coll. « La diagonale de l’écrivain », 62 pages, 10 €, ISBN : 978-2-38113-013-2.

 

L’exergue du nouveau « petit » livre de Jean-Paul Gavard-Perret donne le ton : ce livre sera beckettien : « Aussi semblables que possible par la stature. Petits et maigres de préférence » (extrait de Quad) : on aura vite compris qu’il s’agit là du portrait physique (d’ailleurs unique), par anticipation, de nos deux héros du livre, Joguet et Joguette. Qui sont-ils ? Aucun biographème n’est donné : ce sont des figures, des archétypes ; ils vivent, ils sont, et puis c’est tout. D’ailleurs, cela commence ainsi : « C’est ainsi que je vis – dit Joguet. » Si on lui laisse le temps, il souhaite « relire Beckett », « regarder des films lents où tout le monde galope, des films rapides où l’on bouge à peine », « ne pas habiter trop loin de chez [lui] », et puis « finalement Foirer » (F majuscule), histoire de rater mieux… Joguette, elle (le livre est d’ailleurs « à Elles » dédié…), est plus dans la vie nue, « naturelle », organique : « Sois le pourcier de ma chair. Je serai ta danseuse du clito, ta Clytemnestre, ta rose de pic hardi. » C’est la grande porcherie pasolinienne… le bordel guyotien : « Oh viande viande ! Que ne ferait-on pas en ton nom ? » Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi les (Joguet et Joguette) avez-Vous abandonnés à la luxure de la chair d’après la Chute ? La viande – scandale ! – est partout : « On la ravagine, on l’opercule, on la bleuit, on Levis serre… »  Dire un corps : « Créatures nous sommes et nous n’avons même plus l’audace [comme un Job autrefois] de nous en scandaliser. » Comment pour en finir avec l’idéal enfin une dernière fois mal dire notre bestialité : « Préférons l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté. »

Quand nos deux tourtereaux parlent de concert, cela peut donner ceci : « Au début comme à la fin il y a la bête. Chacune nous fait à son image » ; ou la Genèse détournée… La Bible est d’ailleurs constamment rappelée dans cet opuscule : « Le désert crie partout. » Même quand ce livre semble saturé de matérialisme intégral « à la Guyotat » (l’homme, ce roseau « pensant, reste avide et pourceau »), il y a, par retour du refoulé biblique, « une limite, une croix, qu’on soit croyant comme toi ou pas » (c’est Joguette qui s’adresse à Joguet, son double beckettien) : on ne se dépare pas du livre fondateur si facilement… « Notre obscénité végétale […] n’unit jamais mais sépare » : c’est la grande séparation des sexes, l’abîme de la différence sexuelle, le zip newmanien, le scandale de la nudité sans fards : « Leurs yeux s’ouvrent à tous les deux / ils découvrent qu’ils sont nus. »

Souvent, Georges Bataille n’est pas loin : « Regarde par ma fente c’est là qu’il y a Dieu. » Ce qui nous amène très logiquement à évoquer le très beau dessin de Jacques Cauda qui illustre la couverture, possible variation sur l’Origine du monde, et que décrit Gavard-Perret lui-même : « Qu’à Dieu ne plaise, ne reste pas au bord de ma falaise. » Invitation faite au coït… On y peut « aller plus profond que le mystère de l’âme »… Il s’agit de posséder la vérité dans une âme et un corps.

Pour conclure, je laisserai la parole à la poétesse Tristan Felix, qui a préfacé, fort bien, l’ouvrage : la vie est une « gigantesque farce qui force à exister », et Joguet, Joguette en sont des « survivants » : cap au langage !

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rédaction

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