[Chronique - news] Daniel Foucard, NUDISM

[Chronique – news] Daniel Foucard, NUDISM

mars 13, 2013
in Category: chroniques, Livres reçus, News, UNE
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À l’occasion de la rencontre poétique organisée dans le cadre du Printemps des poètes par Philippe BOISNARD et Hortense GAUTHIER le vendredi 15 mars 2013 au Centre DATABAZ (100, rue de Gond 16 000 Angoulême), découvrons le dernier roman de Daniel FOUCARD, l’auteur de Civil : NUDISM (Inculte). [Autres invités, que l’on apprécie sur LIBR-CRITIQUE : Patrick BOUVET et Cécile MAINARDI]

Daniel Foucard, NUDISM, éditions Inculte, collection "Laureli" dirigée par Laure Limongi, 2013, 232 pages, 16 €, ISBN : 979-1-091887-01-4.

"La plus soft, donc la plus sournoise de toutes les persécutions, est l’indifférence" (p. 227).

"Conformément à ses habitudes, l’auteur a déshabillé son texte des traits d’union qui s’imposaient", nous est-il précisé à la toute dernière page. Ajoutons qu’il a parfois remplacé la ponctuation par des signes +, nous invitant par là même à nous plonger dans le flux d’une conscience, et surtout qu’il a rhabillé à sa façon les accents de notre clavier : plus encore que les circonflexes les aigus sont nettement marqués, se métamorphosant en véritables accents d’intensité.

D’intensité il est bel et bien question dans ce long discours individuant d’un jeune révolté, Simon Thomas, qui passe de son Écosse natale au Groenland puis au Canada, comme du populisme libéral à l’activisme atomiste et au nudisme, mais au sens où l’entend Gilles Deleuze developpant la problématique de Georges Simondon : la subjectivité de Simon – le devenir Simon – se constitue par différence intensive, c’est-à-dire par une suite de différenciations vis-à-vis du champ des possibles, par actualisation des points de singularité virtuels ; autrement dit, il entretient une relation plurielle au milieu individuant, se définissant par rapport à la norme (gens habillés de textiles) ou sa transgression (nudistes). Ainsi, "on ne devient pas nudiste par conviction, on regarde, puis on imite" (36) ; devenir nudiste, ou plutôt naturiste, c’est inventer son insoumission, c’est, non pas donner dans l’exhibitionnisme, mais revendiquer "une révolution sensuelle" (136). Moins authentique, sa stratégie politique repose sur une logique de l’identité : "Si l’origine est la seule dynamique du politique en général, autant choisir parmi les engagements identitaires, donc autant choisir son propre camp, voire un tiers camp où se faire adopter deviendrait une quête amoureuse" (115). Ces propos cyniques expliquent la stratégie de Simon Thomas : ayant réussi son immigration au Groenland, parlant un danois impeccable, il fonde Inuit Autonomy et le rend visible en manifestant une indignation envers toute différence ; l’objectif de sa mouvance est la maîtrise des flux migratoires et l’intégration à la culture indigène de ceux qui, attirés par la manne pétrolière, se voient taxés de l’appellation "colons économiques".

C’est dire que NUDISM se distingue également par les analyses fines qu’il propose dans les domaines politique, idéologique et économique. Émergent des lois : "les seules révolutions qui réussissent ont toujours un fondement identitaire ou patriotique ou nationaliste, qu’importe le mot" (120) ; "Une idéologie nouvelle ne suffit pas pour faire bouger les peuples, il faut le goût du terroir, une volonté de puissance, un rien d’hégémonie" (121). Des réflexions sur la dimension rituelle de l’engagement politique, l’importance du storytelling (Christian Salmon)… le fonctionnement du champ politique comme de la société spectaculaire tout entière : "On ne convainc qu’avec de l’émoi, du sentimental, du bouleversant" (158) ; ou des groupes activistes : "Dans tout groupuscule d’activistes, il y a les courageux, les attentistes, les calculateurs, les chefs et les illuminés, ensemble ou au choix" (178). Ou encore sur le néo-colonialisme actuel : la dérèglementation marchande favorise l’exploitation d’une nouvelle main-d’œuvre, taillable et corvéable à merci, née de l’organisation d’un exode migratoire. Quant à la révolution conservatrice, elle se caractérise par un obscurantisme décomplexé et un renversement axiologique : la valeur de subversion n’est plus l’apanage des progressistes, mais des identitaristes ; "Il y a une victimisation des doxas conservatrices qui usent maintenant du prestige de la persécution" (128).

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Fabrice Thumerel

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