[Chronique spéciale élections] Emmanuel Adely, Suite pour violence sexuelle 2

[Chronique spéciale élections] Emmanuel Adely, Suite pour violence sexuelle 2

mai 15, 2007
in Category: chroniques, UNE
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emmanuel-adely.jpgAprès « Édition limitée » et « ce n’est que le début… », Emmanuel Adely (1) vient de publier sur inventaire-invention.com « Suite pour violence sexuelle 2 », qui déconstruit le sermon sur la montagne que le nouvel impétrant médiacratique a prononcé le soir du premier tour (dimanche 22 avril). Voici ce que devient l’antienne « Heureux ceux qui…, car… », à savoir une variation autour du slogan implicite « Heureux tous les malheureux, car je suis là, moi, votre protecteur » : « je veux tous malades je veux tous handicapés je veux tous travailleurs je protège tous contre violence délinquance concurrence délocalisations dégradation exclusion tous malades tous handicapés tous travailleurs ».

De ce tohu-bohu syntagmatique, de cette énumération qui procède au télescopage entre dit et non-dit, officiel et pulsionnel, ressort en effet l’inavouable : la dépendance populaire transforme l’élection présidentielle en élection d’un homme providentiel. C’est dire que nous assistons à l’avènement d’un populisme, lequel réside justement dans la manipulation de la masse à des fins particulières : « en me plaçant en tête moi ce soir pour décider massivement à leur place »…Aussi le chef doit-il se garder de sa propre volonté : « je veux protéger aussi contre je veux »…Le final révèle la stratégie du leader : « oui vous dis du coeur vive la et par-dessus tout vive la s’unir à moi ensemble s’unir à moi s’unir dans société brisés accidentés usés épuisés à moi s’unir à moi ». L’Union Moi Protecteur est bel et bien consubstantielle à l’Union Moi Président.

Ainsi ce dispositif critique combine-t-il deux versants de l’écriture postmoderne : d’une part, le montage cut et la boucle (Bouvet, Espitallier…) ; d’autre part, la transcription à la Katalin Molnar. Le résultat est un étrange sabir qui dévoile l’envers du discours populiste : non pas tant une violence symbolique que le viol de la masse par une puissance désirante.

(1)Emmanuel Adely, 45 ans, est l’auteur des Cintres (Minuit, 1993), Dix-sept fragments de désirs (Fata Morgana, 1999), Agar-Agar, Jeanne, Jeanne, Jeanne et Fanfare (Stock, 1999, 2000 et 2002), Mad about the boy et Mon amour (Joëlle Losfeld, 2003 et 2005). Il a également participé au volume collectif Devenirs du roman (Inculte / naïve, 2007), dont nous avons rendu compte récemment.

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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