[Création] Daniel Cabanis, Opportunités, accointances (1/2)

[Création] Daniel Cabanis, Opportunités, accointances (1/2)

octobre 26, 2015
in Category: créations, UNE
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[Création] Daniel Cabanis, Opportunités, accointances (1/2)

Drôlement irrésistible la nouvelle série de Daniel Cabanis, créée à partir des lavis érotiques de Paul Vican.

Précipité n° 1

Les lavis érotiques de Paul Vican sont très peu érotiques, et seulement de loin.

 

Pas exactement galant

Mme Badiou (sans rapport avec Alain) me dit de venir la voir : Venez à l’heure des promiscuités, cher ami. Ah. Et après j’ose pas dire Quoi, quand exactement ? De peur de passer pour niais je ne dis rien j’opine. Elle me cligne d’œil. On dirait du verre. Elle s’éloigne traînant le pied, grinçant des dents, le brouhaha qui l’entoure avec elle. Je reste un peu seul. J’ai chaud, cherchant un filet d’air frais, là sous la clim. Quel âge a Mme Badiou ? Voyons. Cent ? Cent-vingt ? C’est beaucoup. Disons soixante-dix. Des langues disent qu’elle a été restaurée plusieurs fois : si vrai, beau travail, faut reconnaître. Je donne soixante, elle ne les fait pas, donc cinquante : en somme une jeunesse, j’irai à son rendez-vous. Le jeudi suivant je me présente chez elle vers minuit. M. Badiou est là. Il demande À quel sujet ? Promiscuité ! je réponds. Ça ne signifie rien, promiscuité, c’est même ambigu, mais le vieux Badiou ne moufte pas. Allez-y, dit il, Anne est dans sa chambre; à l’étage, deuxième à droite. J’y arrive. Elle est déjà au lit. Je vous attendais, dit-elle. Je suis un peu venu, je dis. Que pourriez-vous faire pour m’être agréable ? Je vous ai apporté des rahat loukoums. Oh ! elle dit, quelle marque ? Haci Bekir, je précise. Je lui tends la boîte. Elle saisit un cube entre index et pouce et commence à sucer. Lentement. Pâte et sucre fondent et lui tapissent à la fin la muqueuse. Un régal ! dit-elle. Le repos du gosier, je dis. On rit. On est maintenant sur la même longueur : allons-y ! J’allonge. Elle suit. Se donne. Ah, ça me rajeunit ! dit-elle. De combien ? je demande.

 

 

Précipité n° 2

Il y a plus d’esbroufe que de maîtrise dans les lavis de Paul Vican : c’est du flan.

 

Pas exactement thérapeutique

Mme Vandevelde (aucun rapport avec Bram) a envie d’aller à la plage faire du cerf-volant, nager, bronzer, des châteaux. Elle demande que je l’accompagne. Moi ? Oui, vous êtes réputé bon maître-nageur, dit-elle. Je proteste que je suis seulement infirmier-chef de l’hôpital. C’est bien aussi, dit-elle; on prendra votre ambulance, on aura priorité, la mer est quand même à trente kilomètres, ça ira plus vite. Madame il y a erreur, je ne suis pas l’ambulancier. Ah. Elle est un instant désarçonnée, mais vite se ressaisit, puis relance. Samedi, ça irait ? dit-elle. Ai-je vocation à contrarier indéfiniment Mme Vandevelde ? Non. J’irai donc à la mer avec elle bien que je déteste le sable fin, l’eau salée tiède, les méduses et les gros nudistes. Je propose mardi, qui est mon jour de repos. C’est bien aussi, dit-elle, le vent aura calé. Le mardi suivant, en effet, pas un souffle d’air, mais Mme Vandevelde, l’envie de mer lui a passé, elle a changé d’avis. La plage, c’est pour les gogos, dit-elle, et cet étalage de carnes qui cuisent au soleil dans leur huile, ça me donne le racabomi. Bon. Ce revirement m’arrange. Je n’insiste pas. Maintenant, elle veut que je l’emmène chez moi en vacances. En vacances ? J’ai pris un jour de congé, dit-elle, pour venir voir vos collections de cerfs-volants; une visite privée me ferait plaisir. J’ai bien des lépidoptères épinglés dans des boîtes, mais pas de cerf-volant. C’est bien aussi ! dit-elle; allons-y. Nous voilà rendus. Elle visite. Et l’idée lui vient de prendre un bain. Je le lui coule. Chaud. Et Déshabillez-moi ! dit-elle, que je vous savonne.

 

 

Précipité n° 3

Difficile de trouver rafraîchissants les lavis de Paul Vican, mais ils sont potables.

 

Pas exactement charitable

Mme Poutine (aucun rapport avec Vladimir) m’a vu dans Coulisses de la voirie, le dernier film des sœurs Joliotti, où je joue le rôle d’un SDF sourd-muet qui a perdu son chien. Mme Poutine veut me revoir. Elle a écrit à la production qui m’a transmis sa lettre. Elle demande la faveur de secourir Sotcho (le SDF du film) ; il m’a émue, dit-elle, je suis prête à tout pour le rendre heureux. Mme Poutine est folle, je pense, ou alors catholique. Je lui propose une rencontre dans un café. Elle y vient avec un grand type dont la triste figure à bouffer du bio immédiatement me défrise, son mari. Ah. Erreur de casting. J’affiche ma déconvenue, mes nerfs, le temps qui m’est compté, je me lève, je pars, mais Borislav est d’accord ! s’écrie-t-elle. Bon. D’accord sur quoi ? Dans le doute, j’ai la faiblesse de me rasseoir. Puis Borislav s’en va. Enfin seuls chéri, dit Mme Poutine; donc elle est folle. Elle veut qu’on aille sous un pont (le Alexandre III de préférence) et se donner à moi (malheureux Sotcho, il a tant besoin d’amour); ceci dans les courants d’air, à la va-vite, sur un tas de chiffons et cartons souillés, parmi les ivrognes indifférents et les dégénérés, tous au régime bière et/ou vodka discounts. Mme Poutine a des idées. Scénario, décor, figurants, elle a pensé à tout. Sauf au chien. Voilà peut-être une porte de sortie. Je tente le coup. Sotcho, pas besoin d’affection, je dis ; Sotcho cherche son ami chien. Je réalise trop tard la bêtise de mon propos. Allons-y ! dit Mme Poutine. Et on arrive pont Alexandre III. Borislav est là, nu, à quatre pattes, un os dans la gueule.

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rédaction

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2 comments

  1. Camic

    Chez Paul Vican, Si les mots s’écoulent, l’alambic distille le tortueux parfum du sens.
    Evanesse Hensièle

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