[Création] Thomas Déjeammes et Méryl Marchetti [Dreamdrum - 13]

[Création] Thomas Déjeammes et Méryl Marchetti [Dreamdrum – 13]

décembre 21, 2013
in Category: créations, UNE
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[Création] Thomas Déjeammes et Méryl Marchetti [Dreamdrum – 13]

Pour la treizième, les photos grattées de Thomas Déjeammes sont accompagnées du fantasmagorique flux poétique de Méryl Marchetti… [Dreamdrum 12, création de Déjeammes/Massaut]

 

 

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Rotho a tou Kado ? AH Flubzz, AH Flubzz –za dägadă dic tac topîm, niaouhé yachach patrac taghul ahrar mocem, ac niare zawada gädha, òphé apouherfzweb. Nät, tou drat lachkath, offrim epiromoîhé, nalahébrat tadram, ahsram lacdé roffrim talat tadé, talalt tanquat sinéqoué lada pardrǭm. Koùa ou quem abu télépa tiënda nosdro Ratâki lina, g·uamru ediam futor tudul lon elûdret, oden dora ödemorem, calcut hibérn « zwölet gớöhll ». Ipitem dan : rorolet tut, relot ut.

 

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Le rayon du phare balaye le ciel, exerçant une puissante et lente accélération vers le sol, s’élargissant jusqu’à nous avant de remonter vers le ciel, s’étendre et s’éloigner en s’étrécissant, comme un projectile qui aurait avalé sa vitesse et s’immobiliserait en l’air, pour retendre de l’autre côté sa basse lumineuse qui prend appui sur l’horizon, et le repousse violemment.

Ce soir je dois sauver ma porte.

 

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Pour le menuisier qui sonde le bois, peu importe que la périphérie soit pourrie : seul le cœur du chêne se débite en bonnes planches.

 

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Les arènes du cirque étaient entièrement remplies, ses flancs s’ouvraient, le chapiteau s’écroule en dedans, se renverse en dehors, selon les câbles qui se tendent ou se relâchent en rythmant poteau après poteau des désastres symétriques sur sa circonférence, entraînant dans leur chute et couvrant de leurs ruines la foule innombrable qui continuait à regarder le spectacle et se pressait à l’entour.

J’étais cerné. Par deux détraqués. D’une part ce chien, qui avançait en chancelant comme si le sable se fut rétracté sous ses pas, de l’autre l’hercule en tablier de peau humaine. Il fallait trouver une stratégie : j’essayais de leur faire peur, et plongeais aussitôt deux doigts dans mon nez tout en tirant mes paupières si haut que j’en révélais l’autre côté, la muqueuse parcourue par des veines fortes gonflant mon front comme deux gros reptiles. Mais les détraqués continuaient à se battre. Roulant rapidement sur le côté pour esquiver la chute d’un projecteur, et d’un geste élégant relever une mèche rebelle, je reprends le contrôle sur la situation. D’autant plus que je ne comprenais pas les mouvements du molosse : ce chien a la peau beaucoup trop large, caché et enveloppé en cent joues monstrueuses de moins en moins interrompues de pattes ou d’épaules à mesure qu’il s’avance, qui tournent sur elles-mêmes et s’entrouvrent sur une gueule qui ne demande qu’à bouffer. Quant à l’hercule avec ses ciseaux, je ne peux pas compter sur lui : chaque fois qu’il coupe une peau dans le clebs il se met lui-même à pisser le sang.

 

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si je stresse je me relaxe, je me relaxe j’ouvre et je ferme la porte, la porte entre mes cuisses. JE FAIS FACE. le bois est possédé. est possédé du désir de faire des enfants, alors, lorsque, alors lorsque je la laisse fermée, fermée la porte frappe, se défonce dangereusement, obstrue le passage de l’air, empêche la voix de sortir. La porte nous préserve, elle demande seulement à ce que je la retourne.

 

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Chaud, craquant et moelleux, si justement sucré sous sa belle croûte dorée, c’est votre compagnon idéal au réveil.

Maintenant, vous pouvez aussi en faire l’ami de votre goûter :

Le Pain au Chocolat.

Rien de plus simple : étalez votre pâte en forme de rectangle, et posez le beurre au milieu. Repliez. Vous renouvelez cette opération sur les deux faces, jusqu’à ce que le beurre ait imprégné toute la pâte. Il suffit alors de glisser la barre de chocolat et d’enrouler la pâte ; enfournez enfin le pain en laissant dorer sa surface au jaune d’œuf sur lequel vous aurez saupoudré un peu de sucre fin.

L’Astuce astucieuse : insérer un ramequin d’eau dans votre four pendant la cuisson pour respecter le taux d’humidité.

 

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Elle avait l’inquiétante silhouette d’une porte dont les gonds étaient trop grands pour elle –et qui plus est, a pris humidité. Ses planches gondolaient comme du carton, on avait dû planter des clous pour les maintenir, et son bois tâché d’une éruption plus que probablement urétique. Ma porte avait été maltraitée.

Ecartées les cartes, la diseuse de bonne aventure avait le buste incliné, ses mains affairées à tripoter son chat sous la table, de sorte qu’il lui fallait lever sur moi ses gros yeux larmoyants pour me parler. Je lui proposais de jouer la porte au bras de fer. Et me voilà le coude à la table et sa main dans ma main. Je m’efforçais de la renverser, mais je ne me faisais guère d’illusion. La vieille était forte, les muscles de son bras ne restent pas immobiles, ils s’enfoncent, tournent sur eux-mêmes, remontent en surface, changent de couleur, voire de forme et de substance. Je tentais de glisser discrètement mon autre main vers mon arme. Mais d’un coup son biceps se détacha de son bras, se dressa en l’air et fila comme de l’huile : une lamproie lança sa ventouse sur ma gorge, et m’aspira violemment en déroulant sa langue jusque dans mon estomac.

Je tirais trois coups de feu, trop tard.

Déjà la boule de cristal se mettait à lancer des éclairs, qui tordaient en travers de la caravane, m’empêchant ainsi d’atteindre la vieille folle qui bondit aussitôt de son fauteuil en menaçant ma porte avec une scie. De dehors j’entendais les pals de l’hélicoptère du groupe d’intervention rapide, et bientôt les câbles au long desquels allaient glisser les barbouzes venus à ma rescousse, mais les parois de la caravane commençaient à se contracter en réponse à la stimulation induite par les éclairs, le véhicule prenant la consistance d’un organe creux et musculaire, d’un système cardiaque pompant dans le vide, s’affolant et se déformant qui empêchait ainsi tout atterrissage de mes alliés sur le toit. Je devais me rendre à l’évidence : je jetais mon pistolet à terre avant que le cœur n’explose, et la sorcière en profita pour se dissiper avec ma porte en un fil de fumée irrattrapable.

 

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A l’âge glaciaire les portes étaient plutôt des portillons aux passages étroits pour ralentir les invasions barbares. On avait l’habitude de bourrer les interstices avec du feutre pour donner une bonne isolation à l’habitat, et surtout les battants en bois étaient cloutés de renforts à grosse tête ou en pointe afin de solidariser les épaisseurs de planches.

Ce n’est qu’à l’âge tropical que quelques expérimentations d’architectes ont été réalisées pour mettre en place des portes fermant alternativement un couloir ou une pièce, et obtenir ainsi une répartition sélective. L’objectif premier consistait à disperser les déferlantes de zombies.

Mais la culture extraterrestre parvint à inventer une danse en rond, sur une combinaison de mouvements alternatifs et circulaires, les uns derrière les autres, capable de déjouer les mouvements tentaculaires de couloirs qui s’accroissent ou se résorbent selon l’avancée de l’intrus.

Aussi revint-on à l’œil fixe des cavernes.

 

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Je suis dans la cage avec lui. C’est la fin. Le cul monumental dansait d’un pied sur l’autre, sans cesser de balancer son énorme sexe qu’il projetait soudain en avant à travers les barreaux pour en tendre un bout aux spectateurs, comme une main suppliante. Il ne semblait guère avoir envie de poupée gonflable, il en cueillit cependant une poignée qu’il roula en bouchon avec son sexe et porta à son anus dans un mouvement de bascule, puis avec tout autant de grâce, il déroula son sexe, sans lâcher les poupées, deux ou trois fois avant de se les mettre.

La cage où l’on exposait la chose au public reconstituait son environnement naturel, une jungle enchevêtrante, avec son humidité, ses lianes, sa mangrove, ses accidents arboricoles, ses sex-shops, le force massive et sculpturale de ses fougères, sa boue féconde, son canapé en peau de léopard, de larges éclats floraux et l’épaississement de leurs attaches, la kitchenette chromée, des ruts en proie aux pires attritions, afin de créer une atmosphère tropicale et suggérer la présence des prédateurs.

L’épouvantable sexe se détourna d’un coup pour fixer avec une fascination avide son urètre flamboyant sur moi, ses fesses se repoussèrent mutuellement pour avancer sur un pont de troncs qui aboutissait directement au tas de terre où l’on m’avait jeté. Je m’efforçais désespérément de me relever mais le sol m’absorbait, je glissais en direction du marais, où la chose n’aurait plus qu’à me cueillir. Je m’enfonçais un certain temps, jusqu’à ce que ma main tombe sur quelque chose d’insubstantiel qui la traverse et ressorte de l’autre côté ; j’essayais de l’attraper encore et cela se dissipa une fois de plus pour se retendre aussitôt. Mon dos heurta le pont, et une fine poussière de cacahuète pleuvait silencieusement de partout comme de la cendre : l’énorme anus s’ouvrait au-dessus de moi.

La petite chose sous mes doigts sembla gagner en vigueur et en réalité ; l’arrachant à la boue, je tendais cette minuscule souris à l’intestin creux et contractile qui apparut au-dessus de ma tête.

Ca avait marché : le cul monumental fit un écart et partit à la renverse enfouir son gland dans des fougères, alors que ses fesses sous l’effet de leur propre masse expansaient son tremblement.

Alors, je me hissais sur le pont et partis rejoindre ma porte. Avec inquiétude je cognais pour la ramener à la vie et, finalement, elle se signa et se releva. Ce faisant sa poignée s’abaissa par hasard, et je m’aperçus qu’elle tenait dans ma main. Nous nous soutînmes à travers la jungle jusqu’à la sortie de la cage –nous étions sauvés.

 

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