[Livre-chronique] David Giannoni, Contes de Nod, par Périne Pichon

[Livre-chronique] David Giannoni, Contes de Nod, par Périne Pichon

octobre 29, 2014
in Category: Livres reçus, UNE
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[Livre-chronique] David Giannoni, Contes de Nod, par Périne Pichon

Une fois n’est pas coutume, LC vous donne à lire un conte : Périne Pichon nous montre comment David Giannoni – avec l’appui de Sylvie Leroy – a su renouveler la magie du conte.

David Giannoni, Contes de Nod, mis en images par Sylvie Leroy, éditions Maelström, coll. "RéEvolution", été 2014, 128 pages, 13 €, ISBN : 978-2-87505-173-8.

 

La roue, invention mythique perdue quelque part, entre l’histoire et la préhistoire, à faire rêver les mobylettes. Mais avant la roue, le cercle a dû naître, à en croire les géomètres ; figure lisse et sans fin, vouée à tourner éternellement. L’infini a d’ailleurs pour symbole mathématique un 8 renversé, soit deux cercles jumelés. Ce « o », on le trouve aussi qui roule dans le « mot ». On le trouve dans les Contes de Nod.

 

Nod, l’épigraphe le rappelle, c’est le pays de l’errance, là où tourne en rond (toujours cette roue qui ne finit pas sa course…). Caïn exilé après le meurtre d’Abel. Il est marqué au front d’un signe qu’on ne connaît pas – peut-être encore un disque énigmatique, comme la « coda », titre du dernier des Contes de Nod. Visuellement, la coda tient du cercle et du NOeuD, musicalement aussi, puisqu’elle fait exercer à la mélodie un retour en arrière, la répétition d’un thème qui peut être infini.

 

Aussi, les Contes de Nod suivent cette organisation musicale, thème repris et coda, et invitent à considérer l’acte de conter comme toujours à recommencer dans une nouvelle modulation. Cette dynamique cyclique n’a rien de cloisonnant, elle invite à transmettre voire à continuer le mouvement : « et une parabole, vous le savez n’est jamais fermée ». En témoignent plusieurs variations autour du motif du maître et de l’élève, dans le recueil : la musique comme le conte se partagent. Mais ce motif du don et de la transmission est aussi motif d’évolution – donc de révolution – selon la dynamique circulaire choisie : le savoir passe et évolue, l’élève peut devenir maître à son tour, et transmettre ce qu’il a acquis.

Pendant des années, il avait travaillé seul, le cordonnier. Jamais il n’avait eu d’apprenti. Il ne se sentait pas encore l’âge. Mais le temps passait, et la conscience de devoir préparer l’après augmentait.

Lui-même avait appris son métier d’un plus vieux cordonnier, au pays, qui peu à peu l’avait introduit dans les moindres méandres du secret.

 

La langue de Nod suggère l’oralité, elle raccroche le conte à la voix et au souffle. Elle recherche l’expression directe, un rythme de mots et de sons pour ancrer le récit dans la mémoire, pour qu’il soit raconté ou donne l’impression d’avoir été raconté par une voix. Mais si les mots s’ancrent, le sens parfois vacille, on devine et pourtant on le cherche encore ; c’est un sens qui échappe mais qui raisonne. On se trouve sur un seuil mais on reste dehors, dans une oscillation évoquant l’errance. Enfin, les dessins de Sylvie Leroy illustrent cette tension entre la présence formelle, par le son et la vue, et l’impalpable. Il faut revenir au conte, boucler la boucle, conter à son tour pour s’approprier un peu de ce sens.

 

 

 

 

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rédaction

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