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juillet 14, 2020
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Dans ces Libr-News estivales, nos Livres reçus… et en avant-première la présentation du numéro 62 de Lignes… et nos Pleins feux sur Christian PRIGENT

 

Livres reçus /FT/

► Poésies sourdes. Les Enjeux de la traduction en LSF, GPS n° 11 collecté par Brigitte Baumié, éditions Plaine page, été 2020, 206 pages, 20 €, ISBN : 979-10-96646-31-9.

Comme nous assistons au réveil de la poésie en Langue des Signes, on trouvera dans ce magnifique volume richement illustré aussi bien des traductions dans l’autre langue de textes classiques qu’une perspective historique insistant sur la « nouvelle poésie sourde (1970-2005) » et des créations contemporaines : on retiendra, entre autres, les poèmes otorigènes de Claudie Lenzi (dont les OTOportées !), le « VibroMessage » signé Éric Blanco… et même un texte traduit en LSF de Julien Blaine !

 

► John ASHBERY, Autoportrait dans un miroir convexe, traduction de Pierre Alferi, Olivier Brossard et Marc Chénetier, postface de Marc Chénetier, éditions Joca Seria, été 2020, 152 pages, 25 €, ISBN : 978-2-84809-344-4.

Présentation éditoriale. «  Tout artiste qui se respecte devrait avoir comme seul objectif de créer une œuvre dont le critique ne saurait même commencer à parler. » Les propos tenus par John Ashbery sur l’œuvre du peintre Brice Marden éclairent la sienne, si singulière, qui s’ouvre avec Some Trees, choisi en 1956 par W. H. Auden pour le Yale Series of Younger Poets Prize. À peine vingt ans plus tard, le magistral Autoportrait dans un miroir convexe, éponyme du poème inspiré par le tableau du Parmesan, mêle réflexions intimes, propositions esthétiques et regards sur le monde environnant à la lumière d’un examen des rapports difficiles entre peinture et poésie.

Libr-point de vue. C’est cette version qui doit figurer dans nos bibliothèques, pour sa traduction, l’élégance du volume et aussi la passionnante postface de Marc Chénetier, « Self-portrait in a complex error », qui offre un pas de côté avec changement d’optique : dans ce texte qui se présente sous la forme d’une lettre au poète, la liberté de ton se conjugue à l’érudition pour remettre en question la référence auctoriale à l’Autoportrait dans un miroir convexe de Parmigianino (vers 1524). En matière d’autoportrait critique, en effet Marc Chénetier préfère au Parmesan Aert Schoumann. /FT/

 

► Charles Bernstein, Renflouer la poésie, traduction et postface d’Abigail Lang, éditions Joca Seria, hiver 2019-2020, 100 pages, 18 €.

Abigail Lang a raison d’insister sur l’extraordinaire « Recantorium » (p. 25-40) de celui qui représente une figure de proue des Language poets : « Dans « Recantorium », longue rétractation modelée sur celle qu’eut à faire Galilée devant l’Inquisition mais évoquant aussi la confession puritaine et les procès de Moscou, Bernstein passe en revue, en creux et avec une jubilation évidente, les éléments de sa poétique tout en se payant la tête des inquisiteurs et de tous ceux qui présentent la poésie comme « l’Expression Intemporelle du Sentiment humain universel (SHU ». C’est un combat institutionnel. Sous des dehors bénins, les tenants de la « culture officielle du vers » qui président aux destinées du Mois national de la poésie (l’équivalent de notre Printemps de la poésie) opèrent un coup de force : en invoquant l’universel et le sens commun, ils s’abstraient du champ polémique où s’affrontent les poétiques et s’établissent les valeurs. À l’humanisme anhistorique et à l’essentialisme de la poésie mainstream, Bernstein oppose une poétique pragmatique fondée sur le contexte et l’usage » (p. 84).

 

► Jean-Pierre Bobillot, Trois poètes de trop, Patrick Fréchet éditeur / Les Presses du réel, juin 2020, 144 pages, 14 €, ISBN : 978-2-37896-159-6.

Que peuvent bien avoir en commun le poète symboliste René Ghil (1862-1925) et Jean-François Bory (1938) comme Lucien Suel (1948) ? Ce sont des eXpérimentrop : X comme interdit au Grand-Public, en ces temps de prose transparente écrite en FMP (Français Médiatique Primaire), pour faire un clin d’œil à Prigent… C’est dire que l’excès est de moins en moins prisé. Et le poète essayiste de donner cette définition : « (ne) peut être qualifiée d’ « expérimentale » […] (qu’)une œuvre ou une démarche s’attachant à explorer et à exploiter sans réserves toutes les zones et strates de toutes les configurations médiopopétiques possibles, selon les « angles d’attaque » propres à chacune […]. »

LC attend avec impatience…

À paraître le 22 août 2020 : Lignes, n°62 : Les Mots du pouvoir / Le Pouvoir des Mots

Mots contre mots, comme on disait naguère « front contre front ». Parce que les opérations de domination sont aussi, autant, des opérations de langage, lesquelles vont bien au-delà de ce qu’il est convenu, de part et d’autre, d’appeler des opérations de communication. Ce qui s’en trouve touché, affecté, est d’une nature bien plus profonde, et corruptrice.

« Mots », « pouvoir », deux mots (dont le mot «  mots ») pour un même titre, en réalité. Pour dire combien nous avons trop affaire aux mots du Pouvoir, et celui-ci pas assez aux nôtres (« Pouvoir » avec une majuscule, pour faire des pouvoirs existants, politiques, économiques, patronaux, etc., un seul, celui qu’il est).

Trop affaire aux mots dont le Pouvoir se sert, et à ceux qui servent le Pouvoir, et pas assez à des mots, qui ne le servent pas, en mesure, au contraire, de le desservir.

Trop des mots qui asservissent et pas assez des mots… « sans service », « hors service », qui « desservent » même, où en allés ?, de la littérature, du poème, de la pensée, de l’impossible, de la beauté, de la révolte, etc.

Invitation a donc été faite à chacun de ceux dont les noms suivent de choisir un mot (ou plusieurs), ou court groupe de mots (ou plusieurs), parmi tous ceux dont le Pouvoir se sert pour rendre sensible (brutal, arrogant…) que c’est lui qui le détient, et que c’en est fait cette fois des mots des autres ; ou de choisir un mot ou court groupe de mots qui le lui conteste (qui prenne au mot les mots du Pouvoir), qui oppose aux mots du Pouvoir le/notre pouvoir des mots.

Table

  • Michel Surya, Présentation
  • Marc Nichanian, Apparat : du pain sur la planche
  • Léa Bismuth, Appel à projet
  • Jacob Rogozinski, Bienveillance
  • Xénophon Tenezakis, Faire collectif
  • ZAD, Été 2019, Communautés
  • Olivier Cheval, Croche-pied
  • Jacques Brou, Les CV de nos vies courues d’avance
  • Alain Hobé, Disparêtre
  • David Amar, Disruptif
  • Éric Clemens, Division
  • Cécile Canut, Espérance
  • André Hirt, « Espérance de vie… »
  • Jean-Christophe Bailly, L’Excellence, fleuron de la nouvelle langue de bois
  • Susanna Lindberg, Extinction
  • John Jefferson Selve, La foi narcissique
  • Christiane Vollaire, Garde à vue
  • Christian Prigent, Chino chez les Gorgibus
  • Jean-Philippe Milet, Y a-t-il un bon usage du mot « haine » ?
  • Francis Cohen, L’imprononçable : une politique
  • Martin Crowley, Impuissances
  • Georges Didi-Huberman, « Institution »
  • Yves Dupeux, Justice du pouvoir / pouvoir de la Justice
  • Didier Pinaud, Le mot Livre
  • René Schérer, Le gros Mot
  • Philippe Blanchon, Les Mots du Pouvoir…
  • Plínio Prado, Non-Mot
  • Gaëlle Obiégly, Nous, pronom
  • Mathilde Girard, « Pamela m’a radicalisée »
  • Alain Jugnon, La fausse Parole
  • Gérard Bras, Peuple(s)
  • Alphonse Clarou, Philosophe
  • Serge Margel, Possession
  • Michel Surya, Prendre
  • Guillaume Wagner, Prendre au mot, Prendre le pouvoir
  • Jean-Loup Amselle, Restitution
  • Sophie Wahnich, Révolution
  • Mehdi Belhaj Kacem, Rien
  • Jérôme Lèbre, La Rue
  • Henri-Pierre Jeudy, La valse des sémantiques institutionnelles
  • Pierre-Damien Huyghe, Du Service comme concession
  • Sidi-Mohamed Barkat, Violences policières
  • Philippe Cado, Blissfully yours

Annexes

  • Jean-Luc Nancy, Prendre la parole, prendre le pouvoir
  • Bernard Noël, Révolution

L’AUTRE BLANCHOT (suite et fin)

  • Michel Surya, À plus forte raison
  • Deux lettres de Jean-Luc Nancy

Pleins feux sur Christian Prigent

► Pour revenir à ce numéro 62 de Lignes, Michel Surya demande à Christian Prigent un « journal de confinement »… L’écrivain ne pourra lui livrer qu’un extrait du travail en cours, « Chino chez les Gorgibus » (Chino au jardin, P.O.L, à paraître début 2021) :

« Honteux, plutôt, que la fiction en cours ne répercute rien de l’actualité. Mais pas mécontent qu’elle ait protégé des crises de nerfs, râleries politiques rituelles, équanimités sur-jouées, arrogances inciviles, ping-pong d’expertises contradictoires, délires catastrophistes et prises de paroles de n’importe qui n’importe comment sur n’importe quoi — qui sont l’ordinaire du monde mais qu’avive la préoccupation paniquée de soi qui l’investit depuis des semaines et fait s’hystériser ses « réseaux ».

C’est en 2019. Chino est revenu habiter là où il vécut enfant. C’étaient des jardins ouvriers, autrefois. […] »

► Christian Prigent, La Peinture me regarde. Écrits sur l’art 1974-2019, L’Atelier contemporain, 20 août 2020, 496 pages, 25 €.

« Peinture comme poésie » : tel est donc le mot d’ordre que le lecteur trouvera richement décliné au fil de ces quelques cinquante textes écrits entre 1974 et aujourd’hui. Issues de diverses revues et réparties en plusieurs sections, ces analyses critiques concernent tantôt les peintres de Supports/Surfaces (Dezeuze, Viallat, Arnal, Boutibonnes…), tantôt des phénomènes de la peinture ancienne revus par l’œil moderne (anamorphoses, motifs non figuratifs du Livre de Kells…), tantôt la peinture de grands peintres du siècle dernier (Twombly, Bacon, Hantaï…), tantôt celle de contemporains et « amis » de l’auteur (Pierre Buraglio, Mathias Pérez…), tantôt enfin d’autres disciplines artistiques à l’origine de questionnements semblables (la gravure, l’image pornographique, la photographie…).

Il n’est pas anodin que la première question de l’entretien disposé par Christian Prigent en préambule de ses écrits sur la peinture soit la suivante : « Qu’appelez-vous “poésie” ? » Lui-même n’en cache pas la raison : « Je ne suis pas un critique d’art. Je regarde la peinture à partir de ce qui m’obsède : le langage poétique. C’est peut-être une façon de ne pas voir comme il faudrait. Mais c’est une façon de voir. Il y a des précédents. »
Loin cependant d’accumuler des analyses disparates, le livre les enserre dans une armature conceptuelle. Ce qui les apparente, c’est en effet cette même expérience qui fonde aux yeux de Christian Prigent l’identité de la poésie et de la peinture : celle d’un « désarroi » de la représentation, dans lequel la moindre forme se désigne elle-même comme insuffisante en regard du réel informe. Or cette expérience n’est pas uniquement un constat critique, elle est la sensation même dont l’auteur déclare partir lorsqu’il écrit : « Je crois que ce qui fait écrire, c’est la conscience à la fois douloureuse et jouissive de cette “différence” entre la polyphonie inaraisonnable de l’expérience et le monologue positivé et médiatisé. »
Ces essais sur la peinture ne sont donc en rien des à-côtés de l’œuvre, mais le révélateur du questionnement d’un écrivain pour qui, non moins que peinture et poésie, poésie et critique sont intimement liés.

Francis Ponge – Christian Prigent. Une relation enragée : correspondance croisée 1969-1986, édition établie, présentée et annotée par Benoît Auclerc, L’Atelier contemporain, 20 août 2020, 224 pages, 25 €.

Francis Ponge a soixante-dix ans lorsque, en août 1969, il reçoit d’un étudiant de Rennes un mémoire consacré à son oeuvre. Cet étudiant, c’est Christian Prigent, alors âgé de 23 ans et fondateur de la tout nouvelle revue TXT. Son oeuvre poétique et critique est encore balbutiante, et pour cause : il semble que pour l’initier, il lui faille en quelque sorte traverser celle de Ponge. « Je m’explique tout par elle » , confie-t-il à celui qui se retrouve, de fait, en position de maître.
En 1984, dix ans après que la rupture aura été consommée, il lui parlera du « ‘meurtre du père’ par lequel, peut-être (? ) il fallait que je passe pour écrire hors de la fascination de votre travail ». Correspondance entre un « grand écrivain » et un « jeune homme » , selon les termes dans lesquels s’institue l’échange, cette suite d’une centaine de courriers étalés entre 1969 et 1986 a cependant peu en commun avec les Lettres à un jeune poète – ne serait-ce que parce que les rôles, sur la scène littéraire, ne sont pas aussi fermement assignés.
Ponge, étant sorti de l’isolement dans le courant des années 1960, cherche à asseoir son oeuvre et à lui assurer des héritiers ; Prigent, lui, cherchant son écriture, évolue très vite sur le plan esthétique et idéologique. Leurs échanges, même empreints d’estime et d’admiration, sont donc également stratégiques, d’autant plus qu’ils impliquent un tiers : la revue Tel Quel, alors importante promotrice de l’oeuvre de Ponge.
Ces lettres, qui relatent entre autres l’introduction de Prigent auprès des membres de Tel Quel, la conception d’un numéro de TXT spécialement consacré à Ponge et les préparatifs du colloque de Cerisy, sont donc un document de notre histoire littéraire récente. Outre qu’elles éclairent la réception d’une oeuvre qui entend incarner « un apport aussi radical (pour le moins ! ) que celui d’Artaud ou de Bataille à la mutation en cours » , elles témoignent de l’effervescence intellectuelle et politique de l’après-68, laquelle sera la cause majeure de la rupture entre les deux interlocuteurs – l’un, gaulliste affirmé depuis Pour un Malherbe, l’autre, porteur des idées du mouvement étudiant – après le virage maoïste de Tel Quel en 1972.
Spectacle d’une transmission ambiguë au-delà d’un fossé générationnel ? Tel est peut-être ce que donne à voir cette correspondance. En ce sens, elle contribue aussi à la compréhension de l’oeuvre de Christian Prigent – « Malaise dans l’admiration » , tel est le titre d’un article qu’il a consacré à son aîné en 2014. Signe d’une « relation enragée » , pour reprendre l’expression de Benoît Auclerc, concepteur de cette édition.

► Enfin, signalons deux superbes chroniques sur Point d’appui (P.O.L, 2019) : « Ce livre peut en effet être perçu comme un atelier de la pensée du poème et du poème de la pensée. Car s’il s’agit d’un journal, il est d’un type particulier : on n’y trouvera point l’enregistrement minutieux du quotidien et pas davantage une fresque de l’intime, mais, dans la chronologie des jours, un cheminement réflexif qui embrasse une grande variété de thèmes, sans proscrire l’empreinte autobiographique. Des explorations critiques, des méditations, des souvenirs, des rêves, des notes sur des films, des écrivains ou des peintres, Christian Prigent n’exclut rien de ce qui se présente à son esprit au fil du temps » (Jean-Baptiste Para, dans le numéro estival de la revue Europe).

« La métaphore du Point d’appui, au regard d’un journal qui s’amuse  à scander son fil, déjà si peu narratif, avec des interludes poétiques, souligne  singulièrement l’énergie musculaire d’une écriture, dont le propos affiché  est d’opposer à l’emprise des représentations communes, de quelque nature qu’elles soient, poétique, politique, sexuelle,  un peu  de ce Réel que nous dérobe la prompte « coagulation » du sens » (Cécilia Suzzoni, dans le numéro d’Esprit de juin 2020).

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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