[News] News du dimanche

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mai 24, 2009
in Category: News, UNE
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Opération Libr-mai : si vous pensez que vos contributions entrent en résonance avec Libr-critique, il vous reste trois semaines pour les envoyer [libr.critik@yahoo.fr]… Seront programmés au fil des semaines à venir, en plus des créations sonores déjà annoncées (Yves Justamante et Nicolas Richard), les textes qu’ont bien voulu nous donner en exclusivité François Bon, Christian Prigent, Stéphane Rouzé… Merci encore pour vos propositions et vos messages amicaux !
Cette semaine, Pleins feux sur le dossier que la revue Europe a consacré à Pierre Guyotat et troisième volet de notre rubrique sur Publie.net ; et aussi nos abondantes Libr-brèves (à vos agendas !), en plus d’un Libr-éclat et de nos Livres reçus (Antoine Simon et Jean-François Caodou).

Saint Guyotat, comédien et martyr

«Par "engagement", j’entends engagement sexuel, esthétique, audace, pas simplement activité politique à visée collective» (Pierre Guyotat, "Entretien avec Catherine Brun", p. 9).

Europe, n° 961 : "Pierre Guyotat", mai 2009, 20 € [pp. 3-173].

À en croire certains, s’attaquer à l’œuvre de Pierre Guyotat (1940) peut sembler une gageure. C’est ainsi que dès 1967 à la sortie de Tombeau pour cinq cent mille soldats, Jean Duvignaud estime que "les jeux de la sophistique critique sont réduits à néant quand paraît une oeuvre comme le Tombeau" ; quarante-deux ans plus tard, dans ce volume, Patrick Ffrench confirme que cette écriture est "réfractaire aux tentatives de capture critiques et médiatiques" (p. 151).

Cela dit, dans son avant-propos au dossier qui résulte du colloque international qu’elle a organisé en mai 2007 en collaboration avec la BNF, Paris III et Paris VII, évoquant cette "œuvre tout à la fois inventive et classique, épique et lyrique, tragique et comique", Catherine Brun affirme sans ambages : "Le temps est aujourd’hui venu de dépasser la polémique et le témoignage pour faire apparaître la force et la trajectoire d’une œuvre hors normes qu’on ne saurait réduire à ses vertus subversives ou à ses pouvoirs de rupture." Et de mettre l’accent sur la triade créatrice de Pierre Guyotat : «"Faire avancer la langue", "produire de l’Histoire", "mettre du rythme sur le crime"»…

Suivent, en plus des témoignages sur ses expériences théâtrales (Alain Ollivier) et cinématographiques (Stephen Barber), des analyses sur sa langue originelle (Marianne Alphant), la sexualisation d’une histoire qu’il veut brosser à rebrousse-poil (Satoshi Ukaï, "Anus Dei"), sa poièsis anthropologique (Margarita Xanthakou), la scénographie des "gestes d’écriture et de profération" (Dominique Carlat), son lyrisme contrarié (Johan Faerber), le théâtre comme «le "genre-sens" à quoi à ce jour tend l’œuvre» (C. Brun), la tension qui anime son écriture entre désenchantement et réenchantement (Bruno Blanckeman), identité et altérité (Patrick Ffrench), ou encore sur ce qu’on peut appeler sa réelangue (Marie-Christine Lala et François Bizet)… Quant aux Carnets, ils nous apprennent qu’avant la naissance de l’extraodinaire idiolecte que l’on (mé)connaît, la langue de Guyotat est plutôt traditionnelle (Éric Bordas).

Vu les références à Jean Genet, les rappels d’une trajectoire dramatique (aux deux sens du terme), et la question de Pierre Vilar : "L’entreprise de Pierre Guyotat ne viserait-elle pas, par certains aspects, ce qu’on a communément désigné par le nom de sainteté ?" (71), notre titre s’imposait : Saint Guyotat, comédien et martyr… /FT/

PUBLIE.NET

Cette semaine, passons en revue la Zone risque et la collection "Art, pensée & Cie ".

Prenez le risque d’entrer dans la Zone de turbulence des mots et du monde : découvrez les fictions fantastiques brèves d’Arnaud Maïsetti, le 1er texte non engagé sur la révolution française que propose Véronique Pittolo… mais aussi Claude Favre, Rémi Froger, Fred Griot, Pierre Ménard, Sébastien Rongier, Gwenaëlle Stubbe…

La collection dirigée par Sébastien Rongier, "Art, pensée & Cie ", propose des textes théoriques : Michel Deguy, De l’illisibilité ; Jean-Paul Galbert, L’Idée de ludique (le "rire comme approche critique de la réalité") ; Christian Ruby, Notes sur le travail du spectateur et sur le spectateur au travail de soi

Libr-Éclat

Quelques mois avant la Grande Braderie d’automne, le Marché éditorial a besoin d’AIR… Le Marché en avait besoin, Le Monde et la Villa Gillet l’ont fait : depuis 2007, le printemps voit revenir la Foire-aux-idées romanesques… Cette année, du 25 au 31 mai à Lyon, les Assises Internationales du Roman reprennent la même recette (le mélange des ingrédients littéraires les plus divers !) pour célébrer "un genre en bonne santé" et s’interroger sérieusement : le roman doit-il raconter une histoire ? le roman a-t-il encore l’ambition de représenter le monde ?
Vous suffoquez ? Vous pouvez toujours (re)lire Prostitution de Guyotat… /FT/

Libr-brèves

► Gilbert Quelennec, responsable sur Facebook des groupes Pierre Bourdieu et Jacques Bouveresse, nous recommande d’écouter le Colloque L’art et la mesure et de consulter le résumé des cours 2007-2008 de Jacques Bouveresse : Qu’est-ce qu’un système philosophique ? (suite).

► Gilbert Quelennec nous signale également que son Association Kraken-Art a organisé samedi 30 mai 2009, de 16H à 17H, une rencontre avec Christian Prigent autour de son livre Le Monde est marrant (vu à la télé) : débat et lectures.
La Maison de quartier du Moulin Vert, 47 rue de Prateyer à QUIMPER.

Dimanche 31 mai, de 15H à 17H : Café littéraire autour de l’ouvrage Écrivains en série animé par Laure Limongi et Thomas Clerc, au Château de Chamarande, dans le cadre de l’exposition Au pied de la lettre réalisée par le domaine départemental de Chamarande (38, rue du Commandant Arnoux). Ce rendez-vous autour d’un café aura lieu dans la cour du château, près de l’hêtre pourpre. Renseignements : 01.60.82.57.71.
L’exposition Au pied de la lettre : Le domaine départemental de Chamarande, centre d’art contemporain dans un parc paysager, propose du 17 mai au 20 septembre l’exposition Au pied de la lettre. L’exposition propose d’explorer les relations qu’entretient le langage avec les arts visuels aujourd’hui. Plus d’informations : www.chamarande.essonne.fr

► Sous les voûtes de la librairie Dialogues Théâtre à Lille, le jeudi 4 juin de 18h à 19h30, retrouvez Fred Personne pour 50 ans de cour à jardin, Ma vie d’acteur (deuxième tome de son autobiographie) ; extraits lus par l’auteur suivi d’un amical pot littéraire.
Librairie Dialogues Théâtre, 34 rue de la Clef 59000 Lille ; pour la rencontre, il est prudent de réserver au 03 20 55 76 11.

PRATIQUES DE LA FOLIE 5 ET 6 JUIN 2009 (92 bis Bd du Montparnasse 75014 Paris). Police des espaces, espaces du politique. Renseignements : 06.03.89.20.21.

Vendredi 5 juin : Franck Chaumon, "Les deux moments de la folie" ; Roland Castro, "Le lieu et le lien Architecte" ; Jean-Louis Martinelli, "Des paroles, de qui, pour qui ?" (metteur en scène, Directeur du Théâtre des Amandiers) ; Patrick Faugeras, "N.O.F. 4, l’ingegnere astronautico" ; (psychanalyste, traducteur).
Samedi 6 juin : Sophie Aouillé, "Un inconscient rassurant ?" ; Antoine Garapon, "Défendre l’espace du débat judiciaire contre la raison néolibérale" ; Frédéric Gros, "Du « parler vrai » à la « vraie vie »" (philosophe) ; Catherine Herszberg, "Digressions autour d’un acte manqué" ; Bertrand Ogilvie "L’émotion communiste" (philosophe et psychanalyste) ; Michel Plon, "Fernand Deligny, du réel de la politique à la politique du réel" ; Roger Ferreri, "Peut-on ne pas conclure d’un Etat du singulier ?"

► Vendredi 5 juin de 20h à 22h (92bis Boulevard du Montparnasse 75014 Paris) : Forum de La Nuit sécuritaire. En réaction au discours de Nicolas Sarkozy le 2 décembre à Antony, une pétition dénonçant « la nuit sécuritaire » a été lancée par « l’appel des 39 ». Elle a recueilli à ce jour 25 000 signatures.
Des forums itinérants sont organisés en marge de différentes manifestations ou colloques. C’est le cas du présent colloque de Pratiques de la folie. L’accès au forum est libre et gratuit.
Des interventions brèves de Antoine Machto, psychologue ; de Serge Klopp, cadre infirmier ; de Michael Guyader, psychiatre. Ouvriront un débat avec la salle, animé par Loriane Brunessaux, Sandrine Jallade et Guy Dana.

Argument

Au nom de la sécurité, on met en œuvre une police des espaces : ségrégation pour certains dans des lieux de rétention, traçabilité pour d’autres afin de suivre leurs moindres mouvements, surveillance pour tous. Dans un tel monde policé où chacun serait à sa place, la « vie commune » se réduit aux échanges de communications entre espaces de paroles prescrits par avance. On est prié de parler à son tour, et pas pour ne rien dire ! C’est le règne du discours des experts.
Le problème d’une telle logique, est qu’elle ne cesse de se nourrir de ses propres échecs. Car plus on pratique la ségrégation plus on découvre de nouveaux individus dangereux, plus le principe de précaution doit s’appliquer à tous. C’est la même pente qui va de l’isolement des fous à la rétention des criminels dangereux jusqu’au dépistage des très jeunes enfants qui pourraient le devenir. La police des espaces ne génère pas la sécurité, elle engendre la peur, dont elle se nourrit.
La pensée bureaucratique ne cesse de l’entériner par l’effacement des questions au profit de l’accumulation des réponses. Des chiffres, encore des chiffres. Et pour cadenasser le tout, la machinerie des procédures tatillonnes réduit l’expérience humaine aux calculs de sa comptabilité, sans le moindre reste.

A cette fiction réductrice il convient d’opposer une autre prise en compte du réel, de la tension, du conflit, de la faille, de l’impossible « vie en commun ». Non seulement l’espace de la cité n’est pas unifié, mais sa géographie est changeante. C’est un espace divisé, conflictuel et ouvert, qui ne se laisse pas circonscrire. Il y a de l’hétérogène, il y a du réel qui échappe. Ça ne parle pas nécessairement au bon moment au bon endroit : il y a des paroles folles, des retraits, des silences.
Plutôt que prétendre unifier les réponses, ne faudrait-il pas contribuer à ouvrir les questions, à les poser dans leurs formulations distinctes ? Puisqu’il y a des lieux distincts, puisqu’existent des discours différents qui ont leurs propres régimes de vérité, comment faire place dans l’espace public au singulier dont ils témoignent chacun à leur façon? Comment, à partir d’un lieu, se faire le passeur et transmettre à d’autres le réel de l’expérience ?
Ce colloque invite à en faire cas, à partir de différents lieux de pratiques.

Le 23 juillet 2009, 18h 30, aux Boujolles (Gordes, Vaucluse), Pierre Jourde lit "Dans mon chien" et "Crucifixion rumba". John Cuny improvise au piano. Kristian Desailly peint en direct. Représentation unique, sur invitation.

Livres reçus

[+] Antoine Simon, Ticket à conserver, ed. Plaine Page, 79 p. ISBN : 2-910775-33-X. 10 €. Ticket à conserver, ou encore l’envers du ticket. Envers, à savoir ce qui se joue dans la réception du ticket de caisse : l’acte d’une écriture, d’une pensée qui télescope ce moment, cette surface donnée dans la relation marchande. Si Anne-James Chaton, dans son travail poétique, mettait en avant la densité symbolique de relations économiques, en tant que trajet propre/impropre d’un sujet effacé au profit de cette seule narration, ici il s’agit d’une toute autre opération : les tickets pour Antoine Simon sont des espaces d’écriture, se donnent comme contrainte dans l’œuvre poétique. Il ne s’agit pas tant dans ce livre d’un décryptage du ticket, que le choc contingent entre un regard/pensée et une surface. Ainsi, un certain nombre de textes, se donnant au verso du ticket, ne concernent pas la transaction liée au ticket. Bien plus, il y a dans ce geste d’écriture une forme dialectique de neutralisation du ticket en faveur du poème à chaque fois écrit. Alors que, chez Chaton, la juxtaposition des éléments crée une véritable narration, un parcours, certes où l’individu est effacé en faveur de son corps transactionnel, ici avec Antoine Simon, page après page on s’écarte des tickets (qui sont effacés quant à leur reproduction – au reste, de qualité médiocre), pour ne se concentrer que sur les petits textes. Le vecteur poétique subordonne le ticket, l’efface, s’en échappe, car ce qui est évident et qu’il exprime parfaitement c’est que "le regard posé sur les choses / n’est jamais détaché / de son œil". /PB/

[+] Jean-François Caodou, Le cogimaton, ed. Plaine Page, 68 p. ISBN : 2-919775-34-8. 10 €. "Le cogimaton est à Descartes ce que le photomaton est à Doisneau", écrit comme en exorde de son livre Jean-François Caodou. L’ensemble de ce texte obéit à cette sentence : petits précis de philosophie à l’usage de  ceux pour qui l’humour, l’ironie, le cynisme, les brèves sur l’actualité circonscrivant les absurdités de ce qui nous est transmis, sont plus essentiels que l’information telle qu’elle nous est donnée. Par petits paragraphes, Jean-François Caodou décrit un univers fantasque : le nôtre, fantasque parce que dévoilé par le cogimaton décrassant les actualités, construisant des liens invisibles, dévoilant des logiques absurdes, parfois établies sur d’amusants calembours. Ainsi, on suit ces petites chroniques en forme d’aphorismes qui s’étendent de 1991 à 1995, et repris par la mémoire (donc l’éloignement, la distance et l’oubli) ; on ne peut que s’amuser des échos qui se font avec notre époque, de la récurrence des noms (qui, pour ce qui est de la France, n’ont guère changé – hormis quelques nouveaux). /PB/

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rédaction

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