[News] News du dimanche

[News] News du dimanche

novembre 9, 2008
in Category: News, UNE
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Cette semaine : les news du web, livres reçus et "Pleins feux sur les Singuliers d’Argol".

[  sites et blogs  ]

[+] À découvrir : le site autofiction.org. Site consacré à l’histoire de l’autofiction, de sa genèse à son expansion, en passant par la création du concept en 1977 par Serge Doubrovsky. On y trouvera les références bibliographiques aussi bien des essais et romans concernés que des thèses, mais en plus des entretiens avec les auteurs pratiquant l’autofiction (découvert via actualité.com).

[+] À découvrir en avant première deux pièces sonores de l’album d’Anne-James Chaton et d’Andy Moor : Le journaliste. Les deux pièces à entendre sont très bien réalisées, et montrent aussi l’évolution de la poétique d’Anne-James Chaton. Musicalement, le travail guitare d’Andy Moor est toujours aussi efficace, dans la lignée de Sonic Youth.

[+] À écouter : les lectures des auteurs de publie.net sur le site de Philippe de Jonkheere, soirée qui a eu lieu le 7 novembre au centre Cerise.

[  Livres reçus  ]

[+] François Rannou, Là-contre, ed. le cornier, 12 € (diffusion L’astre, 4 passage Saint-Michel, 75017 Paris). D’emblée, lorsque l’on ouvre ce petit livre de poésie, apparaît une parentée, celle d’une proximité, d’une filiation peut-être, avec André du Bouchet. Les mots, cherchant leur place sur la page, fixant leur place pour constituer une géographie de la page (ils deviennent corps), insistent à poser la question du livre et de ce qui s’y li[e/t]. Jouant sur la matérialité même du livre, sur le pli et la page tournée, le poème n’habite pas deux dimensions, mais bien trois, se poursuit horizontalement de page en page, tout en s’exposant selon des lignes verticales (les mots se transforment alors en corps dansant). Les textes de François Rannou sont de l’ordre de l’intime, d’une langue qui tout en se voulant précise, pourtant reconnaît la trouée qui lui fait face et qu’elle ne peut que frôler, contourner, sans jamais y entrer. Il y a ainsi chez François Rannou du négatif au sens de Christian Prigent : "terre d’ailleurs dont la géographie n’a trace (cartes fluctuantes) que lorsque la / paume qu’on ouvre monre le revers des paroles intraduisibles […] à quelle image impossible se raccrocher ? / sa précipitation noircit la bouche". Texte moderne, qui revient sur cet au-delà de l’homme, que la poésie ouvre, non pas dans son dire, mais en montrant comment cela résiste au dire, le fracture en son intimité, comment le dire malgré sa force et parfois sa prétention, ne réussit pas à dire.

[+] Jean-Michel Espitallier, Army, ed. al dante, ISBN : 978-2-84761-978-2, 53 p. 9 €. Cela faisait depuis 2006 et son Tractatus Logo Mecanicus, que Jean-Michel Espitallier n’avait pas publié de textes, et c’est donc pour nous un plaisir de recevoir et de parler de ce dernier texte Army, car à l’inverse de certains auteurs surproductifs (trop productifs je crois), chaque texte de Jean-Michel Espitallier repose sur une architecture et une réalisation sans faille.
Nous faisons face à un témoignage personnel.
Personnel/impersonnel, témoignage personnalisé, mais lié à des sources impersonnelles et diffusées en masse. Car tout ce qui a lieu dans ce texte est repris de sites d’informations ou encore de sites de diffusion vidéo. Le témoignage personnel que nous suivons sur la guerre, sur l’armée est construit à partir d’éléments distincts et non reliés potentiellement. Cela pose la question donc de la fictionnalisation des documents informationnels tels qu’ils nous sont communiqués, fictionnalisation unifiant autour d’un référent ces éléments, cela pose la question de savoir, en quel sens, en tant que spectateur de faits épars et diffusés selon différentes plate-formes ou modalités médiatiques, pourtant je reconstruis une seule et unique réalité. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de cette unification dans un seul vécu de ce qui est multiple, distant, séparé. L’horreur que nous vivons face à la guerre d’Irak, pour la citer, c’est que loin de n’être que les témoins directs géolocalisés, nous sommes les récepteurs de plusieurs géolocalisations et événements liés, et nous sommes les producteurs d’une fiction unique de ce qui n’était pas lié. Nous vivons l’horreur d’une réalité qui phénoménalement n’existe pas. Le spectateur devient, consciemment ou inconsciemment, le producteur d’une dramaturgie insituable, au sens où il est le moteur d’un assemblage d’éléments distincts qui n’ont de relation ni géographiquement réelle, ni même parfois temporellement. Il crée à partir de sa position excentrée un nouveau drame, qui vient surcoder chaque élément repris, lui donner des règles de relation qui n’existent pas. Ce que nous amène à faire Jean-Michel Espitallier, c’est cette expérience. Le témoignage personnel que nous lisons, à la première personne du singulier, n’est que la reconstitution d’une réalité qui n’a jamais eu lieu, d’un théâtre des opérations qui n’a pas historiquement eu lieu.

[+] Jacques Rebotier, Description de l’omme, Verticales phase deux, 2008, 370 pages, 25 €, ISBN : 978-2-07-012302-5.
Avec ses aînés Novarina et Prigent, l’écrivain-compositeur-metteur en scène Jacques Rebotier (né en 1950) fait partie de ceux qui merdRent. Ayant passé le cap de la scène – et avant que de la retrouver du 17 novembre au 7 décembre 2008 au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis -, sa fantaisiste Description de l’omme paraît en volume : "Description de l’omme est une encyclopédie médiévale écrite au vingt-deuxième siècle par un papillon, ou une grenouille". Y sont passés en revue : "Anatomie, sang, passions, parole, organisation sociale, religion, moyens de production et de reproduction, sexe(s), monnaie, arts, hunivers…" Nous y reviendrons, bien évidemment.

Pleins feux sur " Les singuliers " d’Argol

Pour la connaissance des contemporains, la collection "Les Singuliers" lancée en 2005 par les éditions Argol s’annonce comme aussi indispensable que le furent en leur temps celles de Seghers ("Poètes d’aujourd’hui") ou du Seuil ("Ecrivains de toujours"). La formule adoptée est caractéristique d’une tendance qui s’est confirmée à la fin du siècle dernier : à la critique prédicative, on préfère désormais la critique comme accompagnement distancié, co-création de l’oeuvre.
En plus de deux cents pages, chacun des huit volumes parus est constitué d’un long entretien – d’une rencontre entre un critique et un écrivain de prédilection – organisé en chapitres et enrichi de photographies et de documents divers.
Après des livraisons consacrées, entre autres, à Jude Stéfan, Philippe Beck ou Paul Nizon, les trois dernières ont été publiées de mars à octobre 2008.

Federman hors limites. Rencontre avec Marie Delvigne, 260 pages, 26 €.
Pour tout savoir des pratiques de cet écrivain attachant, de son rapport à ses langues ou à Beckett – avec en plus des morceaux choisis inédits et une très riche iconographie.

Lucot, H.L. Rencontre avec Didier Garcia, 240 pages, 25 €.
"En un demi-siècle et une trentaine de titres, Hubert Lucot a construit une œuvre autobiographique d’une exigence rare, excessivement originale et singulière. Dans ces entretiens, Hubert Lucot a fait davantage que se prêter au jeu : il s’est livré, aussi bien pour évoquer des souvenirs d’enfance durant l’Occupation, les films et le monde du cinéma de son père grand réalisateur, que ses rencontres avec les écrivains et les peintres. Il y revisite les livres de sa bibliothèque de grand lettré, évoque ses méthodes de travail et l’évolution de son écriture. Avec toujours la même sincérité, le même souci de l’exactitude, de grands élans de colère et des pointes d’humour, l’entretien richement illustré de documents personnels apporte une connaissance inédite d’une des œuvres majeures d’aujourd’hui et du monde dont elle se nourrit".

Roubaud : Rencontre avec Jean-François Puff, 240 pages (150 illustrations), 26 €.
" « Connu pour sa notoriété » : avec l’humour qui le caractérise, Jacques Roubaud a souvent repris à son compte ce mot de Heine. Il est vrai que cette oeuvre est à la fois immense, multiple, et proliférante, qu"elle est le plus souvent présentée comme difficile ou codée ; toutes caractéristiques qui ont pu en brouiller la perception. Aussi existerait-il plusieurs Roubaud possibles : un oulipien sérieux, un oulipien joueur, un poète fantaisiste et faussement naïf, un grand poète lyrique, un autre poète enfin, logicien et méditatif ; et encore un mathématicien austère, un amoureux fervent, un poéticien érudit, un prosateur plein d’artifices… Selon ses goûts, son humeur, son domaine de spécialité ou plus simplement le hasard de la découverte, chaque lecteur se fait son Roubaud. De la dizaine de livres de poésie à la prose de mémoire du Grand incendie de Londres, en passant par le cycle romanesque des Hortense ou les traités de poétique, la diversité très réelle de l’oeuvre ne doit pourtant pas masquer la profonde cohérence d’un ensemble qui a d’ailleurs voulu se donner la forme entièrement déterminée d’un Projet, conjointement de mathématique et de poésie. Ainsi se déploie une figure arborescente qui dans ses ramifications et par-delà sa chute embrasse tout le divers. Dans le monde de Roubaud, tout renvoie à tout, ce qui ne signifie pas, non plus, que rien n’est ordonné, et que tout se vaut. La poésie est au coeur. Qui est l’homme qui a conçu ce Projet ? D’où vient-il ? Quel fut son cheminement intellectuel et esthétique ? Quelle est sa situation, dans le champ de la poésie contemporaine ? Comment entrer dans son oeuvre, dont le point de départ se situe en 1967, avec la publication remarquée de E aux éditions Gallimard, et comment suivre le fil de cette oeuvre ? Ces entretiens voudraient ménager à leur lecteur un chemin dans le labyrinthe, lui donner quelques clés, sans pour autant simplifier le travail de Roubaud, sans en réduire l’intensité et la part aventureuse. Ils voudraient aussi faire entendre la voix du poète, en conservant les traces de leur oralité native. Illustré de photographies et de documents rares, comportant aussi une anthologie de textes, ce livre a pour ambition de présenter du monde de Roubaud une image suscitant le désir de la lecture ".

A paraître : Christian Prigent, quatre temps. Rencontre avec Benedicte Gorrillot, 2009.

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rédaction

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7 comments

  1. emmanuel rabu

    Cher Philippe,

    Je ne vois pas trop le rapport qu’on peut établir entre le travail solo d’Andy Moor (et même de The Ex en général) et celui de Sonic Youth. On peut faire des liens, ok mais comme on peut faire des liens entre tous les groupes issus du punk, de la no wave, du free et du noise.

    La seule chose, pour moi en poésie/rock qu’on puisse rapporcher de ce travail de masse sonore, de symphonie bruitiste post-Branca, c’est le duo Serge Pey et Étage 34, je parle des lives pas de l’album qui ne restitue rien de leur puissance scénique. Là on peut dire que ça se situe dans la lignée de Sonic Youth.

    Cela dit : l’album Chaton/Andy Moor est excellent !

    E

  2. rédaction

    en fait le premier des deux morceaux en extrait : la distors et sa suite est proche de ce qu’a pu faire SY dans les années 80. C’est pour cela. En fait cela a été dit sans doute trop vitre. Ai pensé à cela en passant. Analogie de mon crâne.

    p

  3. NotBilly

    cela dit… pour « in the fishtank », Sonic Youth & TheEx ont collaboré (sans Kim Gordon mais avec des jazzmens(ICP) à la place). ça ne fait pas avancer le schmilblick. Il faut que je me trouve ce nouveau chaton/moor.

  4. Sophie Brien

    J’ai vu que cela sortira prochainement en co-production Unsounds (le label d’Andy Moore) et Nad (new al dante, le label de Chaton) – une question : ça fait déjà pas mal de temps que j’entends ou que je lis ici ou là que l’album post-poétique véritablement ambitieux et marrant de Sylvain Courtoux (je le sais car je l’ai vu joué son opéra post-pop lo-fi parodic’ à Lodève il y a quelques mois) dont le titre est (encore un truc rigolo) : Vie et Mort d’Un Poète de Merde, et donc également, aussi longtemps que j’attends sa sortie prochaine en cd chez NAD – Est-ce que la sortie (c’est une question pour les gens des comments et de tout le monde s’il veut bien) du Chaton/Moore (dont moi, je me fous pas mal – étant ni une fan de l’un ni des autres – j’écoute plutôt (en ce moment du moins ) Ladyhawke et The Whip), bref,est-ce que cette sortie veut dire qu’il n’y aura pas, qu’il n’y aura pas du tout, même, de sortie pour le disque ‘merdique’ (lol) de Courtoux ? En tout cas, c’est ma théorie, et j’ai les boules pour moi et mes copines car on avait grave kiffait la vidéo de Philippe Boisnard et je me disais merde pourquoi ça ne sort toujours pas… Je veux des réponses les pontes …

  5. saihtaM

    C’est bon Sylvain j’t’ai r’connu 😉

    Et moi je veux savoir quand sortira ce foutu Anaérobiose de Mathias Richard chez le Grand Souffle ! ça fait trois ans que ça doit sortir je crois ! Je suis passionné par Mathias Richard et je veux mon livre !!! 🙁

  6. rédaction (author)

    @ sophie Brien : oui en effet cela fait pas mal de temps que ce CD devrait sortir. Mais c’est là la logique d’al dante ou plutôt de Cauwet : il fonctionne à sa manière. Comme beaucoup. C’est vrai que c’est dommage. Certes, je crois que le Moor/Chaton doit être bon, en tout cas les eux pistes données à entendre sont vraiment bien (alors que le dildo de l’acr me paraissait vraiment pas très bon), toutefois, il est vrai que Vie et mort d’un poète de merde devrait être sorti. à voir donc.

    @ Mathias : on en est tous là. à attendre. Eheh. Mais plu on attend plus c’est bon quand ça sort. 🙂

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