[CD-livre + chronique] Patrick Bouvet et Eddie Ladoire, <strong><em>recherche + corps</strong></em>

[CD-livre + chronique] Patrick Bouvet et Eddie Ladoire, recherche + corps

décembre 8, 2008
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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Patrick Bouvet et Eddie Ladoire, recherche + corps, Le Bleu du ciel, 2008, 1 CD-audio 40 mn, livret 48 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-915232-553-0.

Après le Naufrage du litanic, de Christian Prigent, le ciel littéraire est toujours au bleu avec cette déflagrante rencontre entre cut-up poétique et musique électronique. Le Bleu du ciel resplendira d’autant plus que nous reconnaîtrons et soutiendrons ses efforts titanesques pour défendre une littérature jouissivement exigeante.

Quatrième de couverture

Patrick Bouvet écrit à partir de fragments prélevés dans les médias ou dans les slogans publicitaires, et emprunte à la musique électronique ses procédés de composition. Ici, il s’est intéressé à la manière dont le web évoque le corps. Recherche+corps contient une matière verbale qui appartient au réseau. Il travaille sur la déréalisation du monde, quotidiennement à l’œuvre dans les médias.

Eddie Ladoire, musicien électronique et artiste, suit pas à pas les collages hypnotiques du poète, incisifs et subversifs. Ambiances sonores urbaines, bruits de machines, voix réfractées. Les deux esthétiques se font écho, témoignant de la violence de notre monde.

Chronique

Après Nouvel Âge (2006) et Canons (2007) – auxquels s’ajoutent de nombreuses lectures publiques et collaborations en revues -, avec recherche + corps, Patrick Bouvet poursuit son travail de prélèvement dans les sphères médiatiques pour réfracter des microcosmes infamiliers : cette fois, il s’associe au musicien Eddie Ladoire pour nous plonger dans un terrifiant univers urbain et réfléchir (sur) des représentations du corps issues du web.

En fait, nous avons affaire à une œuvre mixte en matière-musique : la tension dramatique du montage textuel – lequel est élaboré à partir de la technique musicale de l’échantillonnage – est accentuée par une musique électronique dont l’intensité et les dérapages sonores sont parfois insoutenables et qui, en outre, intègre des bruits urbains et des voix répercutées en boucle.

Quant au texte proprement dit, divisé en deux parties ("recherche+corps" et "machine célébrité"), il constitue une machine à retraiter les clichés, un mixeur, voire un accélérateur de particules signifiantes d’où surgissent d’insolites et inquiétants télescopages, comme dans ces extraits de "machine célébrité" – où, au passage, on notera que le poète traite à sa manière la question du pop qui importe à Christophe Fiat :

"elle ne lésine pas sur les effets
dans l’après- 11 septembre
[...] elle fait partie du cercle très fermé

des stars planétaires
elle se déplace
dans cet espace mythique
avec ce sourire énigmatique
qui fait tant de ravages
un espace criblé
de zones érogènes
[...] au milieu des surfaces pop
des centaines de reflets scintillants
dans l’après- 11 septembre
elle affronte les effets vidéo
avec son corps
véritable machine pop
flamboyante
elle regarde les ravages
qu’elle laisse derrière elle
[...] elle fait partie du cercle très fermé
des machines de guerre
hyperglamour" (p. 44-47).

Le corps-machine n’a ici plus rien à voir avec celui de Descartes. Le moderne homo machina est des plus tragiques : perdu dans un monde de prothèses, un monde qui a dépassé les limites du corps et de l’humain, il n’est plus que simple opérateur, machine-à-exécuter, sujet à des processus d’exécution - et ce terme se trouve ici au carrefour d’isotopies diverses (celles de la science et de la technologie, de l’art comme du crime). Dans cet univers post-humain où le corps est devenu fiction et la mort réalité, triomphent tous types de manipulation : génétiques, sexthétiques, médiatiques.

 

C’est bel et bien à "l’explosion du vingtième siècle électronique" que nous assistons : cette œuvre née de la révolution électronique de Burroughs est une série d’atmosphères et de micro-récits, une suite d’instantanés visuels-sonores (d’épiphanies acoustiques) qui montrent froidement la spectraculaire horreur de notre univers électroniqué – et, partant, font exploser l’utopie électronique du siècle dernier.

 

Que résonnent, donc, les 21 éclats ; que détonent, donc, les 21 stases : "zones+contacts", "couple+performance", "tueur+série", "tourisme+nuit", "fille+industrie", "accident+désir", "idiot+micro", "héros+guitare", "ghetto+adolescents", "vision+thermique", "art+balle", "film+complot", "massacre+technologie", "peau+changement", "perte+poids", "tableau+vivant", "femmes+muscles", "plastique+fiction", "humain+laboratoire", "électronique+caresses", "voyage+cosmique"…

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Fabrice Thumerel

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