[Chronique] Dominique Dou, Bagdad sous l'ordure, par Jean-Paul Gavard-Perret,

[Chronique] Dominique Dou, Bagdad sous l’ordure, par Jean-Paul Gavard-Perret,

octobre 18, 2017
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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[Chronique] Dominique Dou, Bagdad sous l’ordure, par Jean-Paul Gavard-Perret,

Dominique Dou, Bagdad sous l'ordure, coll. "Les Écrits du Nord", éditions Henry, Montreui-sur-Mer, 2017, 46 pages, 10 €, ISBN : 978-2-36469-161-2.

Dominique Dou réussit à passer par la force poétique bien au delà d’une simple évocation « paysagère » de Bagdad en proie aux affres des guerres. Le rouge est mis. Mais le corps même de celle qui ici lance son chant à coup d’itérations, offre un point de vue particulier en se défaisant des idéologies médiatiques. Si bien que la poésie n’est pas « engagée » : elle devient celle de l’engagement. Ce qui est bien différent. Il y a là un appel à la lutte et à l’existence.

La voix d’une femme la rend plus viscérale au sein de ce que Faye dans sa post-face nomme avec justesse une nouvelle « Ballade des pendus ». Le poème revisite l’histoire de la ville. Toute la mise non en abîme mais aux abîmes est là au sein de divers épisodes tragiques et collectifs mais offerts loin du registre du pathos. L’éros devient la symétrie de thanatos même si la nuit du monde prend à la gorge au moment où les « chiens jaunes du désert » morts de faim viennent piller ce qui reste.

Dominique Dou offre divers points d’incandescence en un voyage géographique et mental dans l’obscur. Le poème dresse les cris des innocents et il ne s’agit plus simplement d’opposer l’orient à l’occident. L’auteur (en digne successeur de Faye) ne cesse d’écrire de là où souffleurs de mort revendiquent l’oubli afin de dissimuler le passé. Ils n’en finissent pas de descendre les volets de l’oubli. Mais aucun trou de mémoire ne peut effacer le sillage des balles et le cri des corps.

Le système poétique est aux antipodes du brouet bourgeois toujours peu ou prou autofictionnel même s’il avance masqué. Ici entre la femme et la ville s’instruit un dialogue « amoureux » dans lequel la distance joue son rôle et arrache le poème au barbouillage psychologique au profit du décryptage de la ville telle qu’elle fut et de ce qui en perdure.

Tout un jeu d’échos permet de montrer un état du monde où sous les singularités l’histoire n’est plus celle de l’humanité mais des crimes commis envers elle en un état implicite de la mondialisation et tout ce qu’elle rameute. L’histoire du lieu et celle des corps sont parallèles. Ce ne sont en rien du poivre doux mais de la viande dont l’âme elle-même n’a plus l’occasion de s’envoler en une vague majuscule. Pour autant celle qui scande son chant ne fait pas qu’attendre le crépuscule de terribles dieux.

La souffrance procède par touches magnétiques. Des cadavres de la ville l’auteur veut extraire la lumière afin que les diables du passé finissent de rire dans leurs barbes. Pour celle qui scande son avancée, des innocents sont encore en train de vivre. Se contentant de peu. Pour certains ce peu est encore trop. Il faut donc que leurs ombres rebondissent. Et d’une certaine manière Dou nous dit : « venez voir ici ce qu’il en est ». Que faire alors sinon le suivre ? Il faut aller contre les barbelés et les ruines. Ce sont des lapsus, des crachats à la figure. Et les cris du chant font office de semences de vérité.

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rédaction

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