[Chronique] Jean-Pierre Martin, La Honte - Réflexions sur la littérature, par Jean-Paul Gavard-Perret

[Chronique] Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, par Jean-Paul Gavard-Perret

février 17, 2017
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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[Chronique] Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, par Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexions sur la littérature, Folio Essais, Gallimard, février 2017 (en librairie depuis hier), 420 pages,7,70 €, ISBN : 978-2-07-270480-2.

La honte serait-elle une manière de rompre avec soi-même ou du moins avec le pacte entretenu pour la sauvegarde de notre (mauvaise) conscience ? Jean-Pierre Martin prouve qu’en littérature (comme dans la vie) ce n’est pas si simple. Il existe donc diverses torsions dans l’écriture de la honte. Celle-ci peut devenir autant une haute morale que le masque du masque. Preuve que toute finalité éthique ne transcende pas forcément l’esthétique. La honte est autant une impuissance à rompre avec soi que de se transformer soi-même.

Ajoutons d’ailleurs que la littérature n’a pas pour but une utilité pratique et n’est pas là pour justifier ce qui a du mal à l’être. En ce sens, l’exemple le plus développé par Martin – celui de Gombrowicz – est significatif. Son œuvre prouve que sous un sentiment « très polonais »  (étant donné le passif chrétien du pays) se glissent des raisons qui ne tiennent pas forcément à la haine de soi (comme elle se développe par exemple chez Primo Levi ou Kafka). 

La honte peut être un repli sur soi par excès de sens du ridicule, mais elle peut prendre d’autres figures : non seulement elle s’exorcise alors mais contre-attaque. Et l’écrivain peut même brandir ce « masque » pour assurer la mort de dieu. Si bien que le bouffon jouant de sa honte n’est pas forcément un des Karamazov mais Dostoïevski lui-même.

À l’inverse de ce qui se passe chez Charlotte Delbo, Zorn ou Beckett, sur le corps défectueux l’auteur peut effectuer toute une pratique de caviardage, de retouche et d’autocensure dont Rousseau serait l’exemple parfait. Mais même chez Jouve ou Michaux se révèlent des phénomènes de feintes et de reformulation. Si bien que la honte peut se tourner en une forme oxymorique de dignité. Et le « honteur » peut devenir un spécialiste de ce que Martin nomme une « parthénogenèse » des plus habiles. Bref, écrire la honte ne serait-elle pas dans la plupart des cas une manière de la reconsidérer pour s’en tirer « blanchi » ?

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rédaction

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