[Chronique] Mircea Cartarescu, Le Levant, par Périne Pichon

[Chronique] Mircea Cartarescu, Le Levant, par Périne Pichon

juillet 11, 2015
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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[Chronique] Mircea Cartarescu, Le Levant, par Périne Pichon

Partez au pays des Mille et Une nuits avec ce récit poétique/épique/fantaisiste…

Mircea Cărtărescu, Le Levant, P.O.L, hiver 2014-2015, 256 pages, 19,90 €, ISBN : 978-2-8180-1989-4.

 

 

Écoutez

l’histoire merveilleuse et véritable, l’épopée de Manoïl libérant sa patrie du tyran voïvode…

 

Douze chants vont scander les aventures de Manoïl et de sa sœur Zénaïde accompagnés de quelques autres. Mircea Cărtărescu emprunte la voix de l’épopée, cette voix propre à révéler le mythe fondateur d’une collectivité. En tant que telle, la voix épique parvient jusqu’à nous depuis des contrées lointaines et un temps tout aussi lointain : la patrie de l’Imaginaire.

 

Le temps de ce monde-là est poétique et fantaisiste, voire capricieux. Les chants du Levant, loin de s’en tenir à un rythme et un phrasé dignes de l’épique empruntent et pastichent fables, comptines, et poèmes. Ces collages malicieux ponctuent chaque étape de nos héros tout en introduisant une voix nouvelle dans l’épopée de Manoïl. Celle-ci a tout d’une chorale multiculturelle : l’Orient des Mille et une nuit croise la France révolutionnaire en passant par l’Angleterre de Lord Byron. Mais c’est la Roumanie qui occupe le devant de la scène, celle dans laquelle Mircea Cărtărescu vit et celle qu’il lit. Les noms des auteurs roumains entrent dans la symphonie épique, rappelant que l’épopée est la transmission d’un héritage culturel.

 

Dans cette chorale, la voix de l’aède-narrateur n’hésite pas à s’adresser directement à Manoïl. Il insiste particulièrement sur les pleins pouvoirs qu’en tant que conteur-auteur il a sur sa création et son univers. Mauvaise stratégie sans doute, puisque Manoïl se rêvant tyrannicide, il est de mauvais augure de vouloir lui imposer une domination auctoriale toute puissante. De fait, si la présence du narrateur ne cesse de s’affirmer à travers les chants du Levant, la volonté apparente des personnages croît dans la même proportion. Derrière Manoïl et sa troupe de guérilleros semblent s’affirmer la libre imagination et le pouvoir créateur de la poésie. Dans ce chant immense, l’auteur lui-même ne devient qu’un personnage parmi d’autres. Le lecteur, pareillement, est invité à entrer dans la ronde du Levant.

 

Cependant, c’est une ronde où chacun semble être le reflet d’un autre, où les mises en abyme semblent vouloir perdre l’infortuné lecteur. Le Levant est un curieux labyrinthe, où le narrateur n’hésite pas à s’interroger sur la nécessité (réelle ? imaginaire ? ) de son récit, sur le besoin qu’il a de Manoïl, Zénaïde, Yaourta,… et du lecteur ; sur la finalité de sa poésie – et à se demander si la poésie a une finalité. Vaste problème auquel Manoïl apportera peut-être un soupçon de réponse.

 

 

Si à mon tour je versifiais le Levant, moi, leur humble disciple, sans sur leur visage le moindre rayon tombé de l’étoile Inspiration, je mourrai de bonheur. Je le peindrais tendrement, avec tous ses astres, tous ses nuages. Mais je ne peux pas. Pour moi, l’écriture est l’ombre d’une ombre, et je ne puis espérer que mes pages soient argentées, comme celle de Daguerre, sans ton secours à toi Muse. Allons, prend donc pitié de moi !

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rédaction

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