[Chronique - news] Expositions Arnaud Cohen, par Jean-Paul Gavard-Perret

[Chronique – news] Expositions Arnaud Cohen, par Jean-Paul Gavard-Perret

juin 19, 2015
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[Chronique – news] Expositions Arnaud Cohen, par Jean-Paul Gavard-Perret

Arnaud Cohen, « Rémission + Rétrospection », Palais Synodal, Sens, 14 juin – 20 septembre 2015 ; « A l’ombre d’Eros – une histoire d’amour et de mort »,   Monastère Royal de Brou, Bourg-en-Bresse, 19 juin 2015 – 4 janvier 2016.

Dans la salle synodale du Palais de Sens (redessiné par Viollet-le-Duc), Arnaud Cohen convoque, à travers ses mises en scène et ses sculptures, une critique de notre époque. Dans « Rémission », l’artiste cultive deux ambitions ou espérances qu’il définit lui-même  : « celle d’un sursaut vital et d’une rémission du cancer qui nous ronge, celle d’une rémission de nos péchés à l’heure du jugement dernier ». Entre préoccupations physiques et métaphysiques, le créateur montre en filigrane comment «  une Europe malade de ses doutes et de ses peurs roule à tombeau ouvert vers un suicide collectif ».

L’œuvre est ambitieuse, profonde, habitée, mais non sans humour. Un Saint Sébastien est fléché de seringues, et dans un hôpital de campagne les opérations en cours ou passées font surgir divers monstres et hybrides. Quant aux Lilith du créateur, elles deviennent le théâtre de nos passions complices – voire de nos défaites individuelles et collectives à travers les éradications et les crimes de lèse-majesté qu’elles fomentent. C’est pourquoi il faut chérir (en regardeurs regardés) ces divines traîtresses et prêtresses dont la beauté impeccable semble perpétuelle, puis se glisser de leur théâtre de majesté dans la coulisse de bien des cruautés.

Apparemment moulées dans les lutrins paisibles du langage admis quant à l’apparence première des sculptures, les œuvres accordent à Eros et Thanatos des accents différents selon les moments d’une même exposition comme dans leur évolution d’un lieu à l’autre. Chaque fois, le créateur tient lieu du contexte : lorsqu’il est « moderne », l’œuvre est plus rose et enjouée. Dans un milieu plus marqué par l’histoire, elle se fait plus grave, impressionnante. Dans les deux cas, elle demeure résolument critique. A Sens comme à Brou, angelots suspects, égéries tirés des réserves des musées servent à des scénographies aussi délétères que coruscantes et en toute majesté.

Toutes les œuvres toisent de haut le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elles rameutent tout en signalant – par la bande – le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse. Les œuvres de Cohen ont donc beau être fantomales dans leur fixité, elles secouent le regard. Au seul charme ou beauté fait place un exercice de la laideur « programmé » afin de soulever les cœurs ou les électriser non sans froideur et humour.

Face à de telles œuvres, l’être devient un Janus qui voit devant lui les deux faces de sa complexité. Des ténèbres surgissent en frissons et  rafales glacés dont il faut subir l’impact. Néanmoins, à la laideur soulignée se marie une beauté presque classique et formelle. Le mixte porte le travail vers une forme de zénith : mais pas forcément celui que le regardeur pouvait espérer. Tout joue entre séduction et terreur, Apocalypse et Eden. A la pesanteur des viscères s’oppose une froideur majestueuse qui rappelle l’homme à l’ordre là où louvoie ça et là une forme de volupté. Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever. Du moins que faire se peut. Arnaud Cohen rappelle qu’il y a urgence : ses images font de nous les captifs enfin consentants de ce qui devrait être une évidence.

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rédaction

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