[Chronique] Perspective sur une opération poétique [à propos de JP. Michel]

[Chronique] Perspective sur une opération poétique [à propos de JP. Michel]

janvier 24, 2007
in Category: chroniques, UNE
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[présentation du livre d’entretiens de JP. Michel]
jpmichel.jpg S’intéresser ici à Jean-Paul Michel, et à ce livre d’entretiens, c’est non pas revenir sur toute l’oeuvre de cet auteur, connu tout d’abord par son pseudonyme Jean-Michel Michelana, mais c’est bien plutôt mettre en évidence l’opération d’écriture qu’il définit et qui loin de se réduire à ses propres contrées littéraires, en liaison avec le surréalisme initié par sa rencontre très jeune avec Breton, pose des questions très pertinentes sur la question de la construction du poème, notamment et surtout pour le Dépeçage. Le travail de Jean-Paul Michel, tel qu’il le présente dans les entretiens faits avec Michaël Sebban, porte sur la question de l’expérience littéraire : non pas seulement expérience du nouveau, mais expérience de la littérature en tant qu’expérience de soi, endurance de son propre temps comme celui de la bio-graphie des marques de l’existence.
En ce sens plutôt que d’envisager la littérature de JeanPaul Michel, littérature qui se veut salvatrice, qui par son lyrisme, notamment dans Beau front pour une vilaine âme, se noue autour d’une réconciliation post-hölderlinienne au divin, il s’agira plutôt de saisir l’opération poétique que pose JP. Michel lorsqu’il publie Le dépeçage comme l’un des beaux arts. Car si JP. Michel n’appartient pas apriori aux dimensions poétiques que nous explorons habituellement, cependant ce qu’il explique dans ces entretiens n’est pas sans faire écho avec Ecrit au couteau, de Christian Prigent. Ainsi, cet article tentera davantage de voire formellement un certain type d’opération poétique, que de mettre l’accent sur la teneur des poèmes de JP. Michel.

Question de signatures
Jean-Paul Michel, s’il est parfois peu reconnu sous ce nom, ou si l’on pense davantage aux éditions William & CO qu’à son propre travail, c’est qu’il a écrit ses premiers livres, comme il l’explique lui-même, sous le pseudonyme, “Michelena”; l’utilisation du pseudonyme permettant selon lui “une distance expérimentale”.
Se référant à Kierkeggard, qui signa de plusieurs noms ses livres, JP. Michel explique en effet que chaque livre pourrait être signé par un nom différent, au sens où chaque livre est une sorte de fragment condensé d’un état en présence et non pas une unité synchronique rassemblant sous ses termes la diversité possible des êtres de soi constitués. “La permanence d’un nom unique comme “signature” a déjà quelque chose de trompeur, eu égard à la discontinuité réelle qui sépare les ouvrages, les états du sujet, les moments d’une vie”.
Chaque texte est ainsi l’ouverture d’une personnalité, d’une façon de s’ouvrir au monde. Par le texte JP. Michel sait que c’est la totalité du sujet qui se remet en cause, qu’il n’est pas unité transcendante, démiurge voyant la totalité de l’oeuvre dès son amorce, mais bien le réel immanent de l’écriture. L’écriture est le réel de la subjectivité qui se donne à elle-même dans l’acte d’écriture [On retrouve ici ce qu’avançait Breton quant à l’écriture comme espace de déforclosion de soi et d’un ordre plus réel que l’apparence d’ordonnancement donné par la rationalité]. Ainsi la signature en haut du livre, qui signe le texte, ne devrait pas être l‘unité décontextualisée et légale de la propriété, mais toute signature devrait être cet éphémère condensé immanent qui a été en jeu dans l’acte même d’écrire cela et non pas autre chose. “Mon mouvement me porterait très aisément à utiliser un nom nouveau à chaque livre. Cela n’irait pas dans le sens de la continuité de l’affirmation d’un personnage mais plutôt dans la remise en jeu, à chaque fois, de cette fiction d’une permanence”.
Écriture d’emblée envisagée comme empreinte de soi, comme cet espace où l’on peut se saisir, se comprendre, penser un ordre des choses, autrement que les choses nous sont présentées.
En posant cette hétérogénéité de soi en soi, il marque là un trait spécifique de son propre travail d’écriture : la reprise de soi. En effet, et c’est bien là ce qui se signe dans Le dépeçage, l’hétérogénéité de soi est propice à l’affrontement de soi, à sa propre déconstruction critique. La particularité du Dépeçage, comme nous allons le comprendre, tient au fait que ce serait en quelque sorte une étape de solve, de dissolution, où doit se faire la plus grande acuité possible du regard sur soi.

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Philippe Boisnard

Co-fondateur de Libr-critique.com et administrateur du site. Publie en revue (JAVA, DOC(K)S, Fusees, Action Poetique, Talkie-Walkie ...). Fait de nombreuses lectures et performances videos/sonores. Vient de paraitre [+]decembre 2006 Anthologie aux editions bleu du ciel, sous la direction d'Henri Deluy. a paraitre : [+] mars 2007 : Pan Cake aux éditions Hermaphrodites.[roman] [+]mars 2007 : 22 avril, livre collectif, sous la direction d'Alain Jugnon, editions Le grand souffle [philosophie politique] [+]mai 2007 : c'est-à-dire, aux éditions L'ane qui butine [poesie] [+] juin 2007 : C.L.O.M (Joel Hubaut), aux éditions Le clou dans le fer [essai ethico-esthétique].

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