[chronique] Couples etc de Vincent THolomé par Hortense Gauthier

[chronique] Couples etc de Vincent THolomé par Hortense Gauthier

juillet 7, 2006
in Category: chroniques
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Au Marché de la Poésie, nous avons découvert, in vivo concreto, les éditions Le Clou dans le fer, dont nous avions déjà chroniqué le petit feuillet de Christophe Manon, Grandes beuveries des poètes au ciel. Ces éditions basées à Reims ont une très jolie collection poésie constituée de petits livres, à la ligne classique, mais très raffinés, et qui regroupe, de façon très cohérente, des textes simples, bruts et râpeux. Chaque ouvrage est accompagné d’une postface ou préface de Michael Battalla (qui dirige la collection).
Le livre de Vincent Tholomé, COUPLESetc (BOUTS D’AMOURS), qui fait donc partie de cette collection, est une petit recueil de bribes de pensées, et de débris de mot du quotidien amoureux. Il se découpe en 5 parties dans lesquelles en grappes et répétition s’écoulent et se coagulent les mots de l‘amour (à la mère, à la femme..), et de la nourriture. V.t., comme l’auteur s’appelle, se débats entre ses goûts/son amour pour le chocolat, les biscuits, sa compagne, il s’énerve sur du papier à œufs… Restes de nourriture, de matrice, de mère, et d’amour se mêlent et emmêlent la langue, car c’est bien une écriture constituée de ce qui tombe, qui pend au bout de la langue, de ce qui sort, par à-coups, plutôt mâché et ruminé.
On retrouve ici en effet un travail facial, en surface, au rabot sur les choses qui se voient, et se disent, avec ce bégaiement de la pensée et de la langue qui produit copeaux et autres restes, et qui achoppe à pouvoir saisir ce qui se produit dans le langage et dans la relation à l’autre et à soi. Difficulté à s’adresser, à savoir ce qu’est une adresse à l’autre, enfermement dans la répétition d’un soi qui ne parvient pas à sortir de lui-même, Tholomé poursuit là le travail qu’il avait commencé dans Facial, et TTC, dans la lignée de Pennequin et Tarkos. Toutefois, on peut se demander si cette rhétorique autistique de soi, du soi se cherchant par ruminations de micro-motifs singuliers ne produit pas un peu toujours la même chose. Et on attendrait que cette écriture, qui ne cesse de se reprendre et de se ressasser de façon parfois un peu trop __ voir même faussement ?__ pathologique (ressassement aussi, mais sur le mode de l’ échec, par de nouveaux auteurs, car Tarkos, Pennequin et Tholomé ont crée une mode semble-il), produise aussi des échappées, pour pouvoir sortir d’elle-même, et ne pas être que dans l’aporie, on attendrait qu’elle essaye de se déjouer elle-même, pour ne pas tomber trop dans son propre jeu, qui la piège dans son propre autotélisme. En effet, en cela, cette langue de l’auto-rumination de soi, qui expose l’échec de l’adresse à l’autre, et du dire en tant que possibilité d’échange, ne risque-t-elle pas d’être aussi la manifestation même de l’échec d’une certaine poésie ?

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Hortense Gauthier

études littéraires (lettres sup'), diplômée de Science Po' Lille - mène un travail poétique trans-média en explorant les différentes matérialités de l'écriture (sonores, visuelles, plastiques, numériques, corporelles ...) - fait des performances sonores et multimédias sous le nom HP Process (avec Philippe Boisnard) - anime la revue littéraire Talkie-Walkie, http://www.talkiewalkie.org - secrétaire de l'association Trame Ouest

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