[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d'art 1/6

[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 1/6

avril 10, 2020
in Category: créations, UNE
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[Création] Daniel Cabanis, Essor de la fourmilière d’art 1/6

Cette nouvelle série proposée par l’incorrigible Daniel Cabanis devait accompagner la soirée « Poésie et humour » prévue le 22 avril à la Maison de la poésie Paris (soirée organisée par REMUE.NET) – mais une figure de l’innommable appelée Covid-19 nous en a privé en ce printemps 2020 (espérons qu’elle puisse être reportée en un temps meilleur). [Lire/voir la dernière création de Daniel Cabanis sur LIBR-CRITIQUE]

 

ESSOR DE LA FOURMILIÈRE D’ART

Exposé / 1

Avec l’autorisation de la galerie Browne & Khalassian (réf. : AKL32R).

Rien ne distingue une fourmilière d’art d’une fourmilière ordinaire, si ce n’est le prix. L’ordinaire ne vaut rien (ou juste les frais). Celle d’art est beaucoup plus chère. Le lendemain (le lendemain de quoi, je ne sais plus), j’en parle avec Mme Jaks qui aimerait acquérir une œuvre d’art contemporain, une sculpture de préférence. Elle ne sait pas ce qu’elle veut, de quoi il retourne, tenants et aboutissants : elle n’y connaît rien et me fait confiance. S’il faut, je te paierai pour ça, me dit-elle. Je suis surpris et déstabilisé. Pourquoi, brusquement, se met-elle à me tutoyer ? Ai-je couché dans son lit la nuit dernière, et si oui, avec elle ? Où étais-je hier soir ? Brouillard. Aucun souvenir. Mais, sûr : je ne suis pas son neveu ni son valet de chambre sympa. Donc, admettons qu’elle m’ait violé. C’est-à-dire : d’abord soutenu, soigné puis requinqué après une terrible biture, et ensuite seulement abusé en douceur, avec force tutoiements murmurés. Gentil, tout ça. Est-ce crédible ? Eh oui : c’est bien ainsi que parfois les familiarités commencent entre gens soi-disant bien élevés. On y voit plus clair à présent. Oui. Un peu. Passons sur les ombres. Quand même, quelle nuit ! Maintenant, Mme Jackline Jaks (un double coup de fouet, son nom, qui m’impressionne) ; bref, elle va et vient dans le vaste salon de sa belle demeure. Elle médite, jauge l’espace disponible, modifie en pensée la disposition des meubles. J’allume une Nième cigarette. Enfin, pointant du doigt le centre exact de la pièce, elle dit : Là, au beau milieu, c’est la meilleure place, non ; qu’en dis-tu, idiot ? C’est l’endroit idéal, je dis ; car ce n’est pas le moment de chipoter. Sur ce arrive un grand type en combinaison d’apiculteur : M. John Jaks, le mari. Pour la fourmilière d’art, dit-il, ça me va, je suis pour, tu nous diras ton prix. Tiens, il me tutoie lui aussi ! Vas-y John, te gêne pas.

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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