[Livre-chronique] Florence Pazzottu, <strong>s'il tranche,</strong>

[Livre-chronique] Florence Pazzottu, s’il tranche,

octobre 2, 2008
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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  Florence PAZZOTTU, s’il tranche,, Inventaire/Invention, 2008, 48 pages, 6 € ISBN: 978-2-914412-72-8

"ce n’est que dans l’adresse
que se livre l’intense

Réel
– son énigme -,"
(p. 7)

"On ne se baigne jamais deux fois dans la même langue" (p. 19)

 

Avec la parution cette semaine de s’il tranche, son huitième livre depuis 2001, Florence Pazzottu (née en 1962, responsable de la revue Petite) livre son art poétique sous la forme d’un abécédaire singulier : chaque lettre de l’alphabet inaugure un court apologue en prose suivi de quatre propositions (quatrade) – du moins, jusqu’à la lettre T, puisque le U marque le retour du vers pour définir ce qu’est le poème, l’auteure faisant sien le refus que Meschonnic oppose à la célébration de la poésie.

Défilent ainsi dans un premier temps, par le biais de l’apologue et de l’allégorie ("Celui-qui-veut-rien-dire", "Phrase-à-l’allure-incertaine") – plus généralement, par le biais du discours figuré – diverses suggestions sur la densité du poème, le double bind son-sens, le dépliement littéral du sens, le rôle de la typographie dans la "Faille-du-sens", l’ouverture du poème, le style comme écart par rapport à la norme, comme débordement… On est encore sensible à l’hymne au i comme césure, puissance ouvrante et libératrice ; à l’oralité du poème, cet espace qui offre un ouïdit – car "l’oreille est un oeil est une main est un geste est un corps est une traversée est un sens est un espace qui vibre et vit" (p. 20).

Cette petite musique au charme discret (désuet ?) s’interrompt pour faire place à un credo moderne en vers libres : contre la poésie oraculaire comme la poésie sonore, contre le verbe mallarméen, ou encore les néo-lyrismes, le poète est un Parlant-qui-fait-jaillir

"un froissement du temps un espace
un énigmatique lancer

un jet qui dure
une extension de la pensée
dans le plus dense
– une trouée" (38)

Le poète est celui qui, en retrait par rapport aux discours ambiants, "s’incarne nu dans le troué / d’une langue toujours en chantier" (36). Une telle négativité de l’écriture poétique se situe en droite ligne de ce classique de la modernité qu’est Christian Prigent, pour qui il faut transpercer le mur des langues opaques (cf. L’Âme, P.O.L, 2000), et surtout de Philippe Beck, qui préconise d’inciseiver la prose fermée par l’époque (cf. Inciseiv, éditions MeMo, 2000). Florence Pazzottu se rapproche d’autant plus de ce dernier qu’elle propose un lyrisme sec, l’espace du poème étant "incandescence forgée / et déploiement / – par pensée froide – / de l’allégresse" (41).

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Fabrice Thumerel

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