[Livre] <em><strong>Mathias Pérez</em></strong>

[Livre] Mathias Pérez

octobre 14, 2009
in Category: Livres reçus, UNE
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Mathias Pérez, éditions Carte Blanche, juillet 2009, 156 pages, 30 €, ISBN : 2-905045-53-1.

Cette monographie luxueuse et synthétique vous permettra d’explorer l’œuvre du peintre qui dirige les éditions Carte Blanche comme la revue Fusées : reproductions de toiles, photos et documents divers, bibliographie et entretien (avec F. Thumerel, p. 122-139), et contributions de Éric Clémens, Michel Butor, Christian Prigent, Marc Pataut, Jean-Pierre Verheggen, Hubert Lucot, Jacques Demarcq, Rémi Froger, Hervé Castanet, Pierre Le Pillouër, Charles Pennequin, Cécile Wajsbrot, Philippe Boutibonnes, Raymond Federman, Claude Minière, Bernard Noël.

Mathias Pérez : né en 1953, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, lauréat du prix Fénéon en 1981 et professeur à l’Ecole des Beaux-Arts du Mans, il est l’auteur d’une œuvre connue (nombreuses expositions ; plusieurs ouvrages parus sur lui depuis 1988). Cette œuvre, Philippe Boisnard la place à l’enseigne de la différence : « Le sujet de Mathias Pérez, c’est le même que celui qui peint (natura naturans, natura naturae), c’est lui-même (sa propre archi-texture), cela même qui est à l’initiale de la peinture. Sa peinture rompt durant la période 81-94 toute extériorité, toute logique de représentation, elle en intériorise la mise, dans le jeu de l’initiale du nom auquel elle se rattache (m.p, tels que l’ont aperçu Claude Minière et Marcelin Pleynet). […] le nom défiguré — chaque fois présenté selon la nouvelle intensité énergétique d’un visage cependant similaire — inaugure l’impossible fixité ontologique de l’assignation. Peinture d’une signature à la dérive, résignée aux labyrinthes phénoménaux d’une chromatique envahissante, d’une architecture répétée » (Rétrospective Mathias Pérez, Trame où est, Arras, 2002).

Jean-Pierre Verheggen, lui, dans ce recueil même, voit dans la peinture de celui qu’il appelle Animalthias Pérez « une animalité magnifique », y lit « le roman (noir, viandeux, excorié, puant et magnifique, infantile et obscène) de notre propre corps, retourné ». Et de dresser un parallèle avec ce « chef-d’œuvre de l’écriture cochonne » qu’est le Commencement (POL, 1989) de Christian Prigent. Lequel, citant « Une charogne » de Baudelaire, évoque « une peinture de la décomposition plutôt que de la composition » : « On y voit à l’œuvre une chirurgie au bout du compte assez grinçante. Sa table d’opération est au delà du "beau" et du "laid". Sur cette table, le corps débouché de la peinture semble montrer quelque chose de la rencontre du peintre avec sa propre dissection ». Car ce qui est en jeu, dans cette œuvre régie par « un système systématiquement systématique (structure toujours identique) », n’est rien d’autre que l’identité même du peintre : « Il cherche à refonder à chaque fois son Nom, à le dresser dans la débâcle à laquelle une pulsion éperdue le pousse à s’abandonner : il cherche, stricto sensu, à se faire un nom dans la peinture » (Rien qui porte un nom, Cadex, 1996, p. 92 et 99). Ici, dans « Corps en gloire », il montre comment la peinture de m. p donne à toucher plus qu’à voir un corps intouchable…

M. p, c’est celui qui a lancé en 1997 la revue Fusées, après avoir fondé une petite maison d’édition qui, depuis 1981, donne carte blanche : c’est-à-dire, selon Jean-Pierre Verheggen, « ce droit de réponse inventif face aux crises éditoriales et autres, et cette liberté polémique dans la modernité ». À juste titre, se trouve reproduite dans cette monographie collégiale la préface au n° 4, « Une revue de la vie moderne » : après avoir rappelé les sens juridique, militaire et culturel du mot revue, C. Prigent rattache Fusées à la définition que donne Baudelaire du moderne : ce qui fixe le transitoire, extrait du présent fugitif la beauté mystérieuse, le fantastique réel de la vie — définition qu’il retravaille à sa façon : « Le moderne est le spectre (hantise, dissolution, analyse, négatif) du présent comme fuite des significations hors du corps légendé (historisé ou futurisé) des pensées, des images et des langues ». D’où les orientations de Fusées, dont les sommaires « trempent dans l’acide satirique du langage poétique quelques fragments choisis de "la vie extérieure" du siècle : des "gestes" (boxe, cyclisme, gastronomie, architecture…), des "regards" (photo, cinéma, peinture, télévision, corps et visages saisis) et des "ports" (attitudes politiques, pornographiques, spectaculaires, théâtrales…) qui articulent l’informulé de l’actuel et qui fixent en blasons fragmentaires un réel non encore globalement pensé : le corps énigmatique du "moderne"». Pour lui, ces Fusées offrent des « spectacles de "variétés" (mais au sens qu’entendait Joyce quand il disait que le music-hall était "le lieu critique de la vie") », tout en révisant les héritages de modernes plus anciens (Lautréamont, Mallarmé, Roussel, Biély, Queneau, Beckett…) et en proposant, au travers de textes théoriques ou de notes critiques, «une "vue" (une revue) d’ensemble des pratiques et des questions qui font "art" ».

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Fabrice Thumerel

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