[Manières de critiquer] <strong>Critique et poésie</strong> : <em>Prétexte</em>, par Lionel Destremau

[Manières de critiquer] Critique et poésie : Prétexte, par Lionel Destremau

mai 13, 2008
in Category: manières de critiquer, recherches, UNE
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   Suite à la présentation de Poésie et critique : les revues, lieux de la valeur, par Stéphane Baquey et Fabrice Thumerel (26/03/08), voici, comme premier article de la première partie, l’analyse autoréflexive que propose Lionel Destremau sur ce lieu double que constitue Prétexte, d’abord revue avant de devenir maison d’édition. [voir le site : http://pretexte.club.fr].

CRITIQUE ET POÉSIE : la revue Prétexte (1994-1999) et Prétexte éditeur (depuis 2OO2)

Une revue est une création souvent éphémère. Rares sont celles qui parviennent à subsister au delà des deux ou trois premières années d’existence. Et plus rares celles qui fêtent leurs dix ans. La revue Prétexte aura, quant à elle, connu cinq années d’existence, avant de poursuivre son aventure sous une autre forme, celle d’une structure éditoriale.

 
Pourquoi une revue de critique littéraire ?

La revue Prétexte a été créée à l’été 1994, par Jean-Christophe Millois et moi-même. À l’époque, nous partagions tous deux le sentiment que la critique littéraire s’essoufflait et que globalement sa configuration était lacunaire : il y avait les cahiers "Livres" des quotidiens, produisant en toute logique une critique de type journalistique ; des publications universitaires qui ne laissaient, à de très rares exceptions près, que peu de place à l’analyse des contemporains ; des magazines comme Les Inrockuptibles, le Magazine littéraire ou encore Lire, adoptant fréquemment le ton des quotidiens ; et enfin des revues stricto sensu privilégiant la création et reléguant souvent l’actualité et le travail critique aux notes de lecture en fin de volume. Plutôt que de chercher à intégrer cette configuration, il nous a alors semblé intéressant de créer notre propre lieu, au sein d’une revue qui serait entièrement dédiée à la critique littéraire sous toutes ses formes.

En créant Prétexte, nous avions l’ambition d’ouvrir un nouvel espace qui s’attache à analyser, si possible à mettre en lumière, des littératures dont, selon nous, on ne mesurait pas véritablement l’importance et la valeur. Une "valeur" que nous ne concevions pas selon une hiérarchisation des auteurs et des œuvres, mais bien plutôt dans une perception de la singularité (j’y reviendrai) des écritures de poésie ou de prose. Des écritures qui n’étaient donc pas forcément (ou uniquement) représentatives d’un courant ou  d’un "moment de la littérature" (l’évolution de la poésie et de la prose, particulièrement en France), mais qui existaient en leur qualité propre. Cette orientation menait inéluctablement à un éclectisme dans la constitution des sommaires. Nous avons, de  fait, voulu ménager un lieu qui soit le plus libre possible, où chacun des intervenants puisse s’exprimer selon ses vœux. La seule contrainte à laquelle nous nous sommes véritablement subordonnés est contenue dans l’indication qui a toujours accompagné le nom de la revue en couverture : "littératures contemporaines". Un pluriel qui soulignait cet éclectisme tout en conservant le souci d’une contemporanéité des sujets, des auteurs et des textes traités (cela n’excluant pas, par exemple, des textes étrangers plus anciens, mais dont la traduction française était, elle, récente).

Choix des sujets et fonctionnement rédactionnel

Quant à la question du choix à proprement parler de ces sujets, de ces textes, de ces auteurs, elle nous semblait d’autant plus secondaire que la rédaction ne commandait aucun article (tout au plus proposait-elle des pistes si la demande en avait été formulée, et invitait-elle à participer à un dossier thématique consacré à un pays ou à un auteur en particulier). Et quand bien même la rédaction ne partageait pas les goûts littéraires des intervenants qui signaient dans la revue, leurs articles étaient publiés s’ils remplissaient ce souci de contemporanéité, d’ouverture et de curiosité (et, cela va sans dire, si les articles et notes critiques étaient intéressants et correctement formulés !). La place des œuvres dans le champ contemporain (telle écriture poétique étant considérée comme néo-lyrique, telle autre comme expérimentale, moderne ou même néo-mystique) ne devait pas influer sur les choix des articles retenus. C’était bien plutôt aux pratiques (dans leur variété) que nous souhaitions nous attacher. Par exemple, d’un sommaire à l’autre on pouvait trouver des textes critiques concernant des poètes aussi différents que Nathalie Quintane, Thibaud Baldacci, Hubert Lucot, Christophe Tarkos, Véronique Pittolo, etc. – ou encore Benoît Conort, Jacques Ancet, Roger Munier, Yves Namur, Patrick Wateau, etc.

En outre, nous souhaitions éviter de trop souvent traiter des mêmes auteurs et avons cherché à maintenir un certain équilibre entre les différentes formes critiques, nous gardant, par exemple, de constituer des dossiers consacrés à des œuvres qui n’auraient été qu’une suite d’hommages. Par ailleurs, les textes s’avérant n’être que des polémiques rapides, sans fondement, ne nous intéressaient pas. Il n’empêche qu’une tribune, et parfois des dossiers, ont été réservés aux débats d’idées et aux textes dont la visée se voulait plus générale qu’un commentaire d’œuvre. C’était davantage une manière d’engager des discussions avec le lecteur, de lui ouvrir une fenêtre sur tel ou tel positionnement littéraire, que de lui imposer des idéologies et des théories.

Regard extérieur et ligne éditoriale

Bien sûr, la revue Prétexte avait ses qualités et ses défauts. Certains lecteurs nous ont signalé leur préférence pour ce temps où la revue était façonnée avec une reliure agrafée, où sa mise en page était plus aérée, son prix plus abordable (3 € les premiers numéros, 6 à 9 € les numéros trimestriels simples ou doubles). D’autres l’ont trouvée à certains égards trop universitaire dans son propos critique ou, au contraire, pas assez. D’autres encore ont estimé qu’il lui manquait une ligne précise et surtout qu’elle ne manifestait pas un engagement suffisamment soutenu envers telle tendance ou tel courant d’idées. Sur ce dernier point, peut-être faut-il répéter que la naissance de Prétexte, à l’image de beaucoup d’autres revues, a été le fait d’un désir de littérature, d’un plaisir de lecture à partager, et ce avant toute autre considération. De sorte qu’il nous est apparu plus utile de défendre et illustrer, présenter et commenter un horizon littéraire large, que de crier au loup en dénonçant certaines démarches éditoriales, certains "coups" médiatiques, certaines aberrations dans la remise des prix littéraires, et autres questions peu porteuses de véritables intérêts critiques. Prétexte s’est créée pour et vers la littérature, et non contre elle. Elle s’est voulue un lieu où des "enjeux" d’écriture étaient questionnés, et non posés a priori comme un cahier des charges à respecter coûte que coûte. Les convictions restaient souvent implicites, ne s’occupant guère des dogmes. Jacques Dupin, dans un entretien accordé à la revue, a tenu ces propos qui nous paraissent définir au mieux notre démarche : "Vous parlez de la politique. Elle est pour moi présente dans chaque mot que j’écris. Mais je ne crois pas pour autant qu’il faille que l’écrivain s’enrôle dans un parti, dans un groupe, et signe à la volée toutes les protestations qui circulent, manifestes et pétitions". La question d’un "engagement" n’a jamais été portée comme un étendard, mais entendue comme une évidence inscrite dans le pouvoir subversif du langage, de l’écrit, de la création littéraire, et parler de littérature a pu, sous ce rapport, être vécu comme un acte politique.

Si la revue ne suivait pas une ligne éditoriale claire (puisque, justement, plurielle et éclectique dans ses choix), elle ne se contentait cependant pas d’un pluralisme de façade qui n’aurait eu d’autre socle qu’une variété vague et molle. Et, s’agissant de la poésie, de sa critique et des débats qui en constituent aussi l’existence et la poursuite, elle conservait en point de mire l’idée selon laquelle la poésie existe, continue d’exister aujourd’hui (et ce sous des formes, des pratiques, des modes  énonciatifs, etc.) variés, et cela jusque dans son rapport à la prose. Notre souci principal ne fut donc pas d’afficher un parti pris pour en combattre un autre, mais bien plutôt de rendre compte de différentes tendances qui existaient, et notamment en donnant la parole le plus possible aux différents acteurs de la vie littéraire. Ainsi, la revue s’est constituée autant comme un lieu d’expression que comme un outil critique.

Les formes critiques

Au fil des cinq années de parution, la revue s’est attachée à traiter autant de la prose que de la poésie contemporaines. Mais en ce qui concerne plus particulièrement l’approche critique de la poésie, nous avons choisi plusieurs axes de travail qui ont peu à peu constitué les rubriques de la revue :

    1. Les notes de lecture, venant rendre compte de textes parus récemment : livres de poésie, essais sur la poésie et revues (près de 150 notes de lecture sur des ouvrages d’auteurs français ou étrangers ont été publiés).

    2. Les articles critiques sur un auteur et son œuvre (ou sur un livre en particulier), consacrés à la poésie tant française qu’étrangère (par exemple, Jean Daive, Keith Waldrop, José Angel Valente, Michel Deguy, Philippe Beck, Denis Roche, Jude Stéfan, Philippe Jaccottet, Jean-Pierre Verheggen, Jean-Jacques Viton, Lorand Gaspar, Joseph Guglielmi, Roberto Juarroz, Dominique Meens, Charles Juliet, Michael Palmer, Jacques Ancet, Christian Prigent, etc.).

    3. Les dossiers sur un auteur, composés de plusieurs articles usant d’angles d’attaque critiques variés et d’un entretien avec l’auteur (cela a été le cas, par exemple, pour Emmanuel Hocquard, Roger Munier, Dominique Fourcade, Jacques Dupin, Jean-Patrice Courtois, Bernard Noël, etc.).

    4. Les numéros spéciaux consacrés à une littérature étrangère et, en ce qui concerne la poésie, comportant une présentation d’ensemble du paysage poétique traité, des notes de lecture sur plusieurs auteurs et des entretiens avec des poètes, des éditeurs ou responsables de collections étrangères, des traducteurs et enfin quelques pages qui incluent des traductions inédites. Les poésies contemporaines des États-Unis, de la Belgique, de l’Italie et du Portugal ont ainsi été éclairées.

    5. Des entretiens, non seulement avec des poètes, mais aussi avec les éditeurs de poésie (avec, par exemple,  Bertrand Fillaudeau pour les éditions José Corti, François-Marie Deyrolle pour les éditions du même nom, Jean-Pierre Sintive pour les éditions Unes, ou encore Yves di Manno pour la collection Poésie/Flammarion).

  6. Des discussions autour de la poésie contemporaine : propositions envisageant l’évolution de la poésie française actuelle, voire prises de position sur tel ou tel aspect de cette poésie, avec Yves di Manno, Jean-Marie Gleize, Henri Meschonnic, Jacques Roubaud, Christian Prigent, Michel Deguy, Jean-Michel Maulpoix, Jean-Claude Pinson, Julien Blaine…

     7. Une section découverte, ouverte à partir de 1998 à de jeunes poètes tels que Emmanuel Laugier ou Sandra Moussempès, et qui s’attachait à un premier livre de poésie, sous la forme d’un bref dossier comportant une critique de ce livre et un entretien avec l’auteur.

Situation dans le paysage critique et arrêt de la revue

Évidemment, nous n’étions ni les premiers ni les derniers à œuvrer dans cette volonté critique d’aborder le champ contemporain : en témoignaient à l’époque des revues nées quasiment en même temps que Prétexte, comme Scherzo, Calamar, Hesperis (désormais disparues), ou encore aujourd’hui des revues telles que L’Animal, Écritures, Le Matricule des anges, et plus récemment les Cahiers critiques de poésie (CCP), Formes poétiques contemporaines (FPC) ou Formules. Chacune de ces revues poursuit à sa façon le travail critique.

De nombreux aspects de la littérature contemporaine auraient pu encore faire l’objet de dossiers, de découvertes ou d’entretiens au sein de Prétexte, et le travail effectué par la revue durant ces quelques années a contribué, nous l’espérons, à faire mieux connaître des figures et des courants de la poésie contemporaine. En cinq ans, Prétexte a publié vingt-deux numéros et neuf carnets hors-série. Sa première livraison, en 1994, a été entièrement rédigée par ses deux fondateurs, et ne comptait que 42 pages. Cinq années plus tard, la revue est passée d’une parution bimestrielle à une parution trimestrielle, les marges étaient réduites, la typographie resserrée. Son dernier numéro avait un volume de 172 pages, la rédaction se composait de cinq critiques, auxquels s’ajoutaient quinze collaborateurs réguliers et une douzaine ponctuels. Mais, avec le temps, la volonté de passer à autre chose s’est fait sentir. Lorsque nous avons pris la décision d’arrêter Prétexte, nous avons voulu gérer la fin de la revue au mieux. Aussi nous semblait-il nécessaire de publier un dernier numéro avec lequel "marquer le coup". La fin d’une revue est trop souvent une disparition surprise, un rapide glissement dans le silence, auxquels ni les abonnés, ni les lecteurs ne sont préparés. Voilà pourquoi une livraison "Ultimum", rassemblant auteurs et critiques, nous est apparue comme une façon, sinon plus belle, du moins plus juste de conclure ces cinq années d’activité et d’annoncer les projets futurs.

La renaissance : site internet et Prétexte éditeur

Malgré la cessation d’activité de la revue, nous avons continué de recevoir des demandes diverses de numéros épuisés auxquelles nous ne pouvions pas répondre. En 2000-2001, nous avons donc décidé de faire perdurer les archives de la revue Prétexte sous une autre forme, en créant un site internet qui lui est dédié. Le site propose ainsi différentes rubriques regroupant une sélection d’articles, d’entretiens et de traductions parus durant les cinq années de la revue. Désormais une partie de la revue est disponible en ligne. L’indexation générale de l’ensemble des contributions publiées dans les numéros et hors-série, ainsi que l’état des stocks des rares numéros encore disponibles, permettent au lecteur de trouver là une source de renseignements exhaustive.

Après avoir posé un regard essentiellement critique sur la création par le biais de la revue, nous avons ressenti le besoin de nous confronter à d’autres aspects de l’activité littéraire, et c’est ainsi que sont nées, fin 2001, les éditions Prétexte éditeur. De "passeuse de lectures", via l’activité critique, la revue ainsi transformée en structure éditoriale est aussi devenue "passeuse de textes". Le site internet de la revue s’est dès lors dédoublé pour accueillir des pages consacrées aux éditions.

Prétexte éditeur publie trois à quatre titres par an : pour moitié des ouvrages de critique littéraire, dans le prolongement direct du travail effectué par la revue, et pour l’autre des textes de poésie ou de prose. Les premiers livres ont paru au printemps 2002. Le prolongement de la revue s’effectue ainsi tant du côté critique, de nombreux anciens intervenants participant aux projets des éditions Prétexte (par exemple, Bruno Blanckeman, ancien membre de la rédaction de la revue, a publié un essai, et d’anciens collaborateurs participent à des volumes collectifs), que du côté créatif, puisque des livres d’auteurs apparus dans les pages de la revue, tels que Jean-Patrice Courtois, Emmanuel Laugier ou encore Valérie Hugotte, figurent désormais au catalogue de la maison d’édition).

Axes des publications critiques

Concernant la critique littéraire, nous poursuivons le travail commencé avec la revue en favorisant les essais sur la littérature contemporaine. Pour ce qui est de la critique de poésie, deux séries d’ouvrages collectifs ont été initiées :

    1. La première porte sur vingt-quatre représentants de la poésie contemporaine française,  en marge de  courants ou de tendances, mais qui creusent  leur sillon d’écriture  depuis de nombreuses années , et auxquels il nous a semblé important de prêter une attention critique. Ces voix sont, à nos yeux, représentatives à leur manière, non de quelque volonté moderniste de tabula rasa, mais de la poursuite du travail de poésie. Tous ces auteurs sont d’une même génération, nés dans les années 1945/1955.

Le projet qui a donné lieu à la publication du premier volume, Singularités du sujet, ne visait en aucun cas à rassembler ces poètes sous un étendard ou à leur accoler une étiquette, mais plutôt à fournir un éclairage sur ces parcours d’écriture singuliers et sur l’importance de ces voix. Nous n’avons pas donné d’orientation critique. Mais lorsque les huit interventions ont été réunies, nous nous sommes aperçus qu’une question se dégageait de l’ensemble : celle du sujet. Coïncidence ? Hasard ? Questionnement qui refléterait plus les préoccupations des critiques que celle des auteurs ? Il nous a plutôt paru que si cette question revenait ainsi dans les différents articles, c’est qu’elle dénotait une des préoccupations fondamentales de la poésie contemporaine et des voix qui la composent.

Ce premier volume, paru en 2002, regroupe des études sur Jean-Patrice Courtois, Jean-Baptiste de Seynes, Antoine Emaz, Jean-Louis Giovannoni, Bernard Lamarche-Vadel, Jean-Paul Michel, Jean-Luc Parant et Nicolas Pesquès. Le second, paru en 2003, intitulé Pluralités du poème, réunit cette fois des articles sur Jean-Christophe Bailly, Pascal Commère, Yves di Manno, Frank-André Jamme, Sabine Macher, Mathieu Messagier, Jean-Michel Reynard et Patrick Wateau. Le troisième, paru en 2005, intitulé Poésies : variations, quant à lui rassemble des contributions sur Auxeméry, Patrick Beurard-Valdoye, Marc Cholodenko, Michèle Métail, Hervé Piekarski, Anne Portugal, Eugène Savitzkaya et Esther Tellermann. Chacun des articles consacrés à un poète est suivi de quelques pages d’inédits ou d’extraits qui viennent donner au lecteur un aperçu de l’écriture de l’auteur traité.

    2. La seconde série, initiée en 2004 avec un volume collectif consacré à des représentants de la poésie actuelle, Quatorze poètes, anthologie critique et poétique, vient d’être complétée en 2006 avec un second tome intitulé Douze poètes, anthologie critique et poétique. Cette fois, il s’agit d’une génération récente de poètes, puisqu’ils sont tous nés entre 1958 et 1972.

Il nous est en effet apparu qu’il existait peu de visualisation critique du paysage poétique français actuel. Ces écritures sont généralement jugées trop en devenir, leur critique ponctuelle étant souvent le fait de reconnaissances de chapelle ou de l’inévitable encensoir de l’air du temps. Nous avons donc souhaité nous orienter vers un travail de (re-)lecture, visant entre autres à rappeler de quelles histoires (notamment des formes) est faite la poésie, et comment une modernité saisissante émerge dans le feuilleté de ces voix. En rassemblant des études sur des écritures poétiques qui parlent du monde d’aujourd’hui, il ne s’agit pas d’imposer une quelconque sélection pour l’avenir, mais bien plutôt d’éviter toute tentation d’"école", de bannière "moderniste" (générationnelle ou non), et de jeter un regard circulaire sur le champ actuel. L’idée qui sous-tend ces volumes est donc celle d’un panorama non exhaustif visant une multiplicité de sensibilités. Et de la même manière que dans la série des "huit études", en écho au regard critique, des pages d’inédits de chacun des poètes traités viennent constituer une brève anthologie de poésie contemporaine. Voici, respectivement, les ensembles de poètes abordés : Olivier Barbarant, Cédric Demangeot, Jean-Pascal Dubost, Romain Graziani, Christophe Lamiot Enos, Jean Lewinski, Yannick Liron, Cécile Mainardi, Emmanuel Moses, Sandra Moussempès, Isabelle Pinçon, Véronique Pittolo, Valérie Rouzeau, Christophe Tarkos ; Marc Blanchet, Stéphane Bouquet, Ludovic Degroote, Ariane Dreyfus, Caroline Dubois, Manuel Joseph, Jérôme Mauche, Florence Pazzottu, Brice Petit, Nathalie Quintane, Véronique Vassiliou, Guy Viarre.

Pour conclure, que ce soit le travail effectué pendant cinq ans dans la revue ou celui effectué au sein des éditions, la critique de la poésie contemporaine reste l’un des moteurs essentiels de Prétexte, avec cette volonté maintenue vive d’étudier un champ poétique sans les œillères d’un parti pris théorique particulier, de la manière la plus large et la plus "curieuse" possible. Une variété qui s’exprime aussi chez les intervenants critiques, certains étant eux-mêmes poètes et poursuivant, par le biais de la critique d’autres voix que la leur, une réflexion non seulement sur la poésie en général, mais aussi sur leur écriture en particulier, d’autres (qu’ils poursuivent ou non des travaux de recherche universitaire ayant trait à la poésie), lecteurs férus d’œuvres poétiques, participant par leur travail aux débats et questionnements autour de la poésie, usant de la critique comme un outil à la fois d’interprétation et de transmission. (1) 

 

(1) Est-il besoin de souligner que la fonction d’éditeur se  retrouve, à mes yeux, dans ces deux dimensions : à la fois dans le rôle de passeur de textes en direction du lecteur, par la publication d’ouvrages de création, et comme "ouvreur de fenêtres", par la transmission de références et de pistes de lecture via le travail critique (qui peut, je l’espère, appeler à de nouveaux débats, à des développements, à des contradictions de points de vue énoncés, etc.).

 

 

 

 

 

 

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rédaction

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