[Manières de critiquer] Le roman contemporain : trajectoires et territoires

[Manières de critiquer] Le roman contemporain : trajectoires et territoires

janvier 8, 2009
in Category: chroniques, UNE
4 1422 3

Après avoir obtenu l’accord de plusieurs auteurs, et en espérant susciter l’adhésion de nombreux critiques – qu’ils soient chercheurs, professeurs, écrivains ou autres -, Libr-critique lance un work in progress sur le roman contemporain – projet que présentent ci-dessous Francis Marcoin et Fabrice Thumerel.

Pour être au centre des débats depuis le début de ce nouveau siècle, le roman contemporain fait-il pour autant l’objet d’une véritable réflexion argumentée, d’une cartographie fondée et approfondie, bref d’une approche critique et historique véritablement raisonnée ? Cette question est intimement liée à celle de la valeur, et l’impression règne d’une confusion sans précédent dans le microcosme médiatico-éditorial, confusion qui semble menacer également le champ universitaire où de plus en plus de chercheurs orientent leurs travaux vers la voie périlleuse de l’évaluation du contemporain, pour ne pas dire de l’actuel. Se pose donc impérieusement le problème de la valeur littéraire même, problème qui n’est pas nouveau : rappelons-nous Sainte-Beuve. Mais cet exemple nous montre que le problème affecte l’acte critique bien plutôt que l’acte romanesque lui-même, trop souvent réputé seul créateur. Que signifie critiquer le contemporain ? En quoi peut-on parler d’écriture critique, d’invention critique, d’imagination critique du contemporain ?

Ces manières de critiquer impliquent un engagement, une prise de risque, non seulement dans l’évaluation elle-même, mais dans la forme que prend cette évaluation. Si l’œuvre d’art, pour Marcel Proust, est fille de la solitude, il en va de même pour la critique. Elle doit parler cependant, mais d’une parole à l’écart de tout système boursier, qu’il soit celui de la bulle médiatique ou de la technocratie universitaire désormais sous le classement de Shanghai et pour qui la cotation est devenue la seule forme de pensée. Parce que l’évaluation du roman contemporain, – comme celle des œuvres du passé – ne saurait se confondre ni avec les tableaux de ventes ni avec le classement des chercheurs et des revues, en ce tout début 2009, Libr-critique ouvre un vaste chantier qui prolonge les premières réflexions menées les deux années précédentes par Philippe Boisnard et Fabrice Thumerel. Ce projet, s’il suscite suffisamment d’adhésion, se concrétisera sous la forme d’une revue en ligne ouverte et fermée chaque année civile.

Au fil des débats, rencontres, tables rondes et conférences, mais également des travaux de recherche les plus pointus comme des chroniques sur diverses publications et manifestations, de totalisations en détotalisations, se construira une approche du roman contemporain qui, espérons-le, sera multiforme et complexe – à défaut de pouvoir être complète. Pourraient ainsi se combiner des analyses portant sur des parcours singuliers d’écriture (des œuvres ou des types d’écriture particuliers) ou des synthèses – à dominante socio-historique ou poétique, entre autres – sur des territoires objectivement établis.

Le mois prochain, inaugureront la série les articles de Francis Marcoin sur Lucien Suel, puis de Philippe Boisnard & Fabrice Thumerel (chronique en duo) sur Sylvain Courtoux.

, , , , , , ,
rédaction

View my other posts

4 comments

  1. Liagre, géograVe

    Bonjour,

    En tant que géographe, je suis ravi de voir que d’autres disciplines (enfin, discipline, je veux dire champ d’étude) s’approprient des termes qui, ne l’oublions pas (et on l’oublie souvent …), ne nous appartiennent pas à nous, géographes : trajectoires, territoires, cartographie.
    Nous tentons justement de « justifier » notre discipline avec ces termes (trajectoires migratoires, résidentielles), territoires (vécus, appropriés, re/dé/construits), cartographie (alors là le champ d’utilisation est vaste). Et nous oublions ainsi de « prêter » nos mots, ou alors n’estimons pas légitime que les autres les emploient.
    Nous oublions aussi souvent que les écrivains sont de très bons cartographes du sensible … et du reste d’ailleurs (Gracq n’était-il pas agrégé de géo. ? « Les villes invisibles » de Calvino est le plus beau livre de géo. urbaine à faire lire à nos étudiants, etc.etc.).
    Bref, je milite pour ces croisements, ces mélanges, qui ne font qu’enrichir nos disciplines respectives. Vive le trans- l’inter-le pluri-
    Bravo !
    Longue vie à votre site.

    RL

  2. Fabrice Thumerel

    C’est le genre de messsage, cher géograve, qui vous rend gai et vous rend la pêche !
    Oui, dans la sphère littéraire (« sphère », tiens… tiens), il est question de « géographie magique », « géographie imaginaire », etc. Et, comme tu le sais Romain, les notions de « territoire » / « déterritorialisation », mais aussi de « champ littéraire », nous les devons à Deleuze et Bourdieu.
    A bientôt, car j’espère que nos trajectoires se rencontreront bientôt…

  3. Pingback: Libr-critique » [Manières de critiquer] Le roman contemporain : Écriture et liberté, par Bernard Desportes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *