[chronique]Mond e de Frédéric Dumond

[chronique]Mond e de Frédéric Dumond

septembre 28, 2006
in Category: chroniques, UNE
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dumond063.jpg[Nous inaugurons ici une présentation de livres rares, ou au tirage limité. La littérature contemporaine, et c’est un constat, est loin des grands tirages. Si pour une part il y a des éditeurs, qui parviennent à publier des livres à quelques centaines d’exemplaires, voire quelques milliers pour les éditeurs nationaux, tel Verticale ou bien POL, force est de constater que beaucoup ont des tirages à moins de deux cents exemplaires. Ces présentations s’intéresseront non seulement à ces petites tirages, mais aussi à leur élaboration, à la manière dont ils sont été conçus, à l’inventivité éditoriale dont elles témoignent comme je vais essayer de le montrer dès cette première présentation]

mond e, de Frédéric Dumond, Les cahiers de la Seine éditions Henri Lefebvre, 2005, 150 exemplaires, 15 €.

Présentation :

Ce livre, non paginé [30 pages], s’élabore comme la description poétique d’un univers en expansion qui serait l’otage d’un futur déjà annoncé, dès le commencement, dès la première page :

à un moment, quelque chose se contractera

pour retourner à sa singularité

et ceci sera aléatoirement déterminé, ceci sera systématiquement effectué. Et c’est justement dans cet écart , celui de la finitude, que l’écriture se donne, tant qu’il n’y a pas eu encore cette rétractation, tant que nous sommes dans la possibilité physique de la dissémination. L’écriture, ce qui est aussi en jeu là, donne alors à voir, à sentir — et ceci intuitivement — comment se réalise les processus de fragmentation de l’ordre, de dispersion, de causalité impossible, de déstructuration de toute possibilité de tenir une pure tension de cosmos, un ordre qui serait infragmentable. Car dans ce monde, celui des corps, et celui de l’écriture, tout se donne par transversalité, mutations, par des brisures.

Et c’est là que se joue la part graphique du livre : avec un insert calque d’une oeuvre ouverte : « intervention dans x décimale de π ». Cette intervention est répartie sur l’ensemble des 150 exemplaires. Fragments d’un infini, qui jamais se répète, toujours devient dans l’exponentiel de sa différence. L’ordre mathématique se déborde. Je ne peux m’empêcher de penser à Drowning by numbers de Peter Greenaway, à l’image qui inaugure le film et que si peu aperçoive, tellement elle est rapide, tellement elle ne semble pas appartenir au film lui-même. Elle représente une grille de 100 nombres (le carré de 10) duquel s’échappe en se noyant la silhouette stylisée d’un homme. Ce qu’indique Greenaway par là, c’est que la vie, la singularité dépasse le cadre mathématique. Ici, Dumond ouvre par un même mouvement, l’infini turbulent et insaisissable de π se dérobe, non seulement mathématiquement mais de chacun des livres, pour entrer en écho avec ceux qui sont dispersés ailleurs.

Ce petit livre, assurément, indique les pistes de Frédéric Dumond, en donne le sens : l’exploration des formes d’accidentalité qui expansent de l’intérieur, les ordres qui constituent le monde.

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Philippe Boisnard

Co-fondateur de Libr-critique.com et administrateur du site. Publie en revue (JAVA, DOC(K)S, Fusees, Action Poetique, Talkie-Walkie ...). Fait de nombreuses lectures et performances videos/sonores. Vient de paraitre [+]decembre 2006 Anthologie aux editions bleu du ciel, sous la direction d'Henri Deluy. a paraitre : [+] mars 2007 : Pan Cake aux éditions Hermaphrodites.[roman] [+]mars 2007 : 22 avril, livre collectif, sous la direction d'Alain Jugnon, editions Le grand souffle [philosophie politique] [+]mai 2007 : c'est-à-dire, aux éditions L'ane qui butine [poesie] [+] juin 2007 : C.L.O.M (Joel Hubaut), aux éditions Le clou dans le fer [essai ethico-esthétique].

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