[News] Annie Ernaux. Un engagement d'écriture

[News] Annie Ernaux. Un engagement d’écriture

octobre 27, 2015
in Category: Livres reçus, News
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[News] Annie Ernaux. Un engagement d’écriture

Tandis qu’Annie Ernaux, pour qui la colère "n’est pas une pulsion aveugle" mais le moteur d’une écriture lucide (p. 202 du volume ci-dessous), vient de signer l’Appel des 800 pour améliorer la condition des migrants dans la "jungle de Calais", paraît aux Presses de la Sorbonne Nouvelle le volume collectif dirigé par Pierre-Louis Fort et Violaine Houdart-Mérot, Annie Ernaux. Un engagement d’écriture, tout juste un an après – ce qui est une véritable performance ! – le colloque de Cergy intitulé "En soi et hors de soi. L’écriture d’Annie Ernaux comme engagement".

Présentation du volume

En 2002, Annie Ernaux déclarait que « ce qui compte, dans les livres, c’est ce qu’ils font advenir en soi et hors de soi ».  Dix ans plus tard, dans l’entretien qui clôt ce volume, elle revient sur ce « mouvement » qu’elle dit « emblématique de [s]on écriture ». Les études  ici réunies explorent cet « engagement d’écriture » dont parle  une de ses œuvres les plus récentes. Les auteurs tentent d’y définir les contours de cette nouvelle forme d’engagement (politique, humain, social, corporel et sensible) qu’elle invente, à la lumière notamment du concept d’ « implication ». 

Cinq dimensions fondamentales en sont  ainsi analysées : la volonté d’Annie Ernaux de « descendre dans la réalité sociale » et de prendre comme sujet d’écriture ce qui est traditionnellement considéré comme « au-dessous » de la littérature ; sa position par rapport à un engagement féministe  ; l’articulation entre identité et altérité dans sa dimension politique ; la présence au monde d’une écrivaine « traversée par les autres»  et, enfin, la manière dont cette œuvre engage et transforme le lecteur. 

Pierre-Louis Fort et Violaine Houdart-Merot, Annie Ernaux. Un engagement d’écriture, Presses de la Sorbonne Nouvelle, octobre 2015, 224 pages, 21 €, ISBN : 978-2-87854-676-7. [Commander l'ouvrage]

 

Sommaire

Pierre-Louis Fort et Violaine Houdart-Merot, « Un "engagement d’écriture" ».

I. "Descendre dans la réalité sociale" : Nathalie Froloff, "Formes et enjeux de l’Histoire dans l’œuvre d’Annie Ernaux" ; Véronique Montémont, "Avorter : scandale" ; Pierre Bras, "La révolte esthétique d’Annie Ernaux" ; Pierre-Louis Fort, "Ernaux. La vie. La vraie".

II. Féminin et féminisme : au-delà des évidences : Michèle Bacholle-Boskovic, « Annie Ernaux "premier homme", "premier écrivain" » ; Marie-Laure Rossi, "Une intellectuelle au féminin ? De Beauvoir à Ernaux" ; Barbara Havercroft, "Lorsque le sujet devient agent : écriture et engagement chez Annie Ernaux".

III. Une vie à l’œuvre : identité et altérité : Violaine Houdart-Merot, « Altérité et engagement : "soi-même comme un autre" » ; Yvon Inizan, « Apparition et disparition du témoin : "l’autobiographie vide" » ; Fabrice Thumerel, "Passage(s) Ernaux".

IV. Présence au monde : présence du monde ? : Bruno Blanckeman, "Annie Ernaux : une écriture impliquée" ; Isabelle Roussel-Gillet, "Annie Ernaux, à corps ou l’impossible désengagement" ; Aurélie Adler, « "Une communauté de désirs" ».

V. L’engagement du lecteur : Élise Hugueny-Léger, "Écrire le retour sur soi : postures d’engagement et d’accompagnement dans les socioanalyses d’Annie Ernaux et Didier Eribon" ; Francine Dugast-Portes, "Écriture et lecture du fragment dans l’œuvre d’Annie Ernaux" ; Lyn Thomas, "Regarde l’auteure mon amour : engagement et célébrité" ; Anne Coudreuse, « La honte comme "vérité sensible" de la domination ».

Annie Ernaux, "Les silences et la colère" (entretien avec Pierre-Louis Fort).

Extraits : Annie Ernaux, "Les silences et la colère" (entretien avec P.-L. Fort) ; F. Thumerel, "Passage(s) Ernaux"

Annie Ernaux : « Quant à la présence – ou l’absence – actuelle des écrivains, il me semble que cela ne tient pas forcément à eux. Les médias ne tiennent plus pour importante ni même intéressante leur parole. C’est celle des artistes de cinéma qui compte, et encore… Il y a une dépolitisation de l’ensemble des acteurs culturels qui est assez nette. Cela ne signifie pas que les œuvres n’aient pas de contenu politique. C’est plutôt comme si on ne pouvait plus soutenir une cause, ou qu’il n’y en avait plus (alors qu’il y en a beaucoup !). Comme s’il y avait un fatalisme, une acceptation. Si le Front National gagne en 2017, on verra se reformer une sorte d’alliance d’écrivains "contre" » (p. 203-04).

Fabrice Thumerel : "Si elle ne représente pas une intellectuelle engagée orthodoxe, c’est qu’elle s’engage tout entière dans une œuvre qui opère un perpétuel passage entre expérience singulière et expérience collective, entre identité et altérité, première et troisième personne, entre « je » et « on » / « nous ». Un exemple parmi tant d’autres : dans L’Événement, elle fait partie « des milliers de filles » qui « ont monté un escalier, frappé à une porte derrière laquelle il y avait une femme dont elles ne savaient rien, à qui elles allaient abandonner leur sexe et leur ventre ». C’est justement la fin de ce texte inouï qui insiste sur la dimension libératrice du passage : comme jadis les « passeuses d’enfants », les « passeurs d’immigrés », du moins les plus réguliers, se placent dans l’illégalité pour offrir une « voie de salut ». À sa façon, l’écrivain engagé est celui qui réussit le passage de l’autre côté, celui du non légitime pour ne pas dire de l’illégitime. Faire passer du silence à l’exposition, du non-dit au dit, faire advenir l’indicible dans l’écriture, telle est sa mission." (p. 117).

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Fabrice Thumerel

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