[News] News du dimanche

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avril 11, 2010
in Category: News, UNE
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Que vous soyez ou non en vacances, vivez avec nous votre Libr-printemps : "Retour sur Novarina" ; "Mathieu Brosseau dans sa disparition" ; "Christophe FIAT dans tous ses éclats" ; "Livres reçus" (Éric Arlix/Jean-Charles Massera, Le Guide du démocrate ; Calligrammes et compagnie, etcetera).

Retour sur NOVARINA

En ce printemps 2010, l’actualité novarinienne est très chargée : invité d’honneur du Festival BARRIBROSSA, Valère NOVARINA voit sa première pièce enfin disponible chez P.O.L en volume simple (jusqu’à présent, elle n’était lisible qu’intégrée dans le volume Théâtre, paru en 1985), peu avant qu’elle ne soit à nouveau mise en scène.

Du 12 au 23 avril à Barcelone, LE LANGAGE COMME THÉÂTRE DU DRAME : Valère Novarina est l’invité d’honneur du Festival BARRIBROSSA 2010 : lire le programme.

► Valère NOVARINA, L’Atelier volant, nouvelle édition revue et corrigée par l’auteur (allégée d’un acte et structurée autrement), P.O.L, printemps 2010, 284 pages, 17 €, ISBN : 978-2-8180-0014-4.

Après avoir écrit de nombreux textes entre 1953 et 1968, Valère Novarina (né en 1942) effectue une entrée difficile dans le champ : bien qu’il soit en relation avec Beckett, Barthes, ou Dort, il ne parvient pas à trouver d’éditeur pour L’Atelier volant (1968-1970), pièce bouffonne qui intéresse Roger Blin, Marcel Maréchal, Arlette Reinerg et Jean-Louis Martin-Barbaz (assistant de Planchon), mais n’est mise en scène qu’en 1974 par J.-P. Sarrazac (CDN de Nanterre).

Dans cette anti-pièce, comme dans la Lettre aux acteurs qui l’accompagne, l’écrivain rejoint les avant-gardes contemporaines par sa mise en crise des modèles dramatiques et socioculturels dominants. D’où le recours à un théâtre "primitif et guignolesque" (Vitez) pour dévoiler l’aliénation des employés-pantins-animaux à leur patron qui les féconde, nourrit et manipule par les fils ténus de la langue. D’où la triple dé-figuration préconisée par un texte qui revêt les deux dimensions de l’écriture manifestaire, polémique et programmatique. Défiguration de la scène, tout d’abord : métamorphosée en "logosphère" sous l’impulsion de celui qui écrit "par les oreilles" "pour les acteurs pneumatiques" , elle échappe à la tyrannie de la vue pour engendrer un "Théâtre des Oreilles" (Théâtre des paroles, 1989). De la langue aussi, tant cette dégelée carnavalesque, cette parle informée par la psychanalyse tranche avec la "langue française éternelle et châtrée" utilisée par le "public des châtiés" ("Lettre aux acteurs", dans Théâtre des paroles). Enfin et surtout, des acteurs, qui doivent se dé-persona-liser, déposer leur masque d’homme, c’est-à-dire faire le deuil de leur rôle, renoncer à incarner une identité psychologique et sociale stable, pour libérer leur part animalesque. Ce théâtre de l’irreprésentable constitue donc également une révolution, au sens où il est retour à un théâtre pur, débarrassé des conventions stériles, retour vers un théâtre pauvre : pour Valère Novarina comme pour Grotowski, l’acteur doit être un saint qui "sacrifie la partie la plus intime de lui-même" pour donner son corps en offrande au public.

Cette posture avant-gardiste trouve sa confirmation dans "l’affaire" de France Culture. Accusé de vouloir «"bouleverser l’art radiophonique"» et censuré, Valère Novarina réagit par la provocation dans le tract que, interdit de répétition par Jean-Pierre Sarrazac, il distribue aux acteurs à la sortie du théâtre, et qui constitue la première version de la "Lettre aux acteurs" : " La santé est bonne, la nourriture est bonne. Je salue au passage Jacques Sallebert, directeur de la radiodiffusion française, qui a trouvé préférable d’interdire la diffusion de L’atelier volant le 22 avril 1972, parce qu’on était à la veille du référendum-plébiscite sur l’entrée de la Grande-Bretagne dans le marché commun. La classe dominante a eu chaud ! "

Mais, dans un état du champ où se trouvent privilégiés les théories et les idéologies, le spectacle et le metteur en scène, au détriment du texte et de l’auteur, la position de Valère Novarina s’avère des plus singulières. Outre que, dans L’Atelier volant, il fait prévaloir le symbolique sur toute interprétation marxiste ou psychanalytique, se concentrant sur la "lutte des langues" et les clivages sociaux dans la relation au corps, dans la "Lettre aux acteurs" (1974) et "Le Drame dans la langue française" (1973-1974), il fustige le "théâtruscule" uniformisé des "metteurs en chef" ("métheuranscènes"), inversant la hiérarchie entre le cérébral et le corporel : si les personnages sont "des postures d’organes", l’écrivain, quant à lui, écrit "avec tous les trous du corps" (Théâtre des paroles). /FT/

Mathieu BROSSEAU dans la disparition

Mathieu BROSSEAU, Et même dans la disparition, Wigwam, printemps 2010, 16 pages, 300 exemplaires numérotés.

Accédez à votre cathédrale intérieure, convoquez votre Ange… et faites résonner votre disparition ! Puis, tapissez-en les murs avec le texte de Mathieu Brosseau : "le livre de la disparition ne peut être qu’un livre d’espoir". Un livre dont la densité vous conduit, non pas à la pierre philosophale, mais aux pierres lumineuses. Un livre beau comme un rêve de pierre, donc.

Mathieu Brosseau n’est pas homme à lutter contre l’Ange, mais à dialoguer avec lui. C’est en cela qu’il s’avère un maître de poémusique, de poémystique. Un poète qui sait jouer de/avec la disparition : c’est dans la disparition que l’on peut vraiment vivre, aimer, écrire. Car il ne saurait évidemment y avoir d’être que par et dans le non-être, de présence que par et dans l’absence, de parole que par et dans le silence. /FT/

Christophe FIAT dans tous ses éclats

PERFORMANCE : TOUT SUR COURTNEY LOVE.
Du mercredi 14 avril au samedi 17 avril 2010 à 21 h au Théâtre Studio, 16, Rue Marcelin Berthelot, 94140 Alfortville.
Christophe Fiat, guitare électrique au poing, texte sur un pupitre raconte l’épopée de la chanteuse, Courtney Love. Il scande dans une lecture sobre et efficace la vie de cette femme. Le fanatisme des fans, les rêves d’argent et de gloire hantent son destin où s’accomplit violemment la domination masculine : son mari suicidé devenu un mythe people (Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana) ne cesse de l’éclipser. Anecdotes et événements déversés dans un flux de parole nous dévoilent aussi l’histoire de notre culture de masse née avec les baby boomers. Mais au rythme de riffs de guitares minimalistes et sobres, Christophe Fiat dévoile aussi les limites de sa propre performance. Comment éviter la parodie ? Comment ne pas être dans la mascarade ? Comment dépasser l’imitation ? Peut on évoquer le rock en s’accompagnant d’une guitare électrique ? Comment ne pas tomber dans le One Man Show ou le sketch ? C’est possible si c’est un biopic, sans identification du narrateur. Ça se déroule comme un film invisible sur la scène, au cours duquel cette épopée trouve son issue dans la voix off faisant du performeur, non pas un acteur ou un comédien, mais un figurant.

Au Théâtre de Gennevilliers (direction Pascal Rambert), le Samedi 17 avril 2010 à 21h, salle 2 : DON’T JUDGE A BOOK BY ITS COVER.
Programmation : Christophe Fiat. écrivains invités : Manuel Joseph, Charles Pennequin, Mathieu Larnaudie, Antoine Dufeu, Jean Michel Espitallier, Hugues Jallon, Frank Smith. Une pièce sonore de Bernard Heidsieck sera diffusée en public.
Le titre de cette soirée est une citation extraite du livre de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Dans ce roman de science fiction paru en 1953, l’écrivain américain dépeint une société dans laquelle il est interdit de posséder des livres. Des pompiers incendiaires sont chargés de les brûler (le titre du livre est la température à laquelle un livre s’enflamme). L’un d’eux finit par entrer en rébellion et une communauté d’hommes qui apprennent par cœur des livres entiers pour sauvegarder la culture littéraire. Don’t Judge a book by its cover se traduit par : "ne jugez pas un livre sur sa couverture". Nous interprétons cette citation de deux manières : 1. elle signifie littéralement qu’un livre ne se limite pas à son support, il est aussi une affaire de mémoire et en cela, il touche à l’oralité. 2. il ne faut pas se fier aux apparences. Les écrivains eux-mêmes peuvent dissimuler sous une pratique de lettrés, des expériences de paroles qu’on peut qualifier d’Art Performance. A une époque où la culture est menacée, il est urgent de montrer ce qu’est un écrivain qu’il soit poète ou romancier. Il n’est pas seulement un lettré environné de livres, il peut aussi prendre la parole en live et donner à son corps des impulsions insoupçonnées. Cette soirée n’est pas seulement un rendez-vous mais un repaire où il est possible d’entendre et de voir des poètes en action dans un théâtre. Tour à tour, déclamateurs, lecteurs, acteurs, artistes sonores, les écrivains invités vous feront découvrir un univers traversé par leurs phrases portées par des voix aussi étranges les unes que les autres et des gestes à la limite de l’accident. Visuel : Louise Armand.

Livres reçus

[+] Éric Arlix / Jean-Charles Massera, Le guide du démocrate, ed. Lignes, 123 p., 13 €, ISBN : 978-2-35526-048-3.

Sous la forme d’un essai, tout à la fois cynique [mise en en crise des principes du démocrate] et ironique [hyperbole des conséquences], les deux auteurs s’attachent à mettre en situation le "démocrate", sorte de personnage conceptuel contemporain, dont il dresse les qualités, les attributs, les correspondances, les interactions, avec un monde et avec autrui. Les deux auteurs sont connus pour leur visée critique littéraire, et ici nous avons beaucoup parlé d’Éric Arlix dont nous défendons les éditions è®e, et avec lequel nous partageons une critique similaire de la société post-capitaliste. Ce livre pointe en ce sens la médiocrité d’une époque, et du personnage démocrate qui, bien qu’il soit performant, toujours plus performant [p.48] — comme le TGV au nucléaire [pp.92-93] — pourtant voit son horizon toujours plus se restreindre — tel le TGV au nucléaire ses destinations — car "ils sont dépossédés de leur imaginaire" [p.121], au point que même avec beaucoup de bonne volonté, l’action critique du démocrate "reste (quand même) super embryonnaire" [p.120]. /PB/

[+] Calligrammes, compagnie, cetera, préface de Jean-François Bory, postface de Isabelle Maunet-Salliet, ed. Al Dante, 560 p. 30 €, ISBN : 978-2-84761-903-4.

Livre nécessaire pour celui qui voudrait apprécier la diversité des recherches graphiques autour de l’élément texte : en bref, du calligramme au schéma esthético-cognitif. Ce livre se donne comme une exposition, au sens de la préface et de la post-face, une exposition où les oeuvres sont réunies selon la taxinomie alphabétique. On traverse ainsi un siècle de recherches graphiques textuelles, qui montre que la poésie visuelle, graphique, visive, spatiale, peut décontenancer le cadre de la page, même si, en effet, elle peut alors entrer dans un autre cadre, celui du tableau. En éditant cette exposition anthologique, une nouvelle fois les éditions Al dante, montrent à quel point elles sont nécessaires dans le paysage éditorial francophone. Car, un tel livre, au-delà du plaisir et de l’intérêt que nous pourrions avoir à en découvrir les centaines de facettes, sera aussi pour les chercheurs un recueil indispensable pour aborder cette part de la création poétique. /PB/

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rédaction

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