[News] News du dimanche

[News] News du dimanche

novembre 14, 2010
in Category: News, UNE
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En cette semaine de dé-pression médiatique (post-partum mondano-littéraire), où même certains oracles universitaires ont complaisamment rallié le choix de l’académique jury Goncourt, nous vous invitons à lire l’article en cinq temps du sociologue Eric Fassin sur Michel Houellebecq ("Une société des classes moyennes", "Une critique de l’individualisme sexuel", "Sexualité et différence des sexes", "Ni droite, ni gauche", "Un pacte littéraire paradoxal") ainsi que, sur son blog,  la vive réaction de Juan Asensio – qui a également recensé le roman de Romain Verger, second des livres reçus présentés ce soir, après Les Légumes verts hauts en couleur de Philippe Adam et Aurélie Pétrel. Quant à nos Libr-brèves, elles vous donnent rendez-vous à l’Atelier National pour une exposition Poivret, Pérez, Mura, Gette ; à la 1ère session d’automne du Marché de la poésie ; à une lecture de Philippe Boutibonnes. Mais auparavant, il est urgent de soutenir la liberté de la presse en France au travers de Mediapart. /FT/

Soutien à Médiapart

"Une semaine après notre interpellation de Nicolas Sarkozy sur l’espionnage des journalistes, Mediapart attend toujours la plainte en justice de l’Elysée. Dans l’attente de cette contre-attaque judiciaire, sans précédent sous la Cinquième République, nos informations sur l’espionnage des journalistes de Mediapart sont confirmées en cascade par de nouvelles révélations", écrit E. Plenel dans son édito de vendredi dernier. Le meilleur soutien que l’on puisse apporter à l’un des rares médias indépendants de qualité, c’est de le lire, de le faire connaître et de s’y abonner.

Livres reçus

► Aurélie Pétrel et Philippe Adam, Les Légumes verts, Le Bleu du ciel éditions, automne 2010, 80 pages non numérotées, 20 €, ISBN : 978-2-915232-67-7.

Présentation éditoriale :
Mâcher fatigue. Digérer rend morose et donne des palpitations cardiaques. Nous sommes lourds. Nous voulons changer, faire machine arrière pour retrouver l’étincelle. Des légumes verts. Nous en avons besoin. Des légumes verts. C’est exactement ce qu’il nous faut.
On en mangerait. Là où les restaurants français affichent leurs menus, les restaurants japonais mettent en vitrine des reproductions en plastique des plats qu’ils proposent. Ces reproductions (mihon) sont souvent d’une telle fidélité qu’on les croirait mangeables. Aurélie Pétrel a donc choisi de vous les servir, en photographie, et Philippe Adam s’est permis de les accommoder, à sa sauce.

Note de lecture :

Comme toujours dans les récits d’anticipation, fussent-ils teintés d’humour – plus ou moins grinçant, comme ici –, le point de départ se situe bel et bien hic et nunc : notre surconsommation laisse entrevoir la pénurie ; notre peur phobique de tout corps étranger, de toute contamination, de toute invasion virale, nous prédispose au rejet de la nourriture comme des échanges sociaux liés aux repas ; la scopocratie, si l’on ose ce néologisme, s’opère au détriment, non seulement des qualités gustatives, mais encore et surtout de la qualité sanitaire (ce qui attire le regard peut s’avérer et insipide et cancérigène) ; l’abstraction et la médiatisation de notre relation au monde rend d’ores et déjà envisageable une certaine Nausée alimentaire…

Ainsi l’écrivain Philippe Adam et l’artiste plasticienne Aurélie Pétrel nous plongent-ils – au futur antérieur – dans le monde post-alimentaire, régi par une économie de la rareté. Finis les "camions frigorifiques chargés de porcs tronçonnés, avions aux soutes remplies de mangues, bœufs coupés en deux portés à dos d’hommes, routiers remontant d’Espagne leurs kilos d’oranges, chalutiers tôt partis"… Désormais, les cales sont vides, les routiers "endormis sur les aires d’autoroute", les transports ferroviaires ne transportent "plus rien", les camions frigorifiques sont "parfaitement nettoyés", les "cuisines et arrière-cuisines sans secrets", les avions "délestés de leurs soutes", les paniers de la ménagère "laissés à l’abandon"… La brutalité du constat est aussi glaçante que la perfection des photographies : "Et nous ne mangerons plus." Dans cet univers où triomphe l’artefact, le nevermore s’accompagne du rejet d’un passé qui ne passe plus : "Nous vomirons le passé pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Nous n’aurons aucune gratitude envers ceux qui auront vu grandir, les petits pots, les tubes de yaourt liquide, le lait concentré, les beignets huileux, nous les mettrons à la poubelle"… Dans cet envers de La Grande Bouffe, les énumérations traduisent le manque, le plasticage de vies qui ignorent la sociabilité consubstantielle à la bonne chère ; la compulsion de répétition souligne la destruction de l’humain.

Des légumes verts, donc, "si c’est tout ce qui reste". Un reste d’humanité. Pour le reste, la vision se fait apocalyptique : "Nous n’aurons bientôt plus que la peau sur les os, et bientôt nous n’aurons même plus de peau, elle aussi disparaîtra, elle nous restera dans les mains"… "Nous sommes la honte de la galaxie. / Nous sommes la lamentation des galaxies voisines. / Quel désastre, ici bas"… /FT/

► Romain Verger, Forêts noires, Quidam éditeur, novembre 2010, 94 pages, 12 €, ISBN : 978-2-915018-53-0.

Présentation éditoriale :
Envoyé en mission au Japon pour une étude sur la forêt d’Aokigahara Jukai, un chercheur en biologie se retrouve aux prises avec cette "mer d’arbres", lieu qui le révèle à lui-même tout autant qu’il va signer sa perte.
Exploration des territoires sauvages de la mémoire, voyage introspectif agité par les soubresauts de l’inconscient, Forêts noires déroule le fil d’une vie aimantée par la figure du mal. Un réseau fictionnel d’où émerge au gré de motifs obsessionnels toute la force de l’obscur.

Note de lecture :

"Penché au-dessus de mon enfance comme au-dessus de l’eau miroitante d’un puits, je suis plus loin que jamais de me voir tel qu’en moi-même, mais c’est l’ombre qui vient à moi avec tout ce qu’elle porte, en soi, de ténèbre intérieure"

Le choix d’un exergue est souvent délicat… Ici, en l’occurrence, il permet au lecteur de mesurer la distance séparant l’auteur de ce véritable styliste qu’est Claude Louis-Combet : un style appliqué, un symbolisme appuyé, le recours au topos de la forêt originelle et à des procédés fantastiques qui ont fait leurs preuves, ne sauraient attester l’émergence d’un prosateur de talent.

Romain Verger, dont on visitera le site avec un réel intérêt, s’efforce en effet d’élaborer laborieusement un conte cruel, un récit gothique ou fantastique qui se révèle parfois trop proche de ses modèles : Maupassant, le Flaubert de La Légende de saint Julien l’Hospitalier, Un roi sans divertissement… Les meilleurs passages sont ceux qui clignent du côté des Contes du chat perché, du Grand Meaulnes, ou du récit d’épouvante (Vlad renvoie à Dracul Vlad, le père de Dracula) ; qui nous plongent dans la Nausée ou le devenir-animal du narrateur ; qui se jouent des topos : celui de la femme-paysage débouche sur une apocalypse ("Le sexe de Hatsue s’écartait en une plaie où se faufilait l’œil affûté de Benjiro") et l’appel de la forêt s’avère un piège ("la forêt dévorait chaque année son lot de proies"). /FT/

Festival NEXT 2010, Nord-Pas-de-Calais / Belgique (jusqu’au 4 décembre)

De ce passionnant Festival annuel de théâtre/performance/danse, on retiendra, entre autres spectacles de premier plan, ceux de Jan Fabre et de Fabrice Murgia. [télécharger le programme complet].

Preparatio Mortis, JAN FABRE. Première en France et en Belgique : La Rose des Vents (Villeneuve d’Ascq), Jeudi 18 novembre à 20H30 et vendredi 19 à 20H.

"La mort nous amène à porter un autre regard sur la vie, un regard plus intense, plus complet." Dans le solo de danse Preparatio Mortis sur une musique de Bernard Foccroulle, Jan Fabre célèbre la vie comme une préparation à la mort.
Création pour la France et la Belgique au festival NEXT, Preparatio Mortis scintille comme une perle rare. Comme un duvet haut en couleur qui semble même respirer, un tapis de milliers de fleurs jaunes, rouges, violettes et blanches couvre et colorie une pierre tombale. Au rythme de cette respiration, le tapis se met à bouger et fait apparaître une main, un bras, une tête, deux pieds nus. La danseuse Annabelle Chambon a l’air de ressusciter. Le moindre mouvement, le moindre souffle, le moindre regard expriment avec une intensité extrême la faim de vivre.
Sommité de l’art belge, Jan Fabre atteint le meilleur de son inspiration dans ses solos pour femme. Comme si souvent, Jan Fabre associe la beauté sublime à l’ultime précarité. La mort devient un champ d’énergie positive, le moteur de nouveaux rêves et de nouveaux désirs.

Chronique d’une ville épuisée, FABRICE MURGIA / ARTARA. Première. Maison de la Culture de Tournai, salle Jean Noté, samedi 27 novembre à 21H, lundi 29 à 13H30, mardi 30 à 13H30 et 20H.

Une pièce sans paroles sur la communication. Voilà ce que propose le jeune metteur en scène belge Fabrice Murgia dans Chronique d’une ville épuisée. Une jeune femme rentre chez elle du boulot, épuisée et seule. Suivant une routine stricte, elle accomplit les rituels quotidiens qui l’aident à garder prise sur la vie et à oublier l’angoisse de la mort. Mais ce n’est pas suffisant ! La société requiert sa participation à la vie sociale et pour faire face à cette obligation, elle s’est créée une existence virtuelle. Elle découvre dans cette second life une existence plus riche que la réalité, jusqu’au point où le retour à cette réalité devient insupportable…
En 2009, Le Chagrin des Ogres, pièce très sombre de Fabrice Murgia, fut un succès. Dans Chronique d’une ville épuisée, un mélange ingénieux de théâtre, d’art vidéo et de techniques 3D conduit à une fusion inquiétante entre le fantasme et la réalité. Soutenu par un paysage sonore de Yannick Franck, Fabrice Murgia crée une nouvelle fois un itinéraire à la lisière des gouffres de l’existence contemporaine.

Libr-brèves

À L’AtelieRnaTional, du 12 au 28 novembre de 14h à 17h : Jean-Luc Poivret, Mathias Pérez, Brian Mura, Paul-Armand Gette [67 rue Hoche, 13003 Marseille – 09 52 63 54 58].

► À l’approche de Noël, une belle occasion d’offrir (ou de s’offrir) des livres qui sortent de l’ordinaire : 1ère session d’automne du MARCHE DE LA POESIE = vendredi 19 novembre de 14 heures à 21 h 30, samedi 20 novembre de 10 h 30 à 21 h 30 et dimanche 21 novembre de 10 h 30 à 20 heures [entre autres, Le Castor Astral se trouvera au stand A6/B7].
ESPACE D’ANIMATION DES BLANCS-MANTEAUX, 48 rue Vieille-du-Temple 75004.

ICI POESIE propose une lecture-rencontre avec Philippe Boutibonnes le mercredi 1er décembre, à 18 h 30, à l’Artothèque de Caen (Hôtel d’Escoville) autour de son livre Le beau monde paru cette année aux éditions NOUS – que nous présenterons bientôt.

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rédaction

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