[News] News du dimanche : ENIVRONS-NOUS !...

[News] News du dimanche : ENIVRONS-NOUS !…

février 21, 2010
in Category: News, UNE
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En ces temps hivernaux, en ces temps infernaux, "ENIVRONS-NOUS !" De poésie et d’hérésie, d’érotisme et d’éréthisme… Cette livraison spéciale des NEWS vous invite à lire Bernard NOËL, Les Plumes d’Éros ; Emmanuelle PAGANO, L’Absence d’oiseaux d’eau ; Clara ELLIOTT, Strangulation blues (édition de Sylvain Courtoux) ; Sylvain COURTOUX, Vie et mort d’un poète de merde. /FT/

"ENIVRONS-NOUS !"…

On pourra commencer par s’enivrer sous le signe d’Eros, avec le premier tome des œuvres complètes de Bernard Noël, Les Plumes d’Éros, et le sixième roman d’Emmanuelle Pagano, L’Absence d’oiseaux d’eau.

[+] Bernard Noël, Les Plumes d’Éros, Œuvres I, POL, janvier 2010, 436 pages, 26 €, ISBN : 978-2-84682-349-4.

Les Plumes d’Éros rassemble seize textes parus entre 1966 et 2004, en plus de trois inédits (du moins, en volume, car Le Mal de l’espèce est en ligne sur Publie.net). Si les lettrés peuvent regretter de ne pas y retrouver le mémorable Château de Cène, ils se rassureront/réjouiront d’y goûter ce genre de phrase : "La domination du monde et le pouvoir durable sont promis au bourgeois parce qu’il a compris que vider les choses de leur sens vaut mieux que d’en imposer le respect par la force, d’autant que les choses vides sont les plus rentables" (p. 300). Le problème, dans notre société spectaculaire, est précisément celui-ci : "Comment reprendre corps au milieu de cette invasion de fantasmes ?" (303). Se distinguant du grivois, l’érotisme de Bernard Noël est histoire de langue – la langue comme matière à la fois verbale et sensuelle. Il nous reste plus qu’à plonger dans ce monde où "le corps s’enlangue"…

[+] Emmanuelle Pagano, L’Absence d’oiseaux d’eau, POL, janvier 2010, 304 pages, 18 €, ISBN : 978-2-84682-447-7.

"S’écrire des lettres est différent d’écrire un roman ordinaire" (p. 49).

"Tu as une présence incroyable quand tu écris, tu es plus réel alors que n’importe qui" (p. 198).

Bien que le titre laissât présager le pire, le roman d’Emmanuelle Pagano, dépourvu de toute mièvrerie sentimentalo-bucolique, est d’une rare intensité poétique/érotique. Plus qu’un roman épistolaire, c’est un récit à la première personne traversé par l’épistolaire : l’entreprise d’un texte à quatre mains avec l’amant écrivain – un peu à la manière d’Annie Ernaux et Marc Marie dans L’Usage de la photo (2005), mais avec un support épistolaire, et non photographique – cède la place, après la rupture, à un récit personnel qui s’adresse à un "TU" absent, mais dont on sent à chaque ligne "la présence en creux". Cette histoire d’eau se situe dans l’entrelangue, dans cet espace singulier où la langue est à la fois verbale et sensuelle : la langue qui lèche le sexe de l’amant est aussi celle qui (res)suscite, dénoue le corps de l’Autre. Pas de meilleure illustration de cette corpographie tout ernausienne que ces lignes qui explicitent le titre : "Puis je t’ai pris dans ma bouche, petit à petit, en serrant mes lèvres comme un anneau, comme si ma bouche était l’eau même et ton sexe un poisson qu’elle avalait vivant" (150)…

L’année 2010 commence sous les meilleurs auspices pour le talentueux Sylvain Courtoux (1976) avec ces deux publications complémentaires.

[+] Clara Elliott, Strangulation blues. Poèmes post-punk et Leçons d’exorcisme 1978-1985, suivis des Poèmes inachevés (1986-1987). Édition de Sylvain Courtoux, Al dante, février 2010, 272 pages, 17 €, ISBN : 978-2-84761-892-1.

"… mais quand je regarde autour de moi, je ne vois, de moderne, que torture, douleur et hypocrisie."

À vous couper le souffle, cette poésie post-punk qui garde Burroughs dans sa ligne de mire… Sans illusions : "il faudra dire que durant tout ce siècle le communisme a signifié : une pseudo-révolution manigancée par des pros du bordel généralisé qui ont renversé le système tsariste exploiteur pour le remplacer par un autre système, tout aussi oppresseur, voire plus, et, peut-être, beaucoup plus encore" (43). Morte d’overdose à 32 ans, cette chanteuse anglaise (1955-1987) doit sa survie à Sylvain Courtoux, qui mène à bien ici et la traduction et l’édition savante, avec de nombreuses notes éclairantes.

[+] Sylvain Courtoux, Vie et mort d’un poète de merde, livre + CD, Al dante, février 2010, 19 €, ISBN : 978-2-84761-884-6. [Écouter un extrait sur Libr-critique].

Rien d’étonnant à ce que Sylvain Courtoux soit fasciné par l’œuvre de Clara Elliott : il se retrempe à sa propre source poétique. Pour s’en persuader, il suffit de lire/écouter son dernier album : la dureté punk s’allie au pop-carnavalesque pour retracer les aventures épopoétiques d’un  ego-loser subissant le "vrai supplice" que représente la fréquentation du médiocre petit-milieu qui se réunit à St Sulpice… Dans cet "opéra crotte imbitable standard very barge", le postmoderne cède le pas au "non-prosterne" ; plutôt que de se complaire à la merde ambiante, le "poète de merde" leur dit… Ainsi l’écrivain ironise-t-il sur sa marginalité, tout en la revendiquant de façon critique.

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rédaction

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5 comments

  1. B. Fern

    A propos de B. Noël, je signale que le dernier n° du « Matricule des Anges » lui consacre un dossier particulièrement intéressant dont j’extrais ceci : « Une fois exprimée la signification d’une chose, c’est fini, elle est épuisée. Or, justement le sens est ce qui ne s’épuise pas, c’est le fond de l’humain incroyant parce que c’est ce qui n’en finit pas de mettre en mouvement. »

  2. Fabrice Thumerel

    Merci Bruno, oui très bon dossier du MATRICULE !
    Précision : Bernard Noël intégrera LE CHÂTEAU DE CÈNE dans un prochain volume de ses oeuvres complètes.

  3. saint gee

    le livre de clara elliott est fantastique, à lire absolument. la traduction magnifique, on n’ose imaginer la somme de travail qu’elle représente. le livre me suit partout (et ça va le fiare un bon moment).
    par contre, je ne trouve pas que elliott soit « post-punk » comme vous dites, et quoi qu’en dise le titre. punk oui, plutôt. crass était punk, pas post-punk, malgré une vie continuée bien après le punk, des références qui dépassent le cadre. en fait, il n’y a rien de post- chez elliott…

  4. Pingback: L’Absence d’oiseaux d’eau |

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