[News-texte] Marc Alexandre, AYITI au coeur / Soirée Haïti

[News-texte] Marc Alexandre, AYITI au coeur / Soirée Haïti

février 17, 2010
in Category: créations, News, UNE
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Marc Alexandre et son groupe déjà très connu, On a slamé sur la lune, participeront à la Soirée spéciale consacrée à Haïti ce samedi 20 février 2010 (20H, 5 €), dont les bénéfices seront entièrement reversés à l’association Enfance Arc-en-ciel [Faubourg des Musiques, 15 rue Verhaeren à Lille ; rens. : 03 20 44 89 96 ou faubourgdesmusiques@laposte.net].

À cette occasion, Marc Alexandre a composé un hymne à Haïti, "AYITI au cœur". Compte tenu de la polémique qui agite l’espace poétique (nous y reviendrons), il n’est pas inutile de rappeler que les textes de slam les plus exigeants n’existent que par leur actualisation sur scène et leur rapport authentique au chant de la Négritude, proposant des formes qui, pour être souvent proches du "poème-cri" ou de la chanson, ne s’en réclament pas moins d’Aymé Césaire et de son combat po-éthique en faveur des opprimés.

AYITI au cœur, par Marc Alexandre

Dédié à my man Albert MORISSEAU LEROY, jeune poète devant l’Eternel, et petit-fils de poète éternel.
A FRANKETIENNE, René DEPESTRE, Danny LAFERRIERE, Gary VICTOR, et tous ces "étonnants voyageurs" dont les mots habitent les allées de ma mémoire et mon coeur en berne.
Aux habitants de PORT-AU-PRINCE, aux enfants de PYEPOUDRE, à AYITI…

Mec c’est dur …
J’imagine
Je suis devant la télé, les images repassent en boucle
Et mon impuissance m’explose au visage
Jusqu’où iront les médias ?
Jusqu’à quand pourrons-nous continuer à regarder ces images ?
Des images ??
Mais ce ne sont pas des images, des hommes, des femmes, des enfants, des enfants…
16 mn
En 16mn Port-au-Prince a basculé en enfer

Je n’arrive toujours pas à réaliser
Qu’une telle injustice ait pu avoir lieu
16 mn
En 16mn Port-au-Prince a basculé en enfer
Je n’arrive toujours pas à réaliser
Comment ne pas penser ?
A la misère qui consume cette région
Et à toutes les violences qui l’ont frappée
Depuis le soleil meurtri de son indépendance
AYITI a basculé frère
Déjà au bord du gouffre économique
A cause des "siècles d’incendie"
AYITI a basculé frère
AYITI
Ce pays qui a tout essuyé,
Surtout le plâtre de son existence
AYITI
Cet ancien empire qui a subi le pire du pire
AYITI
Ma perle
Aujourd’hui
Tout
Sauf une carte postale sous un ciel bleu

AYITI
J’entends le monde à ton chevet s’écrier :
"Tristes tropiques" !
Mais ce serait oublier
Qui tu es
A jamais symbole de L’OUVERTURE
Et Noir soleil

AYITI
Des hommes et des femmes forts de leur histoire

Ne leur enlevons plus
"Le sentiment vague d’appartenir à la même planète que Nous"

Ecrire, oui vite écrire, comme hier ou comme jamais peut-être on n’a écrit
Pour ne pas passer à côté de ton cri
AYITI
Pour te dire
AYITI
En français anglais douala créole
Qu’à jamais tu fais partie
De NOUS
AYITI
Même embourbé jusqu’au cou
Tu es restée debout !
Tu bats dans nos cœurs de feu
Et nos mémoires gorgées de sang et d’espoir
AYITI
Place de MA République
AYITI chérie
Patrie
Grand-mère
Des Droits de l’Homme
AYITI hier debout
Aujourd’hui à genoux
Se relèvera encore
Albert tu peux me croire
AYITI se relèvera toujours
AYITI
AAYE
AYITI
AYITI qui a enfanté TOUSSAINT
DEPESTRE
FRANKETIENNE
MORISSEAU LEROY
METELLUS
LAFERRIERE
TROUILLOT
DALEMBERT
BASQUIAT
Et tant d’autres apôtres de la beauté reine
"Etonnants voyageurs"
Jeteurs de sorts
Et faiseurs d’utopies contemporaines
AYITI se relèvera toujours

Se lever tomber se relever et tomber.
Se relever encore et voir sa jambe gauche se briser.
Prendre appui sur un bâton et se relever puis tomber. Encore.
Mais se relever. Toujours.
"Tomber sept fois. Se relever huit."
S’accrocher au vent, aux chimères, aux "pawol po-éthiques"
Et à leur mystique magie
Se relever tremblant
Fiévreux
Mais sentir ses jambes
Heureux
Esquisser quelques pas
De danse
Compas caden’sé
Rire au nez de ses béquilles
Puis tomber encore
Mais
Sans perdre l’espoir
De se relever
Un jour
Comme ce jour
Où tu montras à tous
Le chemin de la liberté

AYITI CHERIE
Ne me quitte pas
Reste avec moi
Enseigne-moi encore
Le bel âge d’être libre
Le bel art d’être pauvre
Mais riche
Tellement riche
D’ENCRE ET D’EXIL
De culture
Et de spiritualité
AYITI
Profonde
Féconde
M’inonde !
AYITI
NEGRESSE solitaire
Nous voici !
Soldats solidaires de tes heures de douleur
De tes pleurs
De tes joies
AYITI
Nous voici !
Avec nos poches trouées
Nos rêves floués
Mais nos fureurs de dire nos idéaux intactes

Entendez-vous
Ces airs vaudous et nos mots doux ?
Tonnerres de révoltes
Ouragans d’amour
Mélodies de rage
Hommage à tous les damnés de la terre
Oyez oyez bonnes gens
Entendez-vous les "cris du silence"
Des fous que nous sommes ?

(Comme toi Albert MORISSEAU LEROY
Comme le V
J’ai l’honneur et la CHANCE
D’être
D’encre et d’exil)

AYITI ma perle
Regarde ce prince noir de lumière
Errer dans le port de l’Enfer
A la recherche de l’ombre de lui-même
Perdu
En quête d’un "je t’aime"
Un seul
Pour se sentir exister
Vivre à nouveau
Et espérer
Juste un je t’aime
La nuit est tombée sur AYITI
Mais je respire encore
Comme le condamné à vivre
Qui n’a plus à imaginer son supplice
Je respire encore
Donc je vis

AYITI
"Nos mains en fleurs" et nos cœurs fraternels
Reconstruiront ta vie-île cruelle
AYITI relève-toi et marche
Vers cette liberté que tu as arrachée
De tout ton être
AYITI
"Tu as demandé la pluie"
Elle t’a mouillée
Et il pleut sur ton beau "visage paysage"
Mais sèche tes larmes ma perle
Car tu es belle
Emotion pure
Poésie pure
Fille du cyclone et du volcan
Tu jeûnes, tu geins, tu gis,
Survis
Entre deux gouffres
Tu souffres
Des blessures d’antan
D’absences et de silences coupables
Capables d’indifférences complices

Mais que tu es belle ma perle
Chère à mon âme en flammes
Chair de ma chair
Sang de mon sang
Bon sang
Respire !
AYITI, respire
Respire !
Respire et relève-toi ma perle
Relève-toi et marche
Encre inestimable de ma plume respire et parle-nous
Parle-nous et marche avec nous
Vers ce soleil ardent
Cette indépendance
Pour laquelle tes fils
Nos pères sont tombés
Cette indépendance
Pour laquelle tes filles
Nos mères ont tant sacrifié
"AYITI CHERIE"
Ne me quitte pas
Tiens bon
Reste avec moi
Donne-moi ta main
Et raconte-moi toujours ton histoire
Notre histoire
Mienne
Noire ébène et belle
Tragiquement belle de grandeur
AYITI CHERIE
Donne-moi la main
Ensemble (re) dessinons demain
Et "les contours
Du jour qui vient" toujours
Après la nuit

Assis sur le toit du tout-monde
Ou sur les bords du fleuve Wouri
Je rêve de toi
Je rêve pour toi
De lendemains qui slament et chantent
La beauté de ton ciel bleu
Et des étés infinis

Gwo ka, Bèlè, Djembé, Radà, Tams-tams ensemble résonnent
Pour réveiller le soleil !

Vite, vite écrire
Porté par le vent
Qui parfois me souffle mes fables
Vite, vite écrire
Pour tutoyer les dieux
Questionner les cieux
Et leur demander POURQUOI
Vite, vite écrire
Pour partager des vœux
Transmettre notre foi
Car nous portons la même croix
Ensemble réveillons le soleil !

Le soleil…
La nuit, parfois éclipse le soleil…
La nuit tombe sur AYITI
Mais je respire encore
Toi aussi
Perle des Antilles…
Tu respires encore
Donc tu vis
AYITI !
AYITI !
Tu respires encore
DONC TU VIS !

AYITI !

AYITI m’aspire
AYITI m’inspire

AYITI respire

AYITI en moi vit
AYITI peint
AYITI chante
AYITI crie
AYITI vit
(Sa pa vu à la tivi)

Mais AYITI vit
Ile cruelle
Meurtrie dans ta terre
AYITI
AYITI ma perle
Ma belle
Relève-toi chérie

Je sais
Il fait noir
Il fait froid
Mais ne tremble plus
Notre union fait notre force
Relève-toi
Prends appui sur moi
Et marche à nouveau

Marchons ensemble
Vers LA VIE…

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rédaction

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5 comments

  1. PV

    Chère Rédaction libre, et critique,
    je ne vois pas bien pourquoi recopier sur votre site ce texte à mon avis en effet un peu court – je veux dire d’un point de vue poétique (et même po-éthique d’ailleurs) – si, comme vous l’écrivez, les textes de ce genre « n’existent que par leur actualisation sur scène ».
    Bien cordialement,

  2. Fabrice Thumerel

    Cher Pierre,
    J’attendais ce genre de réaction, elle n’a pas tardé…
    Quelques remarques :
    1. ce texte vient en « illustration » d’une actualité ;
    2. puisque nous sommes libres et critiques, nous nous devons d’être ouverts à divers types de textes diversement critiques ;
    3. est-ce parce qu’un texte de théâtre n’existe que par son actualisation sur scène que vous ne le lisez pas ?
    4. les meilleurs textes de slam (Marc Alexandre, Julien Delmaire) sont sans doute moins ennuyeux et, dans leur genre, moins insignifiants que bon nombre de textes prétentieusement « poétiques »…
    Voilà donc les quelques raisons qui nous ont fait sortir du giron des poésies expérimentales… (Mais rassurez-vous, cela restera exceptionnel !).
    A vous lire,
    amitiés littéraires

  3. PV

    Merci cher Fabrice,
    1. Vous voulez dire, un peu comme une photo ?
    2. Si c’est une illustration ce n’est pas un texte. Avez-vous des devoirs envers les illustrations ?
    3. Je le lis s’il existe par ailleurs, comme texte – mais ce n’est pas toujours le cas. Prenez les pièces de Marcel Marceau par exemple.
    4. Je ne connais pas Marc Alexandre (mais aime beaucoup Julien Delmaire dont les textes me semblent bien supérieurs ; je citerai aussi volontiers D’ de Kabal ou Abd El Haq) et vous accorde que beaucoup de textes, prétentieusement poétiques ou humblement poéthiques, expérimentalement prosaïques ou traditionnellement ïambiques, sont ennuyeux. Mais je ne vois pas le rapport.
    Qu’importe après tout ? C’est vous qui avez raison. Passons.
    Dîtes-moi, vous avez lu le Courtois, ça à l’air fabuleux ce livre, vous allez en parler ?
    Amicalement,
    Pierre.

  4. Capitaine Alexandre

    « Ecrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture. » Jean COCTEAU

    « Gloire à tous ceux-là qui de leurs cris tissent les feux de l’aube. Est poète qui rêve d’en faire partie. » FRANKETIENNE

    « La justice écoute aux portes de la beauté » Aimé CESAIRE

    Alors qu’on nous laisse rêver, rêver et vivre, vivre et écrire JUSTE, juste écrire et vivre, par amour, en réaction au monde et en secrète connivence avec le temps qui passe, qui lasse, qui casse..
    Cher Pierre
    Le soin d’écrire au goût des autres travestirait à lui seul mon caractère, et lui ôterait, ainsi qu’à mon style, sa simplicité et ses « laideurs ». Mais quelle erreur ce serait. Sachez qu’il m’a fallu 400 ans pour apprendre à écrire sans emphase, et que pour moi l’essence-ciel est ailleurs. Depuis, que je pousse des cris silencieux ou que je fasse claquer mes mots, je connais et accepte la contradiction, l’invective juste ou injuste, le reproche mérité ou non, mais je n’en fais pas affaire d’état d’âme car la critique nourrit, mais elle me rappelle aussi que finalement le rapport à l’art – à supposer que je sois un artiste- n’est que subjectivité pure et histoire de sensibilité.
    Et il me semble, mais je peux me tromper, qu’aucune sensibilité ne saurait être supérieure, à une autre différente.
    J’ai toujours considéré ma plume comme pyromane, comme une « arme miraculeuse » pour citer CESAIRE tant aimé, et le feu qui me brûle quand j’écris ne s’embarrasse ni des formes, ni des couleurs, ni de la syntaxe, ni des normes esthétiques traditionnelles. Je ne concours donc pas à un titre de « meilleur slameur » ou de « meilleur poète », d’ailleurs à vous lire j’aurais perdu d’avance (rires). Je me contente de me hâter lentement vers cette région du monde dont je rêve depuis toujours, où les poètes sont d’abord des hommes, humains par essence, humains par existence, humains par excellence.
    Sachez donc, le texte dont vous avez préjugé l’esthétique, et je vous remercie de l’attention que vous m’avez porté, n’est pas un poème, au sens où vous l’entendez bien entendu. C’est une lettre ouverte, un cri, un hymne que je chante et chanterai encore, la main tendue d’un jeune auteur par amour à des amis très proches et des « frères humains » d’AYITI.

    « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. » Aimé CESAIRE

    Je serai samedi 20 février au Faubourg des Musiques à Lille (voir affiche), encore acteur, au service de mes idéaux et convictions, entre mes promesses d’homme (essayer d’être utile aux autres) et mon devoir de poète, et pardon si je n’en suis pas (je veux juste écrire, écrire juste, comme d’autres plantent des arbres, pour ne pas vivre inutile).

    Et à cette ligne je ne peux m’empêcher de penser à une mère veilleuse, merveilleuse femme de lettres qui m’a transmis l’amour des mots et qui m’a dit ceci un jour d’été infini: « il importe plus de vivre comme un poète, que d’écrire comme tel ».

    Maman j’essaye, j’essaye..

    Marc Alexandre OHO BAMBE

    Merci à Fabrice THUMEREL d’avoir pensé, peut-être injustement, que cette lettre avait sa place dans votre monde intellectuel, et que ce site de libre critique pouvait faire passer d’un monde à l’autre, une information invitant chacun à sortir de sa tour d’ivoire pour participer en actes ou en pensées, à un geste de solidarité et fraternité envers AYITI et auquel nous convions chaleureusement, hommes et femmes de lettres et de culture savante, hommes et femmes incultes barbares -comme moi- ne sachant rien mais curieux de tout, hommes et femmes, êtres humains profondément, simplement, po-éthiquement.

  5. Fabrice Thumerel

    Tu sais très bien, cher MarcO, que tu appartiens à la culture lettrée !
    Rien à redire à ta réponse. Juste ceci : moi que l’on dit souvent « hard to please », antilyrique, je retrouve dans tes dits en paroles et en musique ce quelque chose qui me transporte – rarement…

    Car, cher Pierre, poésie orale = performance = texte + sa mise en voix… Essayez, assistez à l’une des soirées du groupe… vous verrez ! (Au reste, ils se sont déjà produits avec Julien Delmaire).
    Loin de moi, donc, la volonté d’avoir raison ; je voulais juste inviter les gens à voir/entendre un texte de slam lors d’une soirée un peu spéciale quand même…
    Ce faisant, je crois être en accord avec les travaux de mon centre de recherches sur les formes populaires, avec l’intérêt de LIBR-CRITIQUE pour les contestations et les langues mineures, pour les avant-gardes également – qui se sont toujours nourries aux sources des littératures non officielles…
    Mais, oui, passons : je vous sais être un esprit ouvert.

    Pour ce qui est du Courtois, non je n’ai pas encore eu le temps (beaucoup d’excellents livres à lire-analyser ces temps-ci, comme les deux derniers Courtoux, iconoclastes également ; JUSQU’AU BONHEUR de Patrick Varetz ; les OEUVRES COMPLÈTES de B. Noël ; les deux derniers numéros de la revue deleuzienne CHIMÈRES…) – mais si vous souhaitez en parler, vous savez que vous êtes toujours le bienvenu.
    Amitiés littéraires
    Fabrice

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