[Revue] TINA n° 2

[Revue] TINA n° 2

février 6, 2009
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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TINA. There is no alternative. Littératures, éditions è®e, n° 2, 20 janvier 2009, 192 pages, 10 €, ISBN : 978-2-915453-49-2.

Comme la première livraison de cette revue dont le comité regroupe des écrivains plutôt confirmés, y compris les plus jeunes (Eric Arlix, Chloé Delaume, Hugues Jallon, Dominiq Jenvrey, Emily King, Jean-Charles Massera, Émilie Notéris, Jean Perrier et Guy Tournaye), la seconde – tout aussi intéressante – comporte, à la suite d’un édito choc, trois sections : "Fictions", "Dossier" (ici, "Décryptages") et "Veille".

On n’insistera jamais assez sur l’importance des indices matériques (Philippe Castellin) : adoptant un format proche de celui d’Inculte, TINA vous accompagne partout, toujours à portée de main, ne serait-ce que dans votre poche de jean ; qui plus est, avec sa couverture lissée qui arbore des couleurs fluorescentes et une esthétique new design, elle ne saurait passer inaperçue ; et lorsque vous la feuilletez, son logo – une silhouette féminine – ne peut que vous séduire. Quant à son graphisme, il vous renvoie à votre contemporanéité : de l’univers citadin (mur d’affiches en couverture) à l’univers technologique (reproduction de machine à la page 76) vogue l’imaginaire.

Tout aussi crucial, le péritexte situe TINA dans une ligne offensive : illustrant le titre combatif, l’édito de ce numéro 2 se présente encore sous la forme d’une litanie : à la suite des constats qui constituaient autant de postulats ("Notons que…", n° 1), voici une série d’oppositions à l’air du temps introduits par la formule familière "Quand même." Un exemple de notation critique : « Quand même ça donne des frissons l’intégration de la "Direction du Livre et de la Lecture" à la "Direction générale du développement des médias et de l’économie culturelle" » (6). Pour TINA, il n’y a donc d’autre issue que "d’entrer en résistance dans un monde qui fondamentalement s’en fout" en proposant ce que l’on pourrait appeler, pour faire écho au premier éditorial, un OLTT (Objet Littéraire Tout Terrain) – appellation qui offre également une résistance à la nouvelle doxa du tout-numérique.

Le titre même du dossier central vaut pour l’ensemble du triptyque : à sa façon, chacun des textes recueillis dans ce numéro, quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient (fictions, entretiens, réflexions ou comptes rendus), décrypte notre monde : l’espace du dedans, les nouvelles mœurs sexuelles, les microcosmes artistiques, numériques, littéraires, médiatiques ou universitaires.

Côté fictions, on retiendra les jeux de miroirs ontologiques de Gaëlle Obiégly dans "Ma vie d’homme" ; l’irrésistible – parce qu’on ne peut plus distancié – "petit traité d’éducation lubrique" de Lydie Salvayre ; le montage critique d’Adeline Grais-Cernéa à partir de prélèvements de discours télévisuels ("Telector").

Très critique également s’avère la vision des sphères éditoriale et artistique qui ressort du dossier proprement dit. On notera tout d’abord la condamnation sans appel que profère dans l’interview liminaire un agent littéraire anonyme : "A force de se comporter comme de simples imprimeurs, débitant les livres à la chaîne sans assurer de réel travail de sélection et de promotion, les éditeurs ont d’une certaine manière scié la branche sur laquelle ils étaient assis depuis des décennies" (84). Par le biais de recommandations ironiques ou d’un récit atypique illustré de schémas se trouve ensuite remis en question l’emprise du marketing sur l’espace esthétique : Benchmarking TINA, "Le management de la littérature durable" ; Associates consulting, "Réussir en art grâce aux méthodes du consulting". Par ailleurs, TINA enferme malicieusement huit livres sélectionnés pour les prix littéraires 2008 dans la toile hexagonale constituée par les critères suivants : "originalité du sujet", "travail sur la langue", "inscription dans l’histoire littéraire", capacité à absorber le lecteur", "capacité à divertir" et "rapport au réel". Bertrand Gervais, lui, analyse les principes esthétiques du cyberespace : rhizome, fugacité, oubli, hétérogénéité, hybridité, flux… Enfin, l’université n’échappe pas à l’actuel chaos culturel : dans "Classe-toi pauvre con !", Vincent Bourdeau s’attaque à ce mal anglo-saxon qui, importé par la volonté présidentielle, vient scléroser notre recherche universitaire ; le rendement et la tactique primant désormais, tout chercheur normalement constitué n’aura de cesse que de produire toujours plus dans des revues classées "A", au détriment de travaux plus originaux ou au plus long cours…

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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4 comments

  1. the troop

    Tina où le vide époquale qui fait littérature. Et dire qu’ils se prennent pour une nouvelle avant-garde !!! C’est pas en publiant des extraits de livres qui se publieront chez gallimard, pol, seuil, etc. qu’on peut se prétendre nouvelle avant-garde. En fait, TINA, c’est le laboratoiré expé de la littérature de grande consomation (sic)..

  2. arlix

    chez gallimard comme chez pol, le seuil, bref les grandes maisons, il y a, bien sûr, quand même, encore quelques livres incontournables, heureusement, mais à relire les sommaires des numéros 1,2,3 de Tina il me semble que nous publions, parlons d’autres auteurs, d’autres aventures éditoriales et d’autres formes textes. vous avez dû sauter plusieurs pages.
    e.a
    è®e

  3. Fabrice Thumerel (author)

    Objectivement, je trouve ce jugement de « the troop » bien injuste et à l’emporte-pièce…
    Je persiste : il faut lire TINA !

  4. rédaction

    The troop : troll, une nouvelle fois, une forme de critique gratuite, qui à mon avis ne s’appuie pas même sur la lecture du numéro.
    Le numéro 2, en dehors des pistes d’écriture qui sont montrées avec pertinence, poursuit notamment l’analyse de champ, inaugurée dans le numéro 1 comme le rappelait Fabrice dans sa chronique. Je ne peux que conseiller à troop, de lire l’interview de Lydie Salvayre avec Chloé Delaume, éclairant sur la question du style, du rapport entre expérimentation et clacissisme. De même l’article de Vincent Bourdeau sur les classements des universités et des scientifiques est très éclairant et met en perspective avec pertinence le nivellement vers le bas provoqué par ce classement et d’autre part le rejet conséquent de certaines formes de recherche.
    Ce qui est bien quand on laisse passer un commentaire de troll, c’est de percevoir le niveau de bêtise entretenu par certains et delà de saisir d’autant mieux l’urgence à poursuivre nos propres horizons.

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