[TEXTE] DRUMS & GUNS de Pierre Ménard

[TEXTE] DRUMS & GUNS de Pierre Ménard

septembre 11, 2007
in Category: créations, UNE
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menard-drum.jpg SPIELTRIEB
J’ai vécu trop longtemps. Je suis confus, dit le vieillard. Nous vivons et voilà tout. De moins en moins. Tout en plus et pire. Ca va vite, cette parole qui dit tu, de l’un à l’autre. D’une silhouette à l’autre. Qui parle de solitude ? Un travail en amont qui appelle un effacement. C’est comme des copeaux. J’ai beaucoup aimé les copeaux. C’est le lieu du combat qui déchire. Pour ces esprits fatigués de tout, reste alors l’instinct du jeu, l’ultime forme possible de notre existence. Parle parle parle que je contemple ta voix. Rien entre les dents, rien sous la paupière, vers l’intérieur, rien rétine ouverte, rouge arraché. Nous ne sommes pas loin s’en faut. Ne leur donne pas davantage prise, cela se comprend.Dresser la liste de ses ennemis. La vie s’appuie dans les formes. Chaque chose à la lumière du jour se voile à l’idée que la rue, si ce n’est sa présence, est déserte. Quelque chose de pareil et pourtant chaque forme tournée dans un tourment singulier. Vider ses poches. Le lit est gonflé de peluches. La vie s’appuie dans les formes. Jouer c’est provoquer l’inattendu, une affaire de fêlés, et parfois la fêlure donne de sacrées surprises. Penser à un ami à qui on ne pense pas assez. Dessiner des soleils. Ainsi nous naviguions parfois sans le dire.

Un truc simple, intelligible et drôle. Un fond sonore mais pas exactement. Car je n’ai mal que quand je respire, tu vois. Tout est là. Malheureusement chacun d’entre nous n’a pouvoir que de parler son seul langage. A quoi bon vouloir être un autre qui nous fascine par ses mots ? Ce qui est censé se passer, se dérouler, se jouer en nous. Je m’éveille brusquement agrandi ou dans un puits, jeté dans le monde parmi les autres sans le secours de ce qui n’existe. Avec juste ce qu’il faut de clin d’œil au canular pour payer de mine. C’est beaucoup de choses l’émotion, l’émeute, le mauve accentué autour du tilleul. Quelque chose qui fait corps avec notre fragilité essentielle. C’est si beau une page blanche.
LIFE IN CARTOON MOTION
Aujourd’hui on rencontre une réelle frilosité, car on est dans la proximité. Ce qui vient dans ce qui s’en va. Ce qui s’éloigne dans ce qui s’approche. Si nous avions su d’abord que c’était cela que nous étions venus voir, peut-être ne nous serions-nous pas mis en route. Ensuite, la pureté de l’air. Pour nous abandonner à nos seules suppositions, pensées fragmentaires et particularités imaginées ? Sans compter les images qui en dérivent comme celle, à peine voilée, du tumulus de terre. Ne s’y abîmera pas mais c’est rare. Or, paradoxalement, cette part vécue est à l’origine de la part d’invention et d’imaginaire du texte. Tandis que / alors. Comment mieux définir notre angoisse devant cette solitude insupportable, ce silence déchirant ? Une étonnante simultanéité. Comme elle est douce la pierre qu’il a pour oreiller. C’est d’autant mieux que les mouvements et les gestes intriguent. Tout est là, simplement. Et c’est là où je me perds. Depuis longtemps, je n’essaie plus de savoir ce que je cherche.

Le principe du jeu est très simple. L’importance du regard face à l’ordre apparent des choses. Question de point de vue, de découpe, d’échelles, j’en passe et des meilleures. On va trop loin dans cette histoire. Être là-bas en même temps qu’ici. Alluvions de visions, d’illusions et d’allusions. Cherchez l’échelle ! Ici autre chose survient dont il reste trace. Ce que l’on ne peut pas dire, il faut le répéter. Les véritables hallucinogènes ce sont les mots. Un ensemble de sillons et de rainures. Forme et chaos restent distincts. C’est la vitesse, le décalage permanents. Il est là, il faut l’admettre. Je ne sais pas, quand je comprends, mais ça fait passer le présent comme un courant. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier. Un seul élément étrange suffit à faire une bonne histoire.

Les zones de tensions. Tout une exploration. On leur donne un lieu et les images se forment. Avec ou sans personne. On dérive. On cherche quand même encore un instant. Là-bas, à domicile. Sa manière à lui de nous faire embarquer, son approche singulière, faire semblant de ne pas en faire partie. C’est peut-être de lui-même qu’il s’agit, ainsi se construisent les indices, un moteur, pour mieux les voir à nouveau. On leur donne au moins. Rien ne se perd, tout se transforme. Avec ou sans personne. Un courant continu. C’est peut-être quelque chose qu’on attend. Chaque artiste a son approche singulière. Les voir à nouveau, étrange satisfaction. Faire semblant de ne pas en faire partie. Je garde les yeux bandés. Les repères se métamorphosent, se recomposent. Ils prennent la pose, nous tournent le dos. On finit par se perdre dans le pays lointain qui les entoure. Les pistes sont brouillées. On est ailleurs, on cherche quand même, pas bien à leurs places. Et l’histoire continue.

Pierre Ménard

……….. La version sonore de ce texte est à écouter sur Radio Marelle

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rédaction

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5 comments

  1. dominique quélen

    Ca me plaît bien, cher Pierre, que vous ayez piqué deux trois phrases à mon texte (et d’autres ailleurs). Les voilà très à leur aise dans votre texte, je trouve. Empruntons, brassons – voilà qui nous ramène à l’affaire Laurens/Darieussecq dont vous parlez sur votre blog et dont j’ai lu et vous aussi des choses intéressantes sur le site de Léo Scheer. La remarque d’Anne-Marie Garat, qu’est-elle sinon frappée, et où, au coin, au coin de quoi, mais du bon sens : sujet qui devrait être de réflexion et non de polémique, bien sûr…

  2. Pierre Ménard

    « On sait que les écrivains, des plus grands aux plus médiocres, recyclent à l’infini l’immémorial de la littérature, font leur miel et leur merde du fonds commun, les cimetières sont dévalisés, enchantés, profanés, et les morts ne protestent pas qu’on visite leur tombe. Les vivants parfois ; c’est qu’ils ne sont pas morts. Ils s’émeuvent, à tort, évidemment : ils ne sont propriétaires de rien, à peine de leur vie, surtout pas du langage dont ils l’instruisent. L’art est vol, cambriolage royal, dépeçage, équarrissage barbare. Là où cela devient litigieux, c’est ce que font les cambrioleurs de leur rapt. Entre Picasso visitant les Ménines et le faiseur du coin qui copie, laborieux, la différence est visible. Mais avec l’habile, le roué, qui sait la valeur marchande du recyclage bien habillé, l’imposture est plus délicate à signaler. »

    Unanimes, par Anne-Marie Garat, sur le blog des éditions Léo Scheer :

    http://www.leoscheer.com/blog/2007/09/13/146-anne-marie-garat-dossier-rl33

  3. dominique quélen

    Si « personne ne peut corriger le livre d’un autre : un livre est un organisme » (Flaubert, correspondance), en revanche, on peut s’en inspirer, l’utiliser, le citer, le détourner, s’en imprégner, etc. Faisons donc sans nous priver. Et de toute manière, comme on sait, « nous ne faisons que nous entregloser »…

  4. rédaction (author)

    L’un des mérites de cette discussion ouvert par le texte de Camille Laurens tient bien à revenir sur cette question du rapport que nous avons au texte de l’autre. Dimanche 16 septembre nous parlerons de cette affaire Darrieussecq/ Laurens, et ce sera l’occasion aussi de revenir tout aussi bien sur les analyses de Danto et du Don Quichotte de Borgès, du Cut’UP, mais aussi de plagiats plus avérés comme celui d’Ardisson dont j’ai revue l’analyse télévisé hier soir. Aussi à découvrir de Philippe Di Folco Les grandes impostures littéraires.

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