[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China, 12 juillet 2012

[Texte] Marc Perrin, Spinoza in China, 12 juillet 2012

juillet 12, 2012
in Category: créations, UNE
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Après Avoir lieu 2011, nous sommes heureux de lancer une nouvelle série de Marc Perrin, dont voici la deuxième livraison. [Lire la première]

 

 

 

 

 

 

Le voyage en Chine commence aujourd’hui. 12 juillet 2012.

 

Fulgurance mémoire. Six mois plus tôt. 12 janvier. Tgv Nantes direction Paris. Spinoza. Articule esquisse une sentence du type cinéma = art du peuple. Puis, mémoire = peuplement de la vie.

 

12 juillet 2012. Aujourd’hui. Spinoza relie Holy Motors à Cheval de Turin dans tgv Nantes Paris, départ : 19h30, arrivée : 21h42, Spinoza : articule : ‘‘la soi-disant mort du cinéma, la soi-disant disparition de la lumière : produisent encore des objets en dialogue avec phrase inachevée|1. Quant à cette ligne d’horizon, longtemps nommée impossible – épine dorsale, frémissements – Spinoza la regarde et l’appelle : ma chance – n’est pas la mienne seule : est voie vivante non seule = seule voie pour qu’elle puisse être.

 

Un mois plus tôt. 11 juin 2012 à 20h11. Spinoza. Vide la bouteille de Gentiane et sort de chez lui. Titubant. Conduisant au mieux qu’il peut son vélo à roulettes. Spinoza, maîtrisant la conduite à roulettes au mieux, rejoint le chapiteau installé depuis 3 jours sur le cours Saint-Pierre. Nantes. Spinoza, maîtrisant la titube à roulettes, au mieux : entre dans le chapiteau, cherche une place dans les gradins, s’assoit entre Cindy Sherman et Xixixic comment s’appelle-t-elle son nom quel est son nom l’ai-je déjà rencontrée / problème mémoire. Spinoza. Assis. Réajuste les pièces d’une machine mentale pas franchement terminée qu’il espère bientôt compatible avec le monde dans lequel il vit le monde / dans lequel il espère pouvoir enfin bientôt vivre et assiste à quelque chose comme un spectacle de cirque c’est quoi ce c’est ? Réponse. Spinoza n’y voit rien d’autre qu’un jeu de manipulations physique, et mentale, oui entre deux hommes et une femme l’un physique l’un mental et l’autre femme. N’y voit rien d’autre et pense : quelque chose cloche. Puis. Spinoza, Cindy Sherman et Xixixic, continuent la soirée dans un bar. Spinoza – probablement 2 ou 3 ou 4 ou 5 heures plus tard – titubant, dans les escaliers – pente descendante, premières lueurs du matin au bout du bras gauche en traversant les murs – titubant, Spinoza dans les escaliers d’un immeuble de type haussmannien mais pas trop pense-t-il rejoint son vélo à roulettes attaché au chapiteau du cirque. Là, Spinoza détache le vélo, grimpe dessus. Tombe. Choc à l’angle d’un trottoir. Colonne vertébrale pas loin frémissements Spinoza passe à côté de la chaise roulante.

 

Novembre 1989. Spinoza passe à côté de la mort [1]. Dans une rue de Berlin, ivre, tandis qu’ailleurs on abat le mur séparant la ville en deux, Spinoza roule à vive allure et perd le contrôle de son véhicule dans un virage. Il écrit : nous finissions la bouteille de Vodka, Peter Stein et moi, en écoutant un mauvais disque de Wim Mertens. La voiture glissait comme il fallait dans un champ détrempé. Nous avons pris la route pour rejoindre Berlin. En entrant dans la ville les immeubles étaient comme des arbres = la ville était devenue une forêt. Peter Stein a mis sa ceinture de sécurité au bon moment. Je n’ai pas vu le virage arriver. J’ai braqué ou contre-braqué, je ne sais plus, j’ai brisé la ligne courbe et dans la vitesse la voiture est partie en tonneaux. Dans la forêt, à cet endroit précis de la forêt, un pré d’herbe verte s’ouvrait. Chance. 5 tonneaux dans le pré à la place du fracas contre les arbres. Voiture pliée. Spinoza et Peter Stein attachés par leur ceinture. Vivants. Fin du récit.

 

Décembre 1995. Spinoza passe à côté de la mort [2]. Sur la corniche étroite d’un immeuble parisien, entre 2 fenêtres, au 6° étage, Spinoza, ivre, déclare son soutien aux grévistes de la gare de Lyon et ponctue chaque pas de son avancée d’une fenêtre vers l’autre par un regard vers le sol 6 étages plus bas. Il rejoint la deuxième fenêtre. Ses amis lui foutent une ou deux baffes. Puis il se sert un verre. Vodka. Probable. Vers 4 heures du matin, avec les derniers de la fête, il danse sur Turtle Dream de Meridith Monk. Ou sur un passage de Turandot. Puccini. Ou. Sur Le bateau ivre Ferré Rimbaud. À moins qu’il n’ait passé sa robe rose, et qu’il ne danse alors sur Barbie girl – version Axel Boys Quartet. Vivant comme il peut.

 

Mars 2003. Spinoza passe à coté de la mort [3]. Tandis que l’opération Iraqi Freedom vient d’être déclenchée, Spinoza marche dans la rue de Budapest, à Nantes, avec Hélène de Troie. Ils sortent tous les 2 d’une projection de L’Homme sans passé de Aki Kaurismaki. Ils marchent dans la rue de Budapest. C’est la nuit. Un éclat de leur rire réveille un homme qui dort dans la rue. L’homme sort un couteau de sa poche et se jette sur eux. Un homme, dont un seul coup de couteau suffit à calmer la nécessité de frapper. Il frappe Spinoza au mollet gauche. C’est tout. Spinoza + Hélène de Troie sont vivants. Un texte étrangement titré ‘‘janvier 2005’’ est publié dans le n°3 de la revue Du nerf.

 

12 juillet 2012. Spinoza. Classe les dernières notes des années d’hiver.

 

1980. En chinois, la syllabe ‘ma’ selon le ton qu’on lui donne signifie maman, chanvre, cheval, ou injurier.

 

1981. Măi : signifie acheter. Mài : signifie vendre.

 

1982. Laisse-toi un peu envahir par l’émotion. Laisse faire, laisse agir le problème qui survient, mais détache-le, détache-le bien de toi. Qu’il ne prenne pas le pou-pou-pou le, le, le, le pou. Voir. Sur toi. Laisse-le. Laisse-le déployer sa puissance. N’entre pas dans son mouvement. Ne panique pas. ça va : ça va bien se passer. Ne lui donne pas le mouvement de la panique. Transforme les négations en affirmations. Regarde ce qui arrive, ce qui surgit, ce qui est là. Etc. Prends ton temps. ‘‘Se construire une temporalité propre’’ + ‘la solution passe par l’action’ = ce que tu participes à mettre en branle phrase inachevée|2.

 

1983. Le sentiment, le senti, le ressenti, la sensation. C’est par là que va se produire – et ne compte pas faire ça tout seul, j’espère que tu commences à comprendre – la réappropriation des choses, la réappropriation, du cours des choses. Quel est ce corps en cours de formation ?

 

1984. Ne reste pas là sans rien faire. Ne te laisse pas envahir. Laisse-toi. Laisse-toi envahir. Cesse de penser en termes d’invasion. Réapproprie-toi le cours des choses. Par l’action. Par l’acceptation de l’a        gencement des actions. Par l’interpénétration des        agencements des actions.

 

1985. Enchaînement : surgissement de l’inconnu -> surprise -> suspension de l’action -> reprise de l’action.

 

[…]

 

1988. Surprise = tu avais une image en tête et soudain un corps sans correspondance avec l’image en tête se tient face à ton corps et tu dois vivre avec = pas tout seul dans ta toute petite tête.

 

1989. Stupeur = tu n’avais aucune image en tête = tu étais dans tout seul dans ta toute petite ta tête sans image ET un corps soudain se tient face à ton corps ET tu dois vivre avec = PAS DU TOUT tout seul dans ta toute petite.

 

2012. Le train arrive en gare à Montparnasse. 21h42. 12 juillet. Le voyage commence maintenant.

 

Il a. Déjà commencé. Il y a 2 semaines. Il y a 6 mois. Il y a 23 ans. Il y a 44 ans. Il y a 2085 années. Il y a.

 

 

— Il y a le choix entre l’action

et l’inaction l’action donne

la force organise

ce que nous ne pourrions imaginer

 

tout s’apprend y compris ne pas déguerpir.*

 

 

 

 

 

* Oscarine Bosquet

 

 

 

 

 

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rédaction

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1 comment

  1. Olivier Bardoul

    – Tu n’as donc rien abandonné, même pas l’abandon, adonné à l’écriture… alors, ok, prends le train suivant et nous te suivrons.

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