[Texte] Mustapha BENFODIL,

[Texte] Mustapha BENFODIL, « Octobre, novembre, décombres »

décembre 2, 2009
in Category: créations, UNE
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Alors que sa pièce Clandestinopolis (2006) vient d’être jouée à Paris le week-end dernier (compagnie A l’Affût, la Poterne des Peupliers, 75013 Paris), à l’occasion de la commémoration des événements du 5 octobre 1988, le rêveulutionnaire Mustapha Benfodil – dont nous avons déjà publié une nouvelle et un manifeste – a lu et fait circuler un poème d’une grande puissance critique que nous sommes heureux de publier ici.

Octobre, novembre, décombres

 

Mustapha Benfodil

Eruption de colère à Alger
La baie tremble
La rue déborde sur les trottoirs et les souks-el-fellah
La rumeur tisonnée roule sur la ville
La rue enfle, véhémente
La plèbe sourd des égouts
La rue étale son pus libertaire
La lave des chômeurs coule dans la ville
Et emporte les commissariats

Un casque vise une casquette
La visière à l’envers
Le même ouvre sa braguette
Et asperge la vieille garde
De sa verge insolente
Avec le salut militaire

Le vent souffle, rugissant
Sur les collines insoumises
L’éveil intempestif
Arrache trois lettres menottées
A l’arbre tutélaire

F
L
N

Déchiquetée la feuille de vigne
La nation est nue

On a déboulonné le Maqam [1]

Haq Allah Madame !
["Je vous le jure, Madame !"]
Ketchaoua chausse des Stan Smith

Serkadji [2] a porté Soustara sur ses épaules
De la Casbah à Bab-el-Oued

En scandant Vive Mouloudia ! [3]

Nous avons jeté Chadli à la mer
Et ses blagues aux poissons

Nous avons réinventé le scrabble
Un nouveau jeu de barjots
Où tous les mots donnent "Liberté"

F   L   N

N   F   L

L   N   F

Front de Libération des Coquelicots

TATATATATATATATATATATA

Fuyez les gars !
La tyrannie revient en rafales
Une colonne de vers d’acier marche sur le macadam
En broyant les sarments de jasmin
Et les glycines de Saint-Eugène

Sénac pleure
Camus a peur
El Anka s’incline
Bachir Hadj Ali balance ses poèmes de prison
Kateb harangue les garnements
On a occupé Sahat Echouhada
On a scandé Qassaman
Sur une musique de Amar Ezzahi
Et des paroles de Lounès Matoub
Au son rougeoyant du serment d’Octobre

La mer est rouge ce soir
Le môle est jonché de mouettes mortes
Novembre a écrasé Octobre
Et décrété la loi martiale
Nous décrétons la loi nuptiale
Pour l’Alliance du Fiel et du Feu
Contre tous les vers de fer
Et les pachas de droit mafieux

Rentrez satrapes vos triques phalliques
Et vos chairs à canon

La liberté est une maladie courageuse
dont nous sommes tous atteints !

 

[1] Obélisque totémique trônant sur les hauteurs d’Alger.

[2] Serkadji : sinistre pénitencier de la Haute-Casbah, anciennement Barberousse.

[3] Le Mouloudia d’Alger ou MCA, le club de foot le plus populaire d’Alger.

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rédaction

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