[Texte] Mustapha BENFODIL, <strong><em>XZIVAWRUZZZZZZ</strong></em> <em>(Meta Corps)</em>

[Texte] Mustapha BENFODIL, XZIVAWRUZZZZZZ (Meta Corps)

octobre 23, 2009
in Category: créations, UNE
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Dans un pays où les "auteurs de mots" sont assimilés à des "fauteurs de troubles", soutenu par son éditeur Barzakh et le quotidien El Watan (Alger), l’écrivain et journaliste Mustapha Benfodil (1968) défend la liberté d’expression, prône un "théâtre-commando" et pratique des "lectures sauvages." Fin août dernier, l’auteur de Paris-Alger, classe enfer (2004) et de Clandestinopolis (2006) est interpellé manu militari pour une lecture sans autorisation de sa pièce Les Borgnes ou le Colonialisme intérieur brut (2009).
Voici la dernière partie (lire la deuxième) d’une nouvelle dans laquelle le processus de cancérisation affecte non seulement le corps et la psyché, mais aussi le corps social.

Je ne dors plus depuis Walid et sa poignée de main squelettique ; légume indolent comme mon grand-père enterré dans le cimetière familial pour donner d’autres légumes ; prolifération de légumes tutélaires qui vont nous manger vivants. Prolifération de mon délire paranoïaque. Mon cerveau est atteint. Je dis n’importe quoi. J’écris n’importe quoi. Je suis le dernier des Mohicans. Le dernier corps sain. Ah, que j’aimerais planter mes cellules saines partout ! Greffe d’ADN. Guéri soit le monde qui court à sa perte en dévorant tout sur son passage.

J’allume la télé. Je règle ma zapette sur le Clasico. Barça-Real Madrid. J’éteins. Je rallume. Je rééteins. J’ai vu un mauvais présage qui m’est parvenu des gradins. Les corps des supporters du Santiago Bernabeu tous meringue. Profusion de linceuls triomphants. J’entends le voisin hurler « Il Y EST ! » Le Barça a marqué. Plus exactement : Puyol a marqué contre son camp. Nuée de maillots blancs qui recouvrent les gradins. La métaphore a gagné. J’allume, j’éteins, mauvais présage, je ne suis pas une meringue. Je ne suis pas meringue, d’ailleurs. Volontiers blaugrana. Real signifie Royal et je suis républicain. Mais républicain signifie prolifération du peuple, non, je mentais. Je suis monarchiste, et la prolifération du texte, des mots, et des anticorps, j’en ai rien à foutre ! Paranoïa. J’étais accusé de paranoïa. Il pleuvait sur Alger et je voyais les larmes partout. Et la pluie exciter les herbes folles qui envahirent la pelouse jusqu’au stade terminal de la joute footeuse. Démultiplication fébrile de la tristesse au-dessus de mon corps enseveli sous le tissu pathologique jeté sur moi comme un linceul sale par le Démon. J’ai récupéré un paquet de cigarettes pourri jeté dans la poubelle et j’ai décidé de fumer jusqu’à la lie J’ai une angine Rien à battre J’ai le sang mauvais ce matin le café est infect et il fait un temps maussade Le port est mort La baie est grise Alger a la même couleur de moral que moi Xzivawaruz de la chkoumoune Prolifération neuronale d’idées folles Ma main se braque Mes doigts se crispent J’ai abusé du qalb ellouz 360 kgs de calories J’ai pris deux sucres de trop ce matin J’ai mis trop de harissa dans une loubia déjà toute rouge d’un douteux concentré de tomate lui-même surchargé de conservateurs et autres agents chimiques plus xzivawruzigènes les uns que les autres Je ne suis pas paranoïaque je ne suis pas hypocondriaque j’ai vraiment mal à la gorge et ma verrue est bien réelle ce que j’ai sous l’aisselle est un ganglion et mon cou me fait mal et mes bourses enflent sans que cela traduise une activité sexuelle intense sauf quand j’abusais de l’hospitalité libidineuse du Village des Carottes ma prostate doit être usée mon sang a tourné mes reins partent en couilles ouille ! J’ai 40 ans je suis rouillé mon corps se disloque de toute part la narration de mon anatomie est une prolifération désordonnée de cellules grasses jalouses et malsaines Je ne contrôle plus rien réaction en chaîne je panique j’ai peur ils partent les uns après les autres Je ne sais pas quelles vermines se disputent mon cadavre en sursis Qu’ils me mangent crus et que les astres se gargarisent de mon âme trouée dans son ascension au ciel et que les étoiles me volent chacune un tantième de ténèbres et que les crapauds et les crapules croassent à la santé de mes excréments et que les hyènes et les loups chantent ma déchéance et que les derviches farceurs rient sur ma tombe et que les asticots pénètrent mes orifices et que les porcs et les sangliers labourent le cimetière profanent ma tombe déterrent mes ossements et que les putes vident leurs règles dans ma fosse et que le système solaire reprenne mes atomes un à un et se désaltère en lapant mon sourire glacial Je ne suis plus qu’un ectoplasme en sursis Je déambule entre les trous des cimetières en me demandant qui aurai-je comme voisin de tombe dans ce curieux hôtel aux morts Ce n’est pas le purgatoire qui me fait peur c’est la nuit La nuit seul là dedans dans le froid calé entre Xzivawruz et Warzen et Azrine au milieu et les scorpions et les démons nocturnes et les serpents lovés sur mes cauchemars et les ténèbres m’enveloppant de la tête aux pieds quand mes fonctions se seront rallumées à la première motte de terre jetée sur ma figure Je n’aime pas les linceuls maman je ne veux pas être langé dans un linceul je ne veux pas même être lavé selon votre rituel pour laveurs voyeurs videurs de selles mortes suceurs de merdes létales Mon ultime toilette je la ferai seul avec la dernière terminaison nerveuse branchée au dernier moignon de la dernière main moite qui se soumettra à mes ordres Me resterait-il un doigt que je me raserai avec me masturberai avec et le brandirai dans la face du néant marchant sur ma chair Une armée de fourmis et de sangsues et de rongeurs et de vers ventriformes de rats rampants de reptiles et autres parasites puisant leur pitance dans ma viande et se repaissant dans le râtelier de mes tripes allez-y bouffez-moi cru et gavez-vous de mes chancres et de mes bleus Que mes médiocres lambeaux agrémentent vos agapes et réjouissent votre palais Je ne me laisse pas intimider par le temps Je suis le maître de cette horloge piégée qui fait tic-tac à l’intérieur de mon cœur et qui scande mes battements règle mon pouls et bat la mesure de mes voies respiratoires Je dépéris à vue de nez d’accord J’ai trop mangé hier avant de m’avachir tel un porc en m’abandonnant dans les bras de Morphée synonyme de quantités de graisses qui vont aggraver mon cholestérol Mes veines je les sens lourdes balourdes bientôt bouchées bétonnées je respire mal je respire en apnée j’ai une surcharge pondérale conséquente et je transpire du gras vilain et dégoulinant de mon corps fondu par le temps et le Xzivawruz qui s’en donne à cœur joie en rongeant mes os et mangeant mes jours D’anniversaire en anniversaire je sens mourir en moi l’orgueil et pousser des doutes nouveaux des peurs de vieux qui se nichent insidieusement entre deux certitudes chassant d’une chiquenaude une lointaine assurance aussi vieille que ma jeunesse Je suis jeune depuis trop longtemps maintenant pour ne pas prendre l’habitude mais mon corps telle l’ardoise de mon estaminet note tout toutes les notes impayées les bilans atermoyés les check-up délaissés les rendez-vous annulés chez le dentiste et les prophylaxies reportées à une alerte ultérieure Mon corps est un greffier intraitable un compteur qui ne manque aucun détail un usurier véreux qui vous prête un an et vous en prend dix comme mon compteur de gaz qui enregistre le moindre ampère de courant et mon prêteur à gage qui s’adjuge de généreuses marges à chaque créance allouée Toute cellule consommée est défalquée tout orgasme et tout chagrin J’ai une lourde ardoise dont je dois à présent m’acquitter auprès du Créancier Suprême j’ai nommé Le Temps qui est le sablier de Dieu que dis-je qui est Dieu Lui-même car Dieu disait ma grand-mère c’est du temps qui s’allonge et c’est ce qui reste dans le sablier quand le sablier lui-même s’est dévidé dans le foutoir du néant Mon corps ne s’est pas tout à fait déchargé le désir irrigue mes veines électrise mes sens Xzivawruz de passion maligne ma passion de W. et mes organes irisés par le désir et bientôt rongés par le texte pathologique de mon bordel narratif JE SOUFFRE JE SOUFFRE JE SOUFFRE DE N’ETRE QUE TON ANTITEXTE ET TON CORPS TROUE JE TROUE MES CELLULES POUR ME PUNIR DE T’AVOIR SURVECU ET LA CULPABILITE METASTASE DANS CHACUNE DE MES PEAUX CE SONT DE DROLES DE TYPES QUI TRAVERSENT LA BRUME AVEC DES PAS D’OISEAUX SOUS L’AILE DES CHANSONS WALID ASSIA LARBI AREZKI HOCINE .L. AMMI BOUALEM KHALED KARIMA ALI MOKRAN RAFIK CHAALAL FERROUDJA TAOS HANANE AKLI AMOR DAHMANE KHADIDJA NANOU SOUAD CHEMSEDDINE ABDELWAHAB LAKHDAR MOKHTARIA FATIMATA BLAHA AHMED REDOUANE LAMIA AREZKI LARBI WALID .L. ASSIA HOCINE AMMI BOUALEM WALID WALID WALID ILS METTENT DES RUBANS AUTOUR DE L’ALPHABET ET SORTENT DANS LA RUE LEURS MOTS POUR PRENDRE L’AIR LA DESOBEISSANCE CIVILE A BIENTOT GAGNE TOUS MES APPAREILS ET TOUS MES MEMBRES VONT A LEUR TOUT ENTRER EN SEDITION AU SERVICE DE L’AFFREUX DEMON XZIVAWRUZ JE ME DESAGREGE JE CRAQUE DE PARTOUT IL ESSENTIEL BIEN NOTER DIFFERENCE ENTRE INCIDENCE XZIVAWRUZ ET MORTALITE. CERTAINS CAS TRES FREQUENTS (PROSTATE) ONT MORTALITE FAIBLE CONTRAIREMENT D’AUTRES PLUS RARES (PANCREAS) QUI MORTALITE ELEVEE L’HISTOIRE DU CHEVAL ÉPEIOS ASSISTE ATHENA CONSTRUISIT TRAQUENARD ULYSSE CONDUISIT ACROPOLE SURCHARGE SOLDATS ALLAIENT PILLER TROIE MON VERBE MON TEXTE INTERIEUR SE XZIVAWRUZ MON CORPS EST LE TEXTE ET CET ANTI-CORPS DEROULE L’ANTI-NARRATION DE CE QUE JE NE FUS PAS IL ME PILLE ME POMPE L’AIR ME VIDE SANGSUE DEVORANT TOUT TROU NOIR INTERIEUR ASPIRANT CHAQUE PARCELLE DE CHAIR ME LIVRANT SEUL AU DESPOTISME DE MA FRAYEUR MON TEXTE INTRIEUR MON TEXTE INTERIEUR FOLIE PEUR FRAYEUR TADJINE DESTIN SOLEIL MIGRAINE MUSIQUE ANE BIGOT SALUT LAC BATARD SLIP LUMIERE STYLO ARRACHE CLOUS FIGUES DUEL FONTAINE XZIVAWRUZ XZIVAWRUZ XZIVAWRUZZZZZZZZ LE TUNNEL DE LA FATALITE LE TUNNEL           DE            LA         FATALITE LETUNNELDELAFATALITELEGRANDSILENCERAMPANTLE GRANDSILENCERAMPANTLEGRANDSILENCERAMPANTLESILENCERAMPANTSILENCERAMPANTSILENCE

 

RAMPANTSILENCESSSSSIIIILLLLEEENNNCCCCEEEESSSSSIIIILLLLLLLEEEEEEEEEENNNNNNNCCCCCCCC

 

EEEEEE AHHHHHHHHHH XXXXXXXZZZZZZZZZIVVVVVVAAAAAAAAWWWWWWWWWWRRRRRRRRRRRUUUUUUUUU  ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ!!! jjjje   nnnneeee   suuuuiiiiiisssss   pppppaaaassss   pppparrrrrannnnnoïaqqqqque   jjjjje nnnnne                ssssssuiiiiissss    pppppaaaaassss hhhhyyyyypppppoooooccccccoooonnnnndddddrrrriiiiaaaaqqqquuuuueeee jaaaai vvvvvrrrrraimmmmmmmment mmmmmmmaaaaaaallllllllllllll aaaaaaaa lllllllaaaaa gggggggoooorrrrggggggeeeee      eeeetttttt      mmmmmaaaaa vvvvveeeerrrrrerrrrrrruuuuueeeee     eeeeessssssttttt     bbbbbbbiiiiiiieeeeeennnnn rrrrrreeeeeellllllleeeee     ccccceeeee      qqqqquuuuuee      jjjjjjj’aaaaiiiii sssssoooouuuusssous    lllllaaaaiiiiissssssellllllle     eeesssssst     uuuunnnn     ggggggggannnnnngggggglllllliiiiioooonnnnn eeeetttttt    mmmmmmooooonnnnn    cccccoooouuuu mmmmmeeeee       ffffaaaaaiiiitttt      mmmmmaaaallll      eeetttt      mmmmmeeeessssses bbbbbbboooouuuurrrsssseeeesssss             eeeeennnnnnfffflllleeeennnttt           sssssssaaaaannnnnsssss qqqquuuueeeee ccccceeeelllllllllaaaaaa ttttttrrrraaaaadddddduuuuuiiiiiissssseeeeeeeee uuuuuunnnneeee aaaacccccctttttiiiiiivvvvvviiiiiittttttttteeeeeeee ssssssssssseeeeeeexxxxxxxxxxxxxueeeeeeeeeeellllllllllllleeeeeeeeee iinntttttteeeenssssse                    sssssssssaaaaaaaaauuuuuuuuuffffffffff qqqqqqqqqqquuuuuaaaaandddddddddd jjjjjjjaaaaaaaaaaaaaaaaaabbbbbbbbbbuuuuuuuuuussssssssaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiisssss       dddddddddeeeeeeeeeee lllllllllhhhhhhhhhhooooooooosssssssssssppppppppiiiiiiiitttttttttttaaaaaaaaaaaaalllllllllliiiiiiiiiittttttttttteeeeeeeeeee lllllllliiiiiiiibbbbbbbbbiiiiiiiiiiidddddddddddiiiiiiiiiinnnnnnnnneuuuuuuusssssssseee          dddddddduuuuuuuuu vvvvvviiiiiiiiilllllllllaaaaaaaaaaaggggggggggeeeeeeee         ddddddddeeeeeeeeeesssssss cccccccccaaaaaaaaaarrrrrrrrrroooooootttttttteeeeeeeeeesssssssss        mmmmmmmmmmaaaaaaaaaa pppppppppprrrrrrrrroooooooosssssssssssttttttttttttaaaaaaaaaaaaaattttttttttteeeeeeeeeee eeeeeeeessssssssssstttttttt uuuuuuuuuussssssssssseeeeeeeeee mmmmmmooooooonnnnssssssssssaaaaaaaaaangggatournemesreinspartentecouilllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllles !

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