[Texte] Thierry Rat, Crever vivant

[Texte] Thierry Rat, Crever vivant

décembre 4, 2006
in Category: créations, UNE
0 988 0

Crever vivant
Voilà,
Je vas crever
comment je va vivre avec ça,
c’est assuré,
vivre c’est crevant,
vivre c’est crever devant,

c’est devant moi ce ça,
ce ça de vivre là,
se vivre en soi,
se crever dans le temps du vivant ça en soi,
c’est trop vivant en moi,
c’est du trop de vivant de vivre en ça,
qui fait crever à petit pas,
c’est du trop de vivre en avant de crever là,
c’est ce qu’on remet toujours à demain,
mais on crève tout le temps d’un rien,
c’est pas demain,
c’est maintenant à l’instant du vivre,
à l’instant même où l’on a pas fini de vivre,
où vivant on vit l’instant de crever,
où crever vivant c’est ça vivre en crevant,
on peut pas dire j’ai crevé,
parce que j’ai crevé c’est le mensonge en pire,
on ment tout le temps du vivre,
c’est pour ça qu’on est vivant.
On est vivant dans le mentir,
dans le sentir,
je sens mon vivant mensonge
un trou qui ronge,
un trou où vivre petit
parce que tout ridicule et amoindri
plus rien que ça reste que crever à point
vivre ainsi dans le manque et le moins,
voilà comment on crève
comment crever c’est,
un presque pas de pas très pas,
un jour on se lève,
on est avec des morts en tas,
des tas de morts en bas à l’arrêt
je ne veux pas partager ma table avec le morts,
je ne veux pas manger de restes avec les morts,
je ne veux pas boire de vin ni rien avec les morts,
je ne veux pas parler ou dire ou mentir avec les morts
je ne veux pas avoir à faire avec les morts,
c’est ça les morts sont toujours plus vivants,
car vivre c’est mourir en vivant,
je ne veux pas vivre et pas mourir,
je ne veux pas mourir de vivre,
je ne veux pas vivre avec les morts qui vivent en mort,
je ne veux pas vivre non plus avec la vie qui meurt,
avec la mort qui vie dans le vivant,
et les vivants sont pleins de morts,
je ne veux pas baiser avec la morte,
je ne veux pas m’étendre au près de la morte
je ne veux pas mettre mon doigts, ma queue ou bien ma langue dans le creux de la morte,
dans le corps froid de la morte,
je ne veux pas la toucher, la prendre ou l’enfiler,
je ne veux pas la sentir, embaumée, maquillée, et si peu habillée,
je ne veux pas voir les regards chauds des passants passer devant,
je ne veux pas la fourrer dedans sa bière,
je ne veux avoir à faire avec la morte,
dans le crever vivant où sont les morts,
partout où la vie se retire dans le mourant,
le mourir c’est dans le peu de vie,
le mourir c’est le jour qui s’ouvre sur les morts,
crevant vivant mourant du peu devant le mourant du peu d’envie de vie ,
de vie en dedans du carcan vide vidé du vent vivant,
vivant dedans,
crever c’est mort tout en dedans du plus vivant,
je prends la mort au port à quai en voile,
en berne,
gisant, grisant jusant c’est vague et vogue en plan et plis en plate étale,
remis dans le sac
ressac du mi qui vit vivant tout en mourant,
que dire,
que dalle du dire,
du dire à dire vivant,
je viens devant la scène et seul je vends la vie en paquet de viande si d’agonie j’accoste aux rives des morts qui collent aux pas,
aux pieds du sable,
je tire une ligne me trace me plisse et me replisse,
repli au fond du trou dans le sable à marée basse,
ou bien sous terre mais sans les morts
beaucoup de vivants sont des morts qui vivant vivent dedans la mort mais pas avec la vie qui meurt,
on s’emmerde en vie de merde dans l’extrait d’être en merde vivant chaud bouillant du vivant merdier du merdique poussier qui pousse au bout,
le bout est l’extrême chienlit,
nous sommes des morts des tous en mort,
on s’en crève médiocre et tout au bas,
la foule, la multitude, la masse, le commun l’ordinaire, l’uniforme
en forme
de cortège,
de groupe,
de couple,
contingentés, regroupés accouplés au ras toujours plus bas dans le plus petit dénominateur du commun,
on crève sans nom,
dans l’innommable
vivre c’est crever dans l’innommable, sans nom sans objet sans attributs,
nu et cru dans le cruel,
le cruel moment du moment cru, du pur présent d’être ainsi nu
la bête dans le vivant bête d’être en bête crue,
acharnement à crever la vie en bête au dedans du cruel
je vas parce que je vas c’est toi et moi et on,
on va crever,
comment on va vivre avec ça,
on va pas vivre, pas tout à fait vivre,
on va vivre à peu près dans le peu de vie,
le peu de vie qui nous vient en vie,
le peu c’est du ça,
du ça qui regarde le vivant se battre avec la vie,
du ça qui crevant se vide dans le vivant,
le vide par où tout est en fuite,
on crève avec la vie qui fuit,
on vide la vie par les fuites,
le fuyant crevant se vide et vie le ça de sa vie vide,
l’évident du crevant d’envie,
d’envie de vie,
plus de vie
plus de crève,
en un peu plus,
car de plus en plus vivre est l’évident,
est l’évidence dans l’imminent le proche en ad-venir crever,
je te vis
on se crève,
je s’évide
je te crève de vivre,
car de plus en plus vivre est l’évidement,
je te vis en crevant le vivre, je me crève de te vivre,
à la fois je crève en vie évidente,
à la fois je crève d’envie de vivre en vie,
au ça du ras du bas du reste en bas,
en manque de vie,
crever veut dire être en vie dans le trou du cul du monde,
non pas le lieu sordide où vivent les morts,
mais le lieu où la lumière se fait jour,
où le jour abouti nous livre à la nudité,
nu c’est vivre en manque et en pas grand chose,
en juste présent,
dans le moment de vie
de vie de bris et de débris,
et reste morceau du morceau même le même morceau de vie,
quand au bout on sait que l’on ne veux pas savoir,
on ne veut pas savoir comment ses choses sont entrées en nous,
comment elles sont pris place dans le nous,
comment le nous a pas pris la place,
comment le nous autres a pris la place du nous,
comment le mourir du nous autres est venu crever la vie du nous,
comment personne n’est personne quand le nous autres est un,
comment l’un et l’autre ne sont qu’un,
comment penser crever, crever c’est crever seul,
comment seul et seul s’est pensé en nous,
mais pas en autre,
comment nous autres n’est pas le nous,
personne et pas plus,
pas rien mais pas plus,
nous sans l’autre,
nous et l’autre,
juste et pas, et pas plus,
et est suffisant,
je te me
tu me moi,
je ne rien de toi
tu ne rien de moi,
je te vis et vivre est le vivant en nous,
et vivre n’est pas autrement,
autrement je va crever,
comment je va vivre avec ça,
nous autres et les morts nous ont le nous crever,
qui après nous vivrons,
mais sans les autres,
sans nous autres,
vivant au grand vent de la défaillance
de la béance, l’entre et le fendu,
le reste est le reste, et reste que crever,
si même qu’a même reste
du moindre pire ce qui porte le vivant,
bien au delà du vivre, parce que vivre reste,
je reste en vie,
Et t’en crève, étant crevé,
et crever veux dire on se lève ce matin avec de la viande froide et rouge
et bougre de honte d’avoir l’oeil ainsi plein de lumière,
étant donné le peu à faire d’avoir à faire avec le peu,
ça te colle au cul,
ça te tient toute la journée,
tu sais pas comment ça tient, même tenir ça veut dire quoi,
ça veut dire être là dans le présent de tous les autres présent,
ça veut dire tiens, je partage le temps des autres temps,
je ne suis plus mon propre temps,
je ne suis plus d’un temps propre,
je suis d’un autre propos,
je suis le propos d’un présent qui n’est pas le mien,
je suis dans le propos du commentateur,
de cet autre qui n’est lui même qu’un produit d’un autre propos,
je veux dire que ce qui m’appartient appartient aussi à ce commentateur,
il peut me consommer, il est quelque part sans y être, il sait que je suis là,
il s’adresse à moi, à mon présent, il est le propos de mon présent,
il fait de mon présent un espace de conquête,
il veut conquérir mon présent par son propos,
il veut que son propos fasse de mon présent son propos,
mais que propose t-il ?
que propose t-il à mon présent?
bien sur rien,
il n’a pas de proposition il est lui même sans propos,
il est lui même un présent sans propos,
il ne fait qu’occuper le temps de mon présent,
il n’est qu’un présent d’occupation,
je peux l’écouter, ce qu’il veut c’est occuper ma présence,
que je sois son propos que je lui adresse mon présent,
mon présent est son lieu d’être, si je ne lui offre pas il n’est pas,
si il n’est pas il crève,
il veut pas crever,
crever ça voudrait dire : ne plus occuper le lieu, ne plus conquérir d’espace,
n’être plus dans le présent, n’être plus un propos dans le présent,
or le commentateur à les moyens de ses conquêtes,
il est sans limites, sans souci
le manque n’est pas pour lui un temps d’exister,
il n’existe pas dans le manque,
il est la profusion,
il est l’incommensurable dépense,
rien ne lui est interdit ou enlevé tout lui est donné,
permis autorisé
voir obligé,
il est obligé, obligé d’occuper le présent tout comme le propos,
sinon il crève,
Je suis debout depuis peu en vaine violence,
je voudrais lui tordre le cou, le faire taire,
lui rendre son propos qui n’est pas le mien;
rendre tout cet appareillage subtile de captation du présent à néant,
pour pouvoir enfin crever dans mon propos, crever de mon propre propos,
faire de mon propos mon présent,
une vrai proposition, la mienne,
mais voilà qu’ici où la d’autres commentateurs ont d’autres propos
à profusion,
je veux dire maintenant,
je veux faire un tri, je veux m’opérer en ouvrier de mon propre tri,
je veux pouvoir me trier, me laisser, me foutre aux rebuts me débarrasser,
je veux être mon ouvrier dont le labeur est le tri,
je veux mes mains dans le travail du tri,
je veux m’opérer en ouvrier, pour m’ouvrir à l’oeuvre ouvrieuse,
je veux m’ouvrir mais pas me laisser ouvrir,
le commentateur est maintenant contre-maître,
il est dans l’ordonnance, il exige que le tri soit le fruit de son ordre,
son ordre est de mettre de l’ordre dans le tri,
son tri est obligé par d’autres,
il n’est que l’intermédiaire,
le chargé,
il est celui qui chargé, se doit de se décharger,
il veut que son fardeau soit le fardeau de tous,
sinon il crève,
je suis ouvrier depuis peu en vain tri,
je voudrais lui tordre le cou, le faire taire,
lui rendre son travail qui n’est pas le mien,
pouvoir enfin crever dans mon tri, crever dans mon propre tri,
faire de mon tri mon propos,
un vrai tri, le mien
Je suis presque pas, c’est à dire à partir de pas grand chose,
je suis parti à partir de ça, pas grand chose,
ma chose est ridicule jusqu’à l’insignifiance,
je la perçois dans son cerne flou, on peut dire qu’elle est diaphane,
un à peine halo cette chose,
indiscernable aux bords diffus,
mais elle est là dans mon présent, c’est ainsi qu’elle se présente à moi,
aussi flou, cernée légèrement d’un trait hésitant qui se refuse à se fermer,
en tout cas qui n’oblige pas un contour net,
me voilà donc en présence de cet épi-phénomène,
un petit lieu sans véritable consistance,
qui peut à tout moment tracer ses propres lignes de fuites,
elle n’est pas contenue car trop vague,
elle est si dérisoire qu’elle occupe très peu de place,
ce peu de place me suffit,
je peux simplement à l’intérieur d’elle m’étendre à l’infini,
elle n’a pas de nom, je ne lui en connais pas,
je ne lui en donne pas non plus,
je ne le la nomme pas, elle n’est pas nommable,
elle est l’innommable chose,
je ne l’appelle pas, elle est ça,
elle est ce c’est, ce ça, la chose et ça,
elle et elle même, rien d’autre,
elle est en présence de la présence,
je la qualifie, je ne la nomme pas,
elle n’a pas non plus de forme précise,
elle n’est pas formulable,
ce n’est pas une formule,
elle a un très peu d’existence,
et ce très peu est suffisant,
il est tout en puissance,
la puissance du peu,
étant sans limite et de peu, elle peut s’effectuer dans une puissance supérieur,
elle est la souplesse, elle est à l’infini, la délicatesse
dans l’infini des possibilités
elle est par là, juste qualifiable, non quantifiable,
je ne peux d’elle rien prélever ni dépenser,
par contre je peux en parler, quand parler de peu est la chose même,
elle n’est pas parole, tout juste une indicible voix,
un son, un bruit, un froissement d’air, un murmure,
voilà je la discerne à peine, et ne je peux faire plus,
quand d’autres choses ont un nom, ou si elle n’en ont pas elles en prenne un,
non plus dans un lieu indécis,
mais sur un territoire,
c’est à dire des bords nets et précis, cartographiables, limités et bornés,
elles conquièrent, elles ne s’ouvrent pas elles occupent,
elles prennent une place suffisante,
elles n’hésitent pas a annexer pour s’agrandir davantage,
je veux dire qu’elles peuvent s’étendre sans compter, hors de leurs limites
car se sont toujours des limites provisoires,
assignées par des tiers et fondées de pouvoir,
c’est par le pouvoir et dans la conquête qu’elles se nomment,
elles prennent le territoire tout entier que ce nom leur attribut,
le pouvoir de ces choses c’est leur nom propre,
le propre de leur nomination,
et le pouvoir est la force qui les fait exister dans leur nom propre,
elles ne cherchent pas la singularité,
puisqu’elles ont toute latitude pour absorber tout,
elles ne sont que dans l’excès et ne cherche que cela,
elles ne cherchent qu’à agrandir leur territoire,
elles n’ont pas d’autres solutions que de grossir,
de grossir une renommée et d’acquérir encore et encore d’avantage d’espace,
tout cela pour pouvoir dire et nommer,
tout nommer pour dire, dire veut dire,
pouvoir absolu de la parole
volonté de nommer pour contraindre le signe dans le sens,
le sens prend la vitesse du monde parlant,
de part et de partout la parole est dit,
ce qui est dit est dit dans la profusion,
la parole est vitesse et profusion,
brouhaha et multitudes
pouvoir et contre pouvoir et pouvoir quand même,
sens et contre-sens et non-sens par là même,
quand crever est un hurlement sans voix ni voie,
pas de salut, pas de rédemption pas de chemin,
le silence,
pour qu’enfin presque rien,
s’ouvre le jour à la lumière tendre,
pour que toutes voix se taisent sur la voie du dire,
être jeté là au bord de la voie,
sur le côté dans la ravine,
dans l’eau saumâtre du fossé,
entre ronciers et caillasses
dans la posture du crevé,
demeure ordinaire pour qui se défait,
se défait se débat dans des ébats de mourant,
suspendu par le peu de peau,
quand l’os n’est plus la bâtisse propre,
quand vivre est :
je vas crever,
dans la mort en œuvre
quand vivre est un vrac,
je vas crever
et la mort ouvre,
ouvre le temps du vivant,
ouvre et œuvre au vivant,
le temps du temps d’être dans le temps,
le temps qui ouvre l’œuvre au vivant,
la vie ouverte au temps du crever,
cela même qui se défait,
quand se défaire est composé avec la multitude du fuyant invisible,
ce qui ne se laisse qu’entrevoir par la pensée,
l’impossible dans l’inachèvement du possible,
penser dans le désoeuvrement le dénuement,
à partir de la commune fosse,
du bourbier et de la multitude sans singularité,
ainsi se meurt et ainsi crèvent les vivants,
au dessus de la vie, bien au delà du vivre;
que nous sachions,
nous autres,
nous autres contemporains alités
que nos lits sont d’étriqués dispensaires
où le soin de petits pansements suffit aux grandes plaies,
que l’anesthésie est source de maux de tête,
pauvres médiocres de l’invention spontanée,
quand penser veut dire rapport profit gain
plus la maladie est malade, plus les malades profitent,
plus les malades profitent
plus la pensée dé-pense,
voyage dans le désert curatif
pourvu que le désert soit spectacle,
n’importe quoi mais pas le vide,
pas le vide du désert mais le désert du vide,
les chambres sont stériles,
rien ne vie la dedans,
où juste une pureté des plus néfaste,
pas de fuyant invisible,
pas de murmure, de râles ou de plaintes,
l’extrême virginité du moment clos,
bannissement du vivant jusqu’à sa forme la plus élémentaire,
juste le bruit assourdissant de la vie stérile,
le bavardage de quelques spécialistes,
glosant l’éventualité d’une amputation,
théorisant sur la théorie même de l’amputation,
amputant toute théorie à la théorie même,
bavards dans le propre de la langue propre,
bavards bavant sur la plus plate des théories,
celle du langage pour le langage,
celle de la spéculation,
la langue est source d’incommensurables profits,
je vas crever et crever c’est ouvrir la langue sur la mort,
c’est mourir à même dans la langue même,
c’est la même langue pour dire mort s’ouvre au vivant,
s’ouvre au fini dans l’infini vivant
je me suis mis debout pour crever,
je me suis mis debout pour me faire crever au bout,
je me suis mis à crever debout,
debout au dessus du crever,
j’avais à crever debout,
j’avais à crever à la verticale,
à la verticale du crever,
au dessus,
jambes raides corps droit,
debout dans le crever je tenais la verticalité au bout de mes jambes,
dans cette tenue je me présentais debout,
exposais ma verticalité,
jambes raides corps droit,
un endroit précis,
non,
pas d’endroit précis pour crever,
je ne me présentais pas à l’endroit précis où crever était crevant,
je n’ai pas cherché l’endroit pour crever,
juste à l’endroit du bout,
de-bout,
je crève debout crevant du bout,
à l’extrémité du crever
Tu es dans mon vouloir crever
tu es je et tu es toi dans le crever vivant,
je dans toi autant toi dans je,
je toi, je te dis à toi
toi dis à je crever
toi tu dis je crève à toi
tu es toi dans le crever vivant,
tu es toi dans le vivant crever,
je suis toi dans toi,
je te parle de toi en toi,
je me parle en crevant de vie en toi
c’est crever vivant qui parle de toi,
c’est toi qui parle le crever de la langue
je te veux vouloir, tu me veux toi,
tu me veux vouloir crever le vivant de la langue,
je te veux vouloir entre toi, entre toi et je ton vouloir crever la langue crevée
toi en moi tu veux en moi être la langue crevée,
je suis toi crevé vivant,
je parle entre toi en moi,
à l’épuisement infini du crever en moi,
à l’infini l’épuisement de la langue crève en moi,
jusqu’au bout tu dis au bout de toi c’est crever,
tu est moi au bout de la langue crevée,
au bout de la langue parlée entre toi et moi,
je suis crevé dans ta mort,
ta mort dans ma mort tu es la langue mourante dans ma mort ta langue est la mort
et la mort crève en toi dans la parole qui sort par la langue crevée,
ma mort en toi n’est pas la mort,
c’est le crever de la langue qui meurt en moi,
c’est la parole de la mort qui sort de moi,
la parole crevée en toi,
la mort n’est pas la fin,
la fin n’est pas la fin le e finale de je suis crevé, n’est pas la fin en soi c’est la fin en tout,
en toute parole,
il n’y a pas de fin dans l’infini, l’infini n’est pas la fin,
la parole n’a pas de fin, la langue est la fin,
elle sort en fin,
elle peut dire fin,
mais elle ne peut pas finir,
pas finir en elle, pas crever d’elle,
elle est elle la fin dans le dehors d’elle
dans le vouloir en dehors d’elle d’être sans fin.
Pas crever pas et pas crever n’est pas crevant,
quand crever vivant,
n’est pas pas crever ou crever de pas,
de pas dans le vivant pas crever le pas,
creuser le pas, le creux et le pas,
le pas dans le creux,
le creux fait le pas du crever passant,
le vivant crevé du pas du passant pas,
pas celui qui ne passe pas,
celui qui passé creuse,
en pas un creux dans le creux du pas,
du passable, possible pas du passant,
qui passa son pas pas dans le creux,
le creux du cruel, le cruel dans le pas,
le cruel crevant le creux du pas,
le cruel et le pas en creux dans le réel,
le réel est pas à pas le crever passeur,
le passeur du moment du creux au passage du pas,
le réel sort le cruel du creux et passe au dessus,
efface les pas au passage pour pas que trace,
je vas crever,
comment je va vivre avec ça,
comment je vas faire pour aller,
pour aller là,
là où ça fait du bien d’aller,
je veux dire pas crever là,
je veux dire pas crever en crevant là,
je veux dire faire là avec la langue,
je veux dire pas crever avec la langue,
je veux dire aller avec la langue,
je veux dire aller crever avec la langue,
je veux dire à l’extrême reste,
rester au coin, coincé, crevé en reste
je veux dire fermé, dans son coin, un angle,
la main mise au sac dedans,
je veux dire cherche, la touche finale,
c’est fini, ça en reste là, tout près, au moment tout pris,
être pris en coin, coincé,
je veux dire t’en fais pas, pas à pas c’est cherché petit pas du pas à pas ridicule,
je veux dire paraître, par le trou mince,
mince crever, tu crèves toi,
tu t’es crever là,
tu cherches à crever là,
tu te trouves là où tu cherches à crever,
je veux dire t’es mince (l’angle ferme et coince),
mince à temps, crevé vivant dans l’angle
je veux dire ça ferme à l’heure,
à la l’heure précise,
ça dessine sa fin,
je veux dire c’est fermé, boucler l’angle dans son angle,
t’as pas ton reste, ton reste est crevé,
ton bout-bout pour te cacher dedans,
je veux dire pour crever vivant,
de derrière le dos au mur,
le mur est l’angle que l’angle fait au mur,
et toi là mine de rien, écrasé,
finement lamélisé,
je veux dire tu te rends compte,
petit rien du rien de puceau pinailleur,
je veux dire t’as queue blette et tes quêtes, quêtes de la désiré langue crevée
je veux dire t’étouffe se serre ta glotte,
je veux dire te taire et coudre tes dires,
t’en fait rien sortir du sonore au moment clos,
je veux dire ta gueule, la ferme en boucle autour,
t’as rien à en dire, t’as petit à petit bouclé tes pas autour et toi même et ton reste,
je veux dire ton reste est toi même,
je veux dire le peu si peu = peu sans peux = peu plus peux pas = peux-être = peux pas être = peux pas être peu pas = reste que crevé,
je veux dire peux boule en boule et faire boule et reboule et rouler et rouler en boule et agglomérer en glu,
réduit aux restes en rognures à l’angle,
tu restes mince dans l’angle,
je veux dire t’as pas trouvé l’angle,
t’as pas cherché dedans l’angle,
je veux dire t’as honte et rougi et l’angle te fait ton trou
te trou ton toi, te le cerne dans ton vivant,
je veux dire t’as rongé ton capital d’ossements,
tu te tiens plus,
plusieurs fois t’essaies de te tenir là,
je veux dire l’angle ouvert ouvre ta cage d’os,
tu te laisses tomber là, crevé dans l’angle
je veux dire l’angle ouvert, glissant maintenant sur la surface lisse et lent tu coules.
et lent tu coules et angle est l’axe autour duquel tu tournes
je veux dire ta tête vient à manquer roule et suit le long sillage, la trace reste, le passage étroit pour la tête
je veux dire au bout,
penses-tu penser tête écartée du quart d’être à l’autre extrémité,
je veux dire penser en dénouant le noeud formidable former à l’intérieur même du pensé,
penses-tu t’être enroulé et aussitôt la pensée s’échappe et se défait à l’extérieur,
je veux dire qu’en est-il au juste de penser le monde,
de prendre le monde dans la pensée dedans,
je veux dire le monde du dehors,
pas penser le monde et le monde te pense au moment de ta dissolution dans le dedans,
je vas crevé et crever veux dire,
que l’existence est une dépense,
que exister c’est dépenser,
je vas crevé et creuver veux dire
Je suis la mort,
je suis dans la mort,
dans l’attente de la mort,
dans le temps mort,
dans la mise en mort,
je suis mort dans le temps d’encore,
je suis tombé raide mort dans les cabinets le matin même de ma mort,
j’ai ouvert la boite d’où je tirais la mort,
elle dormait, elle était morte dans sa boite,
une boite de biscuits,
je me souviens exactement une boite métallique,
une boite qui contenait la mort et des biscuits,
des madeleines molles,
je l’ai ouverte aux cabinets,
je l’ai tiré de dedans sa boite, elle n’était rien,
pas plus que ça, rien,
j’ai pris ma mort morte,
ma propre mort raide dans sa boite aux cabinets dans le matin,
je me suis mis dans la mort.
Je me suis mal baisé en bandant pas, pas dans la mort,
la mort bande pas,
je bande pas dans la mort,
c’est trop délicat, ça tient à rien,
d’un bout presque pas,
je vas crevé et creuver veux dire
je suis dans mon vouloir dire je,
tu es je et tu es toi dans je,
je dans toi autant toi dans je,
je toi, je te dis à toi toi dis à je toi tu dis je à toi tu es toi dans je,
je, je suis toi dans toi,
je te parle de toi en toi, j
e me parle en toi, en toi c’est je qui parle de toi,
c’est toi qui parle le je,
je te veux vouloir, tu me veux toi,
tu me veux vouloir en toi,
je te veux en toi,
je te veux vouloir entre toi,
entre toi et je ton vouloir entre,
toi en moi tu veux en moi être moi,
je suis toi en moi,
je parle entre toi en moi,
à l’épuisement infini de toi en moi,
à l’infini l’épuisement de la parole puise du moi en toi, jusqu’au bout tu dis au bout de toi,
tu est moi au bout de toi,
au bout de la parole prononcer entre toi et moi,
je suis mort dans ta mort,
ta mort dans ma mort tu es la mort mourante dans ma mort ta mort est la mort et la mort meurt en toi dans la parole qui sort de la mort,
ma mort en toi n’est pas la mort,
c’est la mort en moi qui meurt en moi,
c’est je vas crever et crever est la parole en mort qui sort de moi,
la parole morte en toi,
la mort n’est pas la fin,
la fin n’est pas la fin le e finale n’est pas la fin en soi
la fin finale est le e muet se prononce en fin en fin de e,
c’est la fin en tout,
en toute parole muette,
il n’y a pas de fin dans l’infini,
l’infini n’est pas la fin,
la parole n’a pas de fin,
la parole est la fin,
elle sort en fin,
elle peut dire fin,
mais elle ne peut pas finir,
pas finir en elle,
elle est elle la fin dans le dehors d’elle dans le vouloir en dehors d’elle d’être sans fin.

, ,
rédaction

View my other posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *