[Dossier sur la subversion - 4] Éric Naulleau, De la subversion spectaculaire...

[Dossier sur la subversion – 4] Éric Naulleau, De la subversion spectaculaire…

janvier 19, 2011
in Category: chroniques, UNE
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Pour fréquenter les plateaux médiatiques depuis plusieurs années, l’auteur et éditeur Éric Naulleau (cf. Le Jourde & Naulleau) est à même de brosser en quelques traits ceux à qui profite la subversion programmée dont se nourrit la société spectaculaire.

Karl Marx définissait la France comme le pays le plus politique au monde. De fait, les Français ont inventé les notions de Gauche et de Droite, les Français ont inventé les Droits de l’homme, les Français ont inventé la figure de l’intellectuel et les Français ont aussi plus récemment inventé celle de l’artiste engagé. Hélas, comme jadis pour le docteur Frankenstein, la créature a profité d’un instant d’inattention du démiurge pour briser ses chaînes, se faire la malle et déambuler à présent en toute liberté un peu partout mais avant tout sur les plateaux de télévision.

Un chanteur français, par exemple, se sentirait déshonoré de ne pas inclure une chanson violemment politique dans son nouvel album – ce morceau de bravoure est parfois un peu difficile à repérer au milieu des autres compositions, mais deux indices infaillibles permettent de l’identifier à coup sûr : pour commencer, c’est toujours la pire chanson du disque et, ensuite, le chanteur en question ne peut s’empêcher, tandis qu’il l’interprète, d’agiter ses petits poings rageurs.

Evidemment, on reste toujours un peu surpris lorsqu’un artiste écume toutes les chaînes du PAF pour expliquer qu’il n’est jamais invité à la télévision, preuve que la liberté d’expression est en péril dans notre pays. On s’étonne aussi d’apprendre par sa bouche que, contrairement aux apparences, nous vivons sous une des pires dictatures de l’histoire de l’humanité et que la période de l’Occupation évoque par comparaison un Paradis perdu. Mais bon, on promet d’être plus attentif à l’avenir.

C’est alors que nous arrivent de l’étranger des nouvelles de véritables artistes engagés sous de véritables régimes autoritaires. Le rocker russe Iouri Chevtchouk, qui osa défier publiquement Vladimir Poutine en lui demandant quand serait instaurée la démocratie en Russie – ce qui n’est pas sans risque dans la mesure où les nuits ont toujours été sensiblement plus fraîches en Sibérie qu’à Saint-Germain-des-Prés. Ou le cinéaste iranien Jafar Panahi, condamné à six années de prison et à vingt ans d’interdiction de tourner pour "participation à des rassemblements et propagande contre le régime."

A la lumière des deux cas cités, et par simple souci de décence, je souhaiterais donc qu’en ce début 2011, tous les rebelles en peau de lapin de l’Hexagone prennent comme unique résolution… d’observer une année de silence. Merci d’avance.

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rédaction

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