[Chronique] Michel Ohl, La Poule pond suivi de Sonica mon lapin, par Christophe Stolowicki

[Chronique] Michel Ohl, La Poule pond suivi de Sonica mon lapin, par Christophe Stolowicki

juin 16, 2017
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[Chronique] Michel Ohl, La Poule pond suivi de Sonica mon lapin, par Christophe Stolowicki

Michel Ohl, La poule pond suivi de Sonica mon lapin, La Table Ronde, printemps 2017, 128 pages, 15 €, ISBN : 978-2-7103-7821-1.

J’ouvre La poule pond et en quelques phrases m’imprègne le soulagement de lire par temps de cuistres une France de Doisneau testimonialement, pataphysiquement bon enfant où l’on meurt juvénile avec un peu d’avance – tout compris dont Descartes (« 21 juin. Pensé, dont été »). D’un qui se brise méthodiquement les os et dans celles de la mémoire noie son chagrin en cure de désintoxication ; dont les facéties et scies grotesques et sérieuses, entonnée la chansonnette lettrée qu’un hoquet assèche, prennent à la gorge. De lire, d’ « agonie sardonique » pétaradant sec et salubre en maximes minimalistes, platitudes aiguisées en saillies, de boulisme d’aboulique pas une quille debout ; en relevailles de cuite tout en trouvailles esquif fêlé, perlé de sang pour sang un pitre du dernier soupir, funambule de l’en deçà, grimacier marionnettiste de la camarde oser le « psychopompon » de charrier l’Achéron en prosimètre de mirliton – tenir son journal de bar et de bord du néant, de la mort vache, où posthume se hume à se faire la bouche à tord-boyau. Son poids (46) dit en passant, l’on imagine par quelle maladie l’éthylisme de sa jeunesse l’a rattrapé. Sous les auspices, à l’hospice, à l’enseigne du cartésien « On pensotte, Michel et moi, on devrait être un peu, eh bien pas du tout », du cartésien « Mon cocoricogito : je pense donc je suis français », un qui panse donc essuie par avance les plâtres de sa mort se dédouble pour être encore que n’étant pas.

Michel Ohl, 1946 – 2014. À la suite La Table Ronde a réédité son premier livre paru chez Millas-Martin en 1972, Sonica mon lapin. Concis, non lapidaire. Desserré collé. De vieux nœuds pendent, sabrés doux. « Il ne m’arrive jamais rien. J’arrive avant », constate inabusé Toto. L’aphorisme foré au plus articulé d’une langue en ronde bosse à bosse, suicide mode d’emploi à l’usage timide d’un alcoolique – tortueuse, achiléenne, une preuve par l’absurde sourd de source, amuit le poème. En fautes de temps, de genre, d’accord à corps et écrit une syntaxe ramassée dans le ruisseau voire le fleuve céans, « le ululement de l’hibou » aspire la langue à la hache. En redondances à paliers, préceptes plus détourés que détournés, variations infimes du tout au tout ou rien, l’irréfutable impayable quand claudiquent les tables de l’aloi – le rêve est dans le rêve qui est dans le rêve tout plat comme le désert à dos de poney ; l’être est dans l’être de n’être pas.

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rédaction

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