[Manières de critiquer] Sébastien Ecorce, Note sur UNS de Mathieu Brosseau (1/2)

[Manières de critiquer] Sébastien Ecorce, Note sur UNS de Mathieu Brosseau (1/2)

juin 11, 2011
in Category: Livres reçus, manières de critiquer, UNE
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Mathieu BROSSEAU, Uns, préface de Jean-Luc Nancy et dessins de Winfried Veit, Le Castor astral, juin 2011, 104 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-85920-863-9.

Peu après la parution de La Confusion de Faust, que nous avions saluée, voici Uns, livre dont l’importance nous incite à publier en deux temps la longue analyse philosophique de Sébastien Ecorce et à vous en faire écouter des extraits lus par Jean-François Baille. [De Mathieu Brosseau, on lira en parallèle sur le site "Autobiographie du Nous" et «Portrait d’un "travailleur perdu de la langue" » – entretien en deux parties]

"Nous savons peu de chose, mais qu’il faille nous tenir au difficile, c’est là une certitude qui ne doit pas nous quitter" (R.M.Rilke, Lettres à un jeune poète, VII, in Œuvres, I, Prose, ed. du Seuil).

"Il n’y a qu’un point indivisible qui soit le véritable lieu" (Pascal).

Avec Brosseau, il s’agit souvent de "forcer l’existence". L’expression d’une intensité de vie. Il s’agit aussi d’envisager des mondes, un monde que construit l’existence, avec les morts, les suicidés, les bêtes, les esprits, les souffles, les corps, les ombres, les nombres. Il s’agit de fondation, de donation et de relation. Nous pourrions entendre monde comme un ensemble dont les termes peuvent être associés à un degré variable d’existence, degré à indiquer lui-même leur degré, variable d’immanence au monde. Pour autant, et nous tenterons de l’expliciter en ces quelques lignes, Brosseau ne s’en tient pas à l’événementialité pure du terme, de l’Un, du multiple, ou du terme à terme, ou à l’identité, ou même de sa tentative de pronominalisation, mais à la conversion du mouvement ou d’un mouvement qui excède, mouvement à s’excéder par la simultanéité et l’opération des voix qu’il met en place. Marche et avancée d’une pensée comme fruit d’une longue maturation et d’une instauration fulgurante. Pour prolonger, nous pourrions en référer à la notion de substance du monde. Substance n’impliquant pas véritablement une métaphysique, mais bien plutôt une physique (au sens d’une physique des corps déjà présents comme corps). Chez lui, il ne saurait apparaître de substance primordiale de l’être, si elle n’est pas autant atteinte et définie par un travail de mouvement, ou de déchiffrement. Sans pour autant se contraindre à l’élan purificateur du domaine de l’être. En ce sens, nous pourrons saisir que ce n’est pas tant le domaine de l’être (fut-il délimité) qu’il faut habiter et cohabiter, mais le mouvement lui-même du Co-habité. Il n’y aura pas à proprement parler de construction d’un nouvel être, mais "le retour à un lieu réel où nous ne vivons pas". Fait de sacrifice, de déceptions, d’effondrements et ravages de la solitude, de malentendus, de hiatus, de corrosions authentiques, d’imaginaire et d’épuisement.

Il y a une joie toute dynamique. Une puissance fondatrice et d’affirmation d’une certaine liberté. Le poème de Brosseau a pour ossature la chair et le vif. Le roc fondamental de la fondation. De l’amour, du désir, de l’épreuve et du cheminement. Quel serait ce désir qui trace la figure la de son existence en dessinant les limites de son Un ? Un mouvement d"incorporation aux nouveaux corps, l’incorporation ne relevant pas en tant que telle à l’incarnation de l’esprit. L’Un se nourrissant de l’entre corps dans l’unité. Puisque support possible (par le mouvement) de nouvelles manifestations, de nouvelles instaurations ou déclarations. Ainsi, il sera davantage question de relation de monde que d’objet du monde. Ainsi, la poétique de relation d’un Glissant peut-elle apporter quelque éclairage. En son sens de l’intention poétique. "C’est-à-dire qu’une intention poétique peut me permettre de concevoir que dans ma relation à l’autre, aux autres, à tous les autres, à la totalité-monde, je me change en m’échangeant, en demeurant moi-même, sans me renier, sans me diluer, et il faut toute une poétique pour concevoir ces impossibles-là" (Intr. Poétique du divers).

Un étant à entendre sous un mode d’intensité d’existence, en y affirmant son identité. Ce recueil Uns se place dans cette généalogie-là. Dans ce questionnement des éblouissements. Dans ce déplacement de la question de la vitalité. Dans cette tentative de conjonction de l’humain et de l’animal, de la vie et de l’esprit, sans se fondre de cette différence abyssale, éprouvant ce salto mortale de leur Co-émergence, ou de leur Co-naissance. Dans une histoire (et c’est-ce qui fera toute différence avec la tradition heideggérienne) de l’histoire (non destinale). Une histoire qui ne sera pas en soi "hors principe". Dans cette ex-croissance. Dans cette excavation de Parole à "ouvrir les brèches", à creuser les pesanteurs de la trace, du signe et du sens. Tout un rapport questionnant à la Modernité, à cette puissance de figuration ou de non figuration, d’intrusion et d’inclusion, avec toute une dialogie portée autour du (se) laisser introduire. D’incarnation parfois douloureuse, cette puissance des voix et des ombres. Cette puissance de l’accueil, de la circularité des esprits (parfois "hors-circuit"), à fonder, produire et accueillir de l’Un. De l’Un à révoquer toute unicité, ou univocalité, puisque mouvement à se laisser déborder par la Monade qui la déborde à son tour, ne se limitant pas à ce jeu de juxtaposition monadique. Rythmique, et rythmologie puissante et féconde. Métronomie et métronymie (vitesse de déplacement de la métaphore – métonymie). De l’a-rythmique à faire rythme (par symétrie comme non-sens dans le sens, par la négation, l’accident). Ce travail de réflexion hautement charnel convoque là aussi autant la fondation que la conversion, à vivre comme seconde fondation, puisque déjà fondée, par un travail en même temps de transformation.

Il n’est pas de résignation chez Brosseau, à ne mettre en relief que le tragique et la mort, oubliant les expériences réelles, à oublier étrangement la réflexion sur le travail de la conscience (perception et connaissance) et la permanence de l’Autre qui sont requis pour ce mouvement. Cette tension vers le Un, est à découvrir comme un récit portant non seulement aux possibilités extrêmes de toute conscience, mais aux existences concrètes, à travers les multiples formes de la rencontre, rendant possible l’instauration de ce domaine de l’Un (Un : reconfigurant le domaine de l’être). Ainsi, il ne sera de pur anecdotique. Mais le sens à l’œuvre de cette expérience universelle-singulière. L’humain sera considéré (en cet échange) dans sa singularité radicale. Celle-ci n’empêchant nullement la continuité dans ce monde du vivant, entre animalitas et humanitas. Une pensée de "l’autre commencement" à reproduire la disjonction du vivant/mortel/immortel. De cette disjonction à produire du continu. De l’un : ici et maintenant pour nous. Un emportement ou mouvement de nature à parasiter chez Brosseau le plan du destinal (et de l’historial). Le croisement des vies, le hasard, la nécessité. De la contingence. Faire surgir la rencontre non pas comme événement absolu, ni même dans l’orientation d’un reproduire en son sens mythologique, mais dans un "allant" presque dé-mythifié, (an-archique), dégageant la matrice d’un déchiffrement unité / pluriel des modalités païennes, grecques et abrahamiques de l’être. Tout son poème est à envisager sous la forme du pari, (versant proche mais à distinguer d’un acte de foi) qui ne pourrait être sans affinité avec l’acquiescement avec la figure de l’inconnu (Holderlin, Baudelaire, Mallarmé).

"La nature et les hommes en tant que rapport réciproque constituant un monde… se décomposent afin que d’eux… se forme un monde nouveau… car le Tout qui est en tous et qui existe toujours se manifeste seulement en tout temps, ou dans le déclin… Ou plus génétiquement, dans le devenir… et au commencement d’une époque ou d’un monde" (Hölderlin, Œuvres, Le devenir dans le périssable). Mais comme possibilité du devenir. A s’inclure dans cette possibilité-là tout en dépassant cette forme de reconnaissance. Ce qui n’évacue pas le sentiment de la gravité, celui-ci ne jouant pas vraiment quand le déploiement s"exerce sur le seul terrain du plaisir. Elle ne vient pas non plus de la seule conscience aiguë de la donation de l’être et de la gratuité (miraculeuse) de cette donation. Elle n’est pas non plus dans l’ordre seulement de l’une des harmoniques de la reconnaissance, qui, dans la rencontre s’effectue dans cette forme du don, de la gratitude libre et discrète. Elle est de cette prise de conscience du caractère imparfaitement unique et singulière de chaque rencontre. Ce qui est marquant dans ce déroulé sous forme de mouvement (16 mouvements), de partitions, est cette capacité rare que cette poétique dégage à "faire dans le fermé" et élargir, dilater, donner corps à l’extrémité de la pensée, cartographier à mesure et démesure des voix à l’arrachement, "battre les esprits parleurs" (condition du retour et de l’initiation). Car dans le poème de Brosseau, faut-il que nous nous considérions et pressentons initiés tout autant que nous initions (initiatique). Dans la confrontation. Le poème de cet accaparement. De cette parole à risquer la vacuité se dégage (s’extrait) toute une forme de genèse. Mais Brosseau prendra soigneusement garde de ne pas faire de création ex nihilo ("Garde toi d’oublier la trace de ton corps, et garde toi de perdre la mémoire"). Qu’il faudra tout au long entendre comme genèse de l’arrachement à des formes déjà présentes. Même en ces injonctions, "tu fais dans le vaginisme", comme preuve acérée de ce qui le pousse et le contraint à ne point se limiter ou se répandre en cet état. "Vaginisme" en ce sens que la contraction involontaire des muqueuses en ce déplacement sur les parois de la Modernité, d’un certain vertige, du mode de présence au Monde. Le poète s’engage dans ce refus contre l’hypertrophie, refus aussi de la non jouissance. Royaume des ombres. La parole comme muqueuse de l’ombre. ("Jouir c’est ça qu’il veut", l’esprit, renvoyant là aussi à la figure du : se laisser introduite, ou non). Cette insistance de la recherche à faire et à entreprendre dans ce risque. Produire un sens. Produire un acte. Devancer le cri. Que "l’acte précède le cri". Entendez le mouvement à tendre. Ou le cri fut anticipation de l’acte. L’Un se jouera ici de cette réversibilité. Forcer l’existence, comme état premier non réductif à l’Unité, relève bel et bien d’une tension, d’une force, d’une contrainte et mouvement. Ce "Un" est à envisager comme fresque de l’unité multipliée, force ou dynamique cohabitante et cohabitée. Il y a aura certes des chutes, des impasses, des trous, des absences. Les chemins sont biaisés. La langue n’apporte aucun réconfort. Aucune pose. Elle n’en restitue que le creusement. "Dans la langue, Tu mets des embuscades" (on y verra là aussi la remontée, ou "l’éclair accidentel" de la conscience du poète). Ce déplacement dans la confusion des organes, des langues, des esprits. Ce déplacement, et pas seulement métaphorique, dans la question même du poème. Le vide au-dedans. Le vide en soi (effort, acte), comme processus d’élévation. "L’ascension m’est personnelle". Mais un Vide non pas à entendre comme la figure d’une introspection, ni un écart par rapport au "bavardage" (Babélisation) du monde, mais comme ascèse du mouvement à se faire pénétrer. Cette forme de conscience du mouvement qui tire l’archaïque vers le moderne. Ce vide au-dedans, en son mouvement, comme "naissance obscure".

"Mon étranger dans la langue n’est pas le tien". Tout le rapport à l’étrangeté, et la réalité du traitement par le Sujet, que la Parole débordera. "Comme trace et comme Objet". "Une fraîcheur sur ma nuque" (comme étrangeté, et amorce à comprendre que les ombres se parlent). La figure de l’Image, de l’archaïsme total, en cette réalité de la projection sur la Toile, ramifie ce "tronc cérébral", cette entropie à se glisser dans l’intersigne, à convoquer ce qui nous rassemble. Principe de rémanence et de re-visitation de l’histoire (non destinale). Principe de mémoire et de l’horizon. Une progression qui s’organisera lentement. Un Cinéma qu’il faudra dépasser, subsumer. Qu’il faudra retourner.

"Faire dans le fermé est de cette puissance d’arrachement ou de retournement, du mouvement. Nous touchons là à la partie la plus dense et la plus fertile. Sans aucune ponctuation, au corps de la pensée, muscle de la pensée qui s’étire, se durcit, relance. Organique de sa pensée. Rudesse et sécheresse. L’abstraction comme incarnation en ses mouvements. Cet abouchement forcé vers l’autre chose, une autre forme de révélation. "Cette brèche du temps", "ce qui le perpétue" redonnant toute profondeur, toute cinétique, à mettre à l’écart ce plan du permanent ou du présentisme. "Toujours autre chose qui ne figure pas". C’est en ce sens cette réticence à la succession, à la simultanéité, à cette symbologie ou mythologie-là, que cette capacité à trouer la Parole, lui enjoignant un rapport au temps singulier. "Il s’agit d’être infiniment fermé", forme à se faire violence, "puissance de créer du fermé en dehors du système de la vie" constitue le nœud, le cœur du poème de Brosseau. Et le rapproche de la puissance d’un Nietzsche, d’un Artaud. Il faudra cependant concilier avec les termes de cette détermination tout comme s’en dé-faire. "tu ponds tu fais dans le fermé". Il faut prendre acte de cette détermination. Il faudra la poser. Et s’en arracher. Même si elle nous accapare. Que le poème ne fera que déplacer. La main, nous verrons que Brosseau fait appel à plusieurs reprises à cette figure insistante de la main ( organe, fonction, altération, acte) ( en lien avec la langue et hors langue), permettra de ne pas figer le mot, de ne pas bloquer la langue. Nous serons sans cesse soumis à cette force de ne pas figer la Parole. A expulser l’inertie de "l’action sous la langue". Son mouvement "comme main faisant". Faire dans le fermé est une autre acception pour dire un silence, ou pour que le silence puisse dire le nom de l’action.

Le rapport à la Modernité s’élabore sur un double front. Ou un double champ nécessairement intriqués. Sur l’esprit et la parole. Dans cette formule "pas que l’esprit, tu fais, tu fais". Une forme de séparation et de collusion. Un entraînement. Un enchaînement des causalités sous l’affirmation de la vie. Faudrait-il que cette Modernité (en cet apport critique) soit le creusement à l’œuvre (dans cette part de non formulation) de ce compromis entre les mouvements d’absences de l’esprit dans ce Faire, ou l’hypertrophie de l’esprit dans le retrait de ce faire. Brosseau ne visera pas à trancher. Il fait de cette sous-jacence du faire, de l’acte, une assise réactualisée de sa poétique (revenant aux racines du poeîen). La pensée pratique. Le poème comme pensée pratique. Entre mimésis (formes, sorte de préfigurations de mondes, en ces fictions) et sémiosis (faire, en cette matérialité de langue). Le nom de l’action qui renvoie au silence. "Tu fais dans la forme – pas prise". Brosseau glisse avec une rare maîtrise sur ces ruptures de rythmes. Ce qui innerve tout son poème. L’irradie. Le sculpte. Suit les contours centraux et périphériques de cette longue innervation. Mouvement long et séquence incisée, forme et informe. "Pas de forme, ça dit". Mouvement qui traverse, avec la gravité comme poussée, comme moteur. Là où une certaine Modernité (esthétique) avait développé un temps long du Mouvement, ample, chronicisé, dialectique, un autre versant de cette Modernité s’infiltre jusqu’à fomenter en son sein une Parole tournée vers l’entretemps ; en ce sens, Brosseau se place dans ce refus d’une dialectique par trop téléologique. On réintroduit du corps pris par la forme qui parle. On réintroduit de la forme dans le corps pas-que. "Car le corps seul, c’est : mort ". Est réorganisé corps, esprit, forme, voix ou saillies du dire Je ; les dualismes, les immanences, les transcendances, les vacuités, les essences, les substances. Tout une réciprocité instituée avec les figures resituées de l’absence. A permettre la possibilité d’un ailleurs. L’autre se marque en moi, la façon dont je peux le poser et l’affirmer. Brosseau instaure là une forme autre de reconnaissance, qui n’est pas aliénation. Car éprouvé effectivement par le mouvement simultané, inverse et complémentaire. Une nouvelle forme de réciprocité des désirs (comme dépassement du commerce des charités) se découvre, une autre forme de l"amour (non avarice de l’amour) se définit, se déploie, et s’instaure en l’existence en même temps que l’existence elle-même s"instaure dans l’entre-deux.

"Je lui parle la modernité m’est impossible". On ne partira pas du corps, de l’en-corps, mais de l’entre-des-corps, à renouer avec le vide ("les larmes ont coulé"). "Ame rendue à sa présence, quand l’esprit parle à l’absence". Cette modernité à empêcher la figure du vide, à faire en sorte que les absences se touchent dans la réciprocité des mondes et des présences, ou de son retrait-affirmation dans l’Un. Une modernité à ne pas permettre le remplissage de ce vide. Une modernité qui ne pourrait faire principe du rien. Une modernité à usurper la tradition même du nihilisme.

La succession, l’inconstance, le passage, la métamorphose sont sentis comme autant d’épreuves de perte, de manque, comme l’identique creusement de trace, comme le constant retrait de l’être. Loin de se multiplier en s’identifiant à tout, loin d’être doté d’une expansion infinie dans les êtres et dans les choses, le moi, en réitérant sans cesse l’expérience de la fuite et de la métamorphose, découvre dans l’anéantissement, ou dans" l’éblouissement", un espace qui pourrait lui être propre que d’en être constamment exilé. Brosseau refuse là cet espace du Cogito. (Hoc est ego. Ceci est le moi, puissante vacuité de l’os creux. vanité du cogito de la vanité.) Il ne sera jamais dans cette vanité de l’échange, cette dispersion dans les apparences, où ce même change des formes et des états peut se découvrir comme l’angoisse du vide.

"Tu c’est dé-naître" (inversion). Le nombre de vides et d’espaces entre les vies, toujours au regard par distance, filtre, séparation. (distance non séparative).
"Le vide – c’est le rien où les eaux se rencontrent. L’ossature qui pourra faire lien". Brosseau s’appuie tout au long du poème sur ce hiatus, lui rendant toute expérience du mouvement sans pour autant l’élucider. (Toujours la présence in fine sur le vide).
Au-delà de la mimésis, la puissance de la mémoire au-devant, comme horizon. Brosseau ne convie pas à une conversion à la fiction, où le vide apparaît dans une ontologie du rien. Ce mouvement des pénétrations se tient toujours vis-à-vis du rien, en ceci qu’il est presque tenu hors de soi jusqu’au cœur du vide. Ainsi, nous pourrions convenir que Brosseau ne peut développer Un, que par cette reconnaissance de l’état d’être laissé vide que cette avancée permet. Le mouvement d’un entraînement. "La mémoire comme horizon du fermé." Se laisser porter par cette dynamique, cet avancement. "On est arrivé comme ça, comme une inclusion dans tous les extérieurs". L’existence comme travail de l’évidence (dans sa mémoire). Même s’il peut se profiler sur le théâtre et reflets des évidences. Evidence n’est pas de l’ordre de l’apparence. L’évidence serait une apparence à vouloir se projeter dans toutes les formes ( ex-croissances). Se faire terre et ciel de tout théâtre. L’évidence est de cette représentation d’un réel. Dynamique plus ou moins stable que la mémoire travaille.

Longue marche où "se marcher". La mémoire est modifiée, évolue en fonction des pas. Evolue en fonction de la formation de l’horizon. Des "coïncidences et rencontres". Du rythme des pas. De ces pas comme mesure ou battement, et de ces pas comme marques de la négation. Les deux procédés se chevauchant, s’interpénétrant. Diastole. Systole. Expirer. Inspirer. Contraction. Dedans- Dehors. Ejection. "Tic tac". Incise brève à nous faire tourmenter, coller à la peau, trouer. Ce temps qui s’inclue en nous. Cette pénétration des densités ("granulométrie"). Des fuites et substance. De s’écouler de tout ce que l’on possède ou ne possède pas. Et "reconnaître qu’il y a de l’éthique, forme d’un échange possible, au cœur. Mouvement vers le cœur. Vers le centre. C’est dès lors qu’il y a distance et poids qu’il est possible de s’en référer à l’éthique. La marche ou l’avancée dans la distance.

Marche ou mouvement de ce temps à faire rompre la vacuité. Ce temps à "entendre les choses quand elles viennent de l’autre". Toute une poétique de la relation est à l’œuvre. D’un ordre du vivant et de la fuite, substance. "Il faut dire que tu as cru que dans la fuite, il y avait de l’infini, tu as pensé que par les trous, il y aurait des mondes à toucher aussi dur que ma corne". Corne à faire naître des germinations, une qualité de concentration, "perle ou bout du bout".

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rédaction

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