[News] News du dimanche

[News] News du dimanche

décembre 6, 2009
in Category: News, UNE
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Moins de trois semaines avant Noël, on trouvera notre deuxième sélection de titres qui ont marqué ces dernières années [LIBR-FÊTES] : à partager et goûter sans modération… Mais auparavant, des notes de lecture sur Xavier PERSON, Extravague et Julien D’ABRIGEON, Le Zaroff ; deux événements à noter (rencontre avec Julien d’Abrigeon le 15/12 et projet RADart).

Cette semaine, nous publierons la suite de No more reality d’Emmanuel Adely, un article  sur Suzanne Doppelt, et mettrons en ligne deux extraits de la soirée d’inauguration du centre de Littérature et d’arts numériques Databaz (Angoulême) – dont trame-ouest, l’association qui supporte Libr-critique, est responsable.

Livres reçus

[+] Xavier Person, Extravague, Le Bleu du Ciel, automne 2009, 80 pages, 12 €, ISBN : 978-2-915232-63-9.

Prière d’insérer :
"Faisant suite à Propositions d’activités, Xavier Person tente une écriture du rêve. Le livre est centré sur l’importance du couple phrase / rêve. La phrase devient le lieu du rêve bien plus qu’un objet onirique. Les blocs de prose, densifiés, déconstruits, se renvoient les uns aux autres et produisent rapidement une sorte de dramatisation qui tend sans cesse à la légèreté. Une dichotomie qui finit par être l’originalité de cette théorie des vagues."

Note de lecture :
C’est bien à la vague que le poète confie des divagations extralucides en vers ou en prose qui se présentent sous la forme d’un dialogue entre la phrase soliste et le cœur du texte, entre la forme aphoristique et le style métaphorique. Rien d’étonnant à cela quand on connaît le rôle des flots dans les rêves.

Méditant sur le rêve, Xavier Person distingue rêve et rêve de rêve, s’interroge : "Comment ne pas écrire comme dans un rêve, pourquoi dans ma vie ne puis-je pas vivre toutes les vies, et ce carrefour devant moi, pourquoi ?" (p. 45). Sa fascination pour les angles fait écho à Mondrian ou au Leiris de L’Âge d’homme (1939), dont on se rappelle la mémorable phrase : "Les rêves dont on ne parvient pas à se souvenir sont comme des objets dont on ne connaîtrait que les angles"… Avec Mathieu Brosseau – l’auteur de L’Espèce – il partage le "désir d’une poésie qui se déferait du langage, n’en garderait que l’impulsion, pour mieux s’en défaire" (16). On l’aura compris, l’un des intérêts  d’Extravague – et non des moindres – réside dans sa traversée du champ artistique contemporain : ajoutons à cette petite liste Duchamp, Roussel, Bonnefoy…

Un autre intérêt majeur tient à la réflexivité : parmi les principes d’une écriture que Xavier Person conçoit comme machine à répétition/variation, la "victoire de l’impersonnel" (35), l’importance de la chute… La page 57 fait même succéder la pratique à la théorie, la juxtaposition des éléments et la définition de l’histoire personnelle comme "suite de moments sans effets" se rapportant la phrase-titre : "FIN DU MODERNISME, RALENTISSEMENT DU POST-MODERNISME." /FT/

[+] Julien d’Abrigeon, Le Zaroff, ed. Léo Scheer, 122 p. 15 €, ISBN : 978-2-7561-0213-9.

4ème de couverture : « Je m’appelle Zaroff est le nom que l’on me donne. Je suis vieux, 23 ans, âgé depuis longtemps, j’accumule richesses dans le dénuement le plus total, j’habite Paris, en Angleterre, sur le continent asiatique, une île de terre ferme. Je suis blond, cheveux très noirs, le regard sombre, bleu clair, ma taille est imposante, je suis trapu, fort, ma faiblesse physique due à mon âge se ressent sur ma voix claire, étouffée, je déteste les pauvres car ils n’ont pas vécu ce que nous, les pauvres, avons vécu, c’est pour cela que j’abats les riches, j’en suis un je sais ce que c’est, je suis pour plus d’équité sociale même si cela doit aggraver les inégalités, j’existe n’existe plus je n’ai jamais existé sinon dans les rêves de ceux qui ne rêvent pas. J’aime tuer, cela me dégoûte. Je me sens moralement bon mauvais puisque je suis amoralement immoral. »

Cela fait longtemps que l’on attendait ce livre. Tel que me le rappelait cette semaine Julien d’Abrigeon, une des premières lectures de ce qui n’était à l’époque qu’un travail non encore réalisé en livre, fut à Arras, il y a pas mal d’année, dans le cadre des lectures que nous organisions avec l’association Trame Ouest. C’est donc avec un immense plaisir que je retrouve maintenant Zaroff publié.

Tout commence par l’exergue. Et d’abord ceci cité de La chasse du comte Zaroff de Richard Connel : "Dieu a créé certains hommes pour être des poètes. De certains il fait des rois, d’autres des mendiants. De moi, il a fait un chasseur." Poésie du chasseur, poésie de l’art de tuer. En 30 chasses et 14 traques, Julien d’Abrigeon nous ouvre à l’art littéral de tuer des proies humaines. Zaroff nous parle, à la première personne, de chacun de ses meurtres. Que cela soit les scouts, première proie dans l’ordre établi, mais n’arrivant qu’à la page 103, des contrats qui "permettent de commettre des crimes gratuits tout en étant rémunérés" de sorte qu’au "plaisir s’ajoute une jubilation supplémentaire" [p.42] ou bien encore de tous ces nombreux, plus ou moins anonymes, chacune des trente variations de l’art de tuer s’expose comme jeu de la langue, jeu de la langue prise dans le jeu du meurtre.

Car l’art poétique dont il est ici question, s’il est, par l’exergue, lié à l’art de tuer, est incarné d’abord et avant tout par un art d’écrire. Il ne s’agit pas d’un roman à proprement parler. Mais bien d’un montage, d’un dispositif poétique contemporain. Chacune des 5 séries présentes [chasses + sorties + reflets + traques + cavales] est ventilée en désordre et de manière parcellaire (à l’exception des chasses) au coeur des pages. Ce procédé, s’il peut avoir dans certaines créations un réel intérêt, comme par exemple chez Chloé Delaume s’amusant des livres dont on est le héros, ici ne m’a pas convaincu, paraissant un peu artificiel. Par contre, comme cela apparaissait déjà dans son premier livre,  Pas billy the kid, les créations stylistiques et poétiques sont nombreuses, amenant un certain plaisir dans la lecture, du fait de ruptures énergisant le passage d’une partie à un autre. Alors que dans son premier livre, le style était encore trop proche d’autres écritures, paraissant même parfois les mimer, y renvoyant plus ou moins consciemment, il y a une réelle autonomie de la création stylistique dans le Zaroff.

Cet art poétique ne s’attache cependant pas seulement à l’art de découper en rondelles des quidams ou dans l’art de les cibler et de les tuer comme du gibier. S’il est indéniable que les chasses prennent une grande place, cependant, les 4 autres séries sont elles aussi fondamentales, notamment les reflets : parties qui m’ont le plus intéressé. Les reflets sont le lieu de ce retour sur soi de Zaroff, de son art du cynisme, de la manière de se prévaloir de son rôle et de sa place. Si le premier reflet, conjuguant l’oxymoron plus qu’il n’en faut, ressemble trop à un exercice de style avec certaines maladresses me semble-t-il, toutefois, reste, que les deux dernières lignes exposent parfaitement la tension du personnage : "j’aime tuer, cela me dégoûte. Je me sens moralement bon mauvais puisque je suis amoralement immoral". Cette tension, cette dualité, nous la retrouvons de même dans le quatorzième reflet : "je ne suis pas passionné par ma passion" [p.62]. Et c’est cette tension qui fait la qualité du personnage, cette tension posant sa difficulté de se saisir, même s’il essaie de se déterminer seulement comme un tueur. Zaroff n’est pas seulement un tueur car il témoigne de ce qu’il est, parce qu’il se pose la question de son propre être, de sa nécessité en tant que chasseur qui traque et tue. Zaroff est l’incarnation d’une cruauté qui s’interroge sur sa nécessité, sur la consistance de son propre être. En écho d’une autre culture, chère à Laure Limongi, éditrice de ce Zaroff, il y a une parenté entre le personnage de Julien d’Abrigeon et Dexter, notamment et surtout à dans leur manière de prendre conscience d’eux-mêmes.

Dans l’ensemble, le livre de Julien d’Abrigeon est un bon deuxième livre, on y retrouve sa langue, celle de ses lectures publiques, on y retrouve la dérision de ses textes, partagée avec le groupe Boxon. /PB/ 

Événements

► On pourra rencontrer Julien d’Abrigeon le mardi 15 décembre 2009 de 19H à 23H à la Librairie Pensées classées [9, rue Jacques Cœur 75004 Paris – métro Bastille].

RADArt (Rapid Application Development for artistic projects) vous invite à découvrir des projets de création artistiques innovants et à participer à la résolution des problématiques technologiques rencontrées par leurs créateurs. C’est une occasion d’échanger des idées, de mettre en pratique votre expertise technique et votre inventivité ou de croiser un futur partenaire sur des projets d’art numérique.

Réservé à tous ceux qui ont envie d’expérimenter autour de la création Art-techno : codeur, ingénieur, artiste numérique, technologue affirmé, étudiant ou amateur…
Places limitées, réservation obligatoire à inscription@radart.net

18h30 -19h : Accueil & présentation
19h – 19h30 : Présentation des projets et défis technologiques
19h30-20h15 : Ateliers discussion-résolution de projets
20h15-20h30 : debriefing / Mise en commun
20h30-22h30 : Performance musicale et artistique

4 projets présentés :

* Brice Torres alias Kirikoo Des – TELSA. Projet au sein du TMP LAB
Kirikoo est danseur et s’intéresse à un concept de scénographie interactive. Plusieurs Tesla Coils sont placés autour d’une cage de faraday, où danseurs et spectateurs se retrouvent. Les machines réagissent à la fois à une musique en créant des arcs électriques lumineux et sonores, à la fois à des mouvements des danseurs et du public.
Défi : travailler sur la modulation du signal
Technos : module MOFSET et la partie électronique.

* Maé Berriet – AAASeed
Maé berriet présentera AAASeed, logiciel de création de monde 3D temps réel & interactif, générateur d’images. Le logiciel indépendant du système d’exploitation, fonctionne par blocs encapsulant une fonctionalité spécifique : clavier, oscillateur, filtre, modulateur en anneau, réverbération.
Défi : l’utilisation de blocs AAASeed interconnectés de manière appropriée doit permettre de construire toute application informatique.
Technos : gestion des primitives 2D et 3D, des primitives mathématiques, du son, de la décompression vidéo, une gamme de capteur d’entrée, des protocoles de communication.

* Natacha Roussel – Experientae Electricae
Natacha développe des costumes sensoriels communicants localisables. Ses oeuvres ont été présentées dans le cadre de Show Off, Futur En Seine, et à la SAT.
Défi : améliorer ses algorithmes de géolocalisation en particulier surla question du traitement du signal.
Technos : Reseau zigbee/ Max Msp/ Cartographie Open GL

* Stephan Perraud – Amoebe
Stephan présente Amoebe une oeuvre interactive comportementale qui se propose de réincarner sous forme numérique l’oracle grec de l’antiquité, grâce à une intelligence artificielle. Vidéo interactive comportementale dont le tracking comprend les mouvements du spectateur et les interpète.
Défi : rendre l’intelligence artificielle indépendante à la fois dans sa compréhension et dans sa mémoire.
Technos : C++ ainsi que l’environnement OPEN FRAME WORKS.

INFOS: http://www.radart.net et/ou http://www.digitalarti.com/fr/blog/radart
1ère session : Mercredi 16 Décembre 2009
Places limitées, inscrivez-vous ici ou par mail à inscription@radart.net
151 rue Montmartre – Passage des Panoramas – 75002 Paris Métro Bourse ou Grands Boulevards

Libr-fêtes

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le faire, lisez et/ou offrez ces fictions carnavalesques et/ou critiques : RAHARIMANANA, Za ; Pierre JOURDE, La Cantatrice avariée ; Yves BURAUD, Agonie-sous-Bois

En matière de poésie, Suzanne DOPPELT, Le Monde est beau, il est rond et Lazy Suzie ; Christian PRIGENT, Naufrage du litanic ; Patrick BOUVET et Eddie LADOIRE, recherche + corps

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rédaction

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