[Texte - série] Romain le GéoGrave, Heures supplémentaires

[Texte – série] Romain le GéoGrave, Heures supplémentaires

mai 14, 2013
in Category: créations, UNE
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Vous reprendrez bien quelques heures supplémentaires, série de Romain le GéoGrave lancée début mai, qui ressortit aux écritures critiques du/au travail. [Lire la première livraison]

16:42 – eh oui, même la langue du bourgeois reste une langue – débourgeoise-moi, oh oui encore ! la langue ne tombe pas à pic – elle tombe où elle peut – et la travailler travailler – c’est capitalistiquement inintéressant – car ne rapporte rien d’autre qu’un peu – pas d’essence de Guerlain – non non et non – mais permet juste de mettre l’église au milieu du village – et si la langue dérape on te fout une église au milieu du visage – et paf une série de curetons dans la gueule – la langue il faut la démanier tous les jours, au petit matin du petit déjeuner de la petite famille petite toute petite vie – après être allé pisser la ‘tite goutte de la nuit – la langue se défait pas trop mal dans le café au lait – elle tourne elle tourne elle tourne dans le sens que la cuillère veut bien lui donner – et là, un petit peu, tout petit peu, elle se débourgeoise un peu le cul la langue – on en arriverait presque à trouver que toutes les phrases s’amalgament et se cohérentent – mais besoin de tourner sept fois la cuillère dans le bol – parce qu’on y trouve des mots pas beaux le matin – et la langue est chargée – bouârk bouârk –

14:46 – le temps d’une décharge de batterie – écrire le plus rapidement possible ce que l’anti-bourgeois d’écrivain anti-bourgeois croit se raconter – nous découvrons l’écriture malpolie – l’auteur fait partie des gens malpolis mal polis, vé, bien sûr mal-polis il est mal dans sa cité dans sa polis, et dans sa police également – mal poli, comme mal dégrossi, encore des ruptures et des fractures et des rayures et des ratures et des rainures – mal dans la cité reste une évidence que le bourre-joie comme le pauvre éprouvent à des instants différents – c’est l’instinct du mal-aise – y a du boulot parce que ni l’école ni le salariat ni le précariat ni rien du tout d’ailleurs n’ont réussi à lisser – et c’est pas faute de lisser de polisser de policer, notamment cette foutue école/collège/lycée – la sortie de l’institution asilaire – sortie vers une autre prison de liberté – là-dedans, un petit peu d’écriture, d’écriture bourgeoise et prisonnière de sa propre anti-originalité – et que faire d’autre sinon s’enchaîner à cette sale putain la liberté – s’emprisonner à la libre liberté libre pensée libre chiée – impossible de transgrechier tout cela –

14:56 – même jour, c’est achronique cette connerie – pas de foutue date qui te fout dedans – juste l’heure, qui a eu l’heur de savoir ceci d’ailleurs ? – l’heure du tourne pas rond pour pas une thune – un peu plus tard, mais je dirais pas si c’est plus tard dans le jour ou avant dans la semaine – va falloir s’y faire les p’tits lecteurs bourgeois – va falloir se fourrer le doigt dans l’oreille et remuer tout cela – et rond et rond tout ça tourne pas rond – les boyaux d’la tête en vrac – allez hop, une chope –

18 :05 – c’est l’heure des zeuresupp’ – insupportables – bipbipbip – la sonnerie de contrôle du concon – cass’toi pauvre tronche – te mettre au travail te mettre au travail – mantra lancinant – se mettre se remettre se faire mettre au travail – travail – vaille que vaille – anti-patron – anti foutre de bourgeois – académique – je mâche du neurone à longueur de temps – je sors de la cave aussi de temps en temps – tictac – le temps d’une journée de tafdemerde – je range ma blouse de taf-taf – une bouiffe à la sortie – vite direction – direction vide – applaudissements zéro à l’érectomètre – le spectacle n’a jamais commencé –

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rédaction

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