[Chronique] François Rannou, élémentaire (extrait)

[Chronique] François Rannou, élémentaire (extrait)

avril 25, 2018
in Category: chroniques, UNE
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[Chronique] François Rannou, élémentaire (extrait)

Nous remercions François Rannou de nous avoir donné à publier sur le net un extrait de sa "lettre sur la poésie", parue en 2013 aux éditions La Termitière sous le titre d’élémentaire. [On pourra lire sur Libr-critique le dossier consacré à François Rannou, et en particulier l’entretien qu’il nous a donné : "Déplacements poétiques de François Rannou"]

Poète veut dire : se trouver dans une position irréductible à tout discours religieux, scientifique, politique (donc économique), parce qu’à la confluence de tous ces discours comme un étranger — qui en connaît parfaitement la langue mais dont la particularité est le souci « que l’expression vienne avant la pensée ». Comme le dit Francis Ponge, « il faut saisir l’expression avant qu’elle se transforme en mots ou en phrases ».
Il s’agit pour lui d’éviter le piège des mots remâchés, des pensées préfabriquées — paroles préparées, langage servile. C’est bien sûr celui que véhiculent les discours qui calfeutrent, ordonnent, cherchent à « arranger les choses » alors même, insiste Ponge, qu’ « il faut que les choses vous dérangent. Il s’agit qu’elles vous obligent à sortir du ronron ; il n’y a que cela d’intéressant parce qu’il n’y a que cela qui puisse faire progresser l’esprit » ("Tentative orale", in Méthodes, 1971).
Ainsi, me semble-t-il, tout poète se positionne — par rapport aux savoirs que portent tous les discours de maîtrise ou d’enseignement (sur l’homme, sur le réel) et au pouvoir qu’ils impliquent — d’une manière insolite. Il les capte et les traverse, les fait éclater de l’intérieur dans un mouvement de dépense dont son travail rend lisible les traits. Loin de capitaliser les savoirs, il les met à nu, il les disperse pour mieux les faire essaimer. Au vif du courant, debout, il soulève les pierres et les mots, sent le nerf du temps contradictoire. L’envers d’écrire (c’est le titre d’un livre de Dominique Grandmont) est le point de tension dont le timbre sonore résonne dans sa voix, dans son corps. De ce fait, quand on examine le rôle que notre société actuellement assigne aux pratiquants du savoir et de la culture (qui se confond, n’est-ce pas, de plus en plus dorénavant avec ce qu’on appelle les médias), le poète refuse de jouer le jeu, d’être à la place qu’on lui a réservée. C’est en ce sens que Ponge refuse l’étiquette de poète car sa « conception de la poésie active (…) est absolument contraire à celle qui est généralement admise, à la poésie considérée comme une effusion simplement subjective (…) » (Entretiens avec Philippe Sollers, 1970).
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rédaction

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