[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis 1/5

[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis 1/5

juin 20, 2017
in Category: créations, UNE
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[Création] Daniel Cabanis, Enchaînement logique des alibis 1/5

Où l'on va voir si vous avez suivi le dernier feuilleton de Daniel Cabanis... (Indice : un car peut en cacher un autre...). [Dernier post : Suivi d'un car de touristes 6/6]

Primo

 

Avouer ne m’intéresse pas. Je préfère nier, c’est plus excitant pour l’imagination.

 

Le mardi 12 février, vers onze heures, je veux dire vingt-trois, j’étais couché. Je ne dis pas que je dormais, j’ai lu. D’habitude je n’aime pas beaucoup lire au lit (surtout des romans contemporains), et cependant cette nuit-là j’en ai lu un : Le Polyglotte de Lascaux de Paul Vican. Je n’en ai lu que le début (soixante pages, après ça m’a rasé) et la fin qui n’est pas mal non plus. Bon roman, dans l’ensemble. Rien ne se passe comme prévu. Un type, dans sa salle de bain, se coupe tranquillement les ongles des pieds, puis s’en va travailler. On imagine qu’il s’agit du guide polyglotte de la Grotte de Lascaux, mais ce n’est pas ça : le type est en fait un touriste lambda solitaire et dépressif qui se morfond dans le département du Lot et se dit Tiens, pendant que j’y suis je vais aller visiter le fameux Gouffre de Padirac, ça me changera les idées. Il y va. Malheureusement il glisse, fait une chute d’une dizaine de mètres et se casse les jambes et le coccyx. Brancard, ambulance, etc. À l’hôpital, il attrape un staphylocoque doré ; ça se termine de façon très enlevée par une double amputation des jambes sans qu’on sache en définitive si le cul-de-jatte est polyglotte ou non. De la Grotte de Lascaux, il n’est pas non plus question. Étrange roman, dirais-je, et douloureux, sur la perte progressive de l’intégrité physique : ongles d’abord, jambes ensuite, et après, quoi ? J’étais secoué quand j’ai eu fini de lire. Il était une heure. J’ai posé le livre. Je me suis levé. J’ai fait un peu de bruit. Liz a ouvert un œil. Elle s’est mise à se tortiller dans le lit et a eu envie de moi, que je la dorlote un peu. Ça m’a paru incongru. J’ai dit Non Liz, il est tard, je suis HS, et ton Polyglotte de Lascaux m’a bouleversé (c’est elle qui m’en avait conseillé la lecture). Elle a dit Bon soit gentil, va promener le chien. Je me suis rhabillé et je suis sorti. Il faisait froid. J’ai lâché le chien. Il s’est fait écraser par un car de touristes. Tout ça est vérifiable.

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rédaction

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