[Libr-parution] Sylvain Courtoux, Consume rouge

[Libr-parution] Sylvain Courtoux, Consume rouge

avril 12, 2014
in Category: chroniques, Livres reçus, UNE
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[Libr-parution] Sylvain Courtoux, Consume rouge

La "référence à la poésie est-elle encore un mal nécessaire ?", nous demande le postpoète de combat dans un livre à consumer rouge après le brasier de Stillnox – livr-événement disponible depuis hier, et à coup sûr en librairie à partir de lundi 14 avril.

Sylvain Courtoux, Consume rouge, post-poèmes de combat + Death by a Thousand Sources (livre de 96 pages grand format + CD), Al dante, avril 2014, 24 €, ISBN : 978-2-84761-776-4. [La photo en arrière-plan renvoie à la performance créée le 12 mars 2013 à Limoges/Dark City : "Notes sur le sample (version instrumentale)" – qu’on pourra écouter en lisant la présentation ci-dessous]

 

"Réinventer par saturation l’espace de la vitesse noire / un long immense et raisonné achèvement de tous les systèmes [COMBINER + STRATIFIER]" (p. 19).

En ce temps de consumation consumériste, le postpoète voit rouge :
" contre les quatre commandements du capitalisme triomphant : la rentabilité la peur l’enfermement l’inexistence
La littérature de recherche est en somme en cessation progressive d’existence
depuis 1945, la destruction est tout ce qu’il y a de plus rentable (le suicide comme moyen de sélection idéal puisque la victime assure elle-même sa propre désintégration/ le nouvel assentiment) " – p. 55.

Il s’agit pour lui de recycler la vieillerie dite "poésie" en recyclant la poésie, y compris et surtout moderne : « LA CONSUMATION ROUGE N’EST PAS UN ART DE LA CITATION MAIS DU PILLAGE / […] ça s’enrouge [de sens] ça sent le ciel au noir ça se paye de décharges de sang / ça recherche des formes qui suivent le chaos ça brandit le futur pour critiquer / ce qui est absent dans le présent ça créera au besoin une "histoire révisionniste de la poésie" / ça créera au besoin une post-poétique hantologique & recombinante / traumatismes & inquiétante étrangeté »…

Il s’agit pour lui de cramer la poésie, de véroler les discours dominants, y compris et surtout dans le microcosme poétique, de les porter à incandescence… de "planter le NOX au cœur même de la langue" (16)… De mettre au jour l’inter-dit poétique : "si la poésie est inadmissible, qu’elle n’existe pas, c’est qu’il n’existe que des poètes et ces poètes sont porteurs d’intérêts de classes vrillés dans leurs textes, cachés dans leurs postures ou leurs choix, qu’ils soient des classes dominées, qu’ils soient des classes dominantes, ils sont dans le mythe de la cléricature, de la caricature de la réalité, ils ne sont pas dans ce qui rend possible la poésie" (33)…

Ce bric-à-brac constitué de vers libres / proses critiques / dessins / schémas / jeux graphiques et typographiques / photos / photomontages ressortit à la post-poésie, la poésie post-punk, la poésie visuelle, la fiction noxienne, l’auto-narration poétique… À la poésie expérimentale en tout cas, ce qui explique son titre, emprunté à un album du groupe de rock Ground Zero (Consume Red, ReR, 1997). Il faut donc lire Consume rouge en écoutant le CD joint, qui mêle musique électroacoustique et musique bruitiste, parfois jusqu’à l’inaudible : « Il y a, d’un côté, la page et l’écrit, et, de l’autre, les synthétiseurs et le son. C’est le même travail, sous deux formes différentes, qui se complètent et s’unissent, pour tenter de toucher/de figurer le monde, de donner forme à cet impossible univers dans lequel le "je" est embourbé » (p. 94). Consume rouge est un objet poétique total, autonarratif et autoréflexif, qui, transgressant les frontières génériques, tente de se situer dans et hors de la poésie, dans et hors du sujet. Ce qui, comme le souligne l’auteur lui-même, ne va pas de soi : « La grande contradiction de Consume rouge : comment perpétrer, perpétuer une poésie du "virus" sans pouvoir croire par ailleurs à l’efficacité opératoire & à la portée politique de cette opération ? Tu ne crois pas aux perturbations, subversions de l’intérieur vers l’intérieur des systèmes » (p. 77). Par ailleurs, si disparition élocutoire du sujet il y a, elle prend ici une forme particulière et particulièrement paradoxale : d’une part, l’ego-poète s’affiche comme toxico-dépendant, exilé dans notre monde depuis la défenestration de sa mère le 6 août 1987 alors qu’il avait douze ans, comme poète excentré et excentrique ; d’autre part, cet ego se disperse, se diffracte, s’anonyme (anonymous Courtoux) dans l’analyse critique du champ poétique comme dans le kaléidoscope des échantillonnages (technique du sampling qui le rapproche de Kathy Acker, John Oswald ou Guy Debord : "JE EST UNE INTERFACE").

 

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Fabrice Thumerel

Critique et chercheur international spécialisé dans le contemporain (littérature et sciences humaines).

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