[Chronique - News] Bruno Fern, Suites de Suites... (Fabrice Thumerel)

[Chronique – News] Bruno Fern, Suites de Suites… (Fabrice Thumerel)

octobre 30, 2018
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[Chronique – News] Bruno Fern, Suites de Suites… (Fabrice Thumerel)

Parmi les suites au livre de Bruno Fern, deux tout prochainement… RV vous est donc donné à Paris et à Caen. Et comme on a de la suite dans les idées, on revient sur ce drôle de roman fleuve bipartite.

Le vendredi 2 novembre à 19h30, Librairie Texture, les éditions Louise Bottu seront à l’honneur. Auteurs invités : Guillaume Contré pour Discernement, Bruno Fern pour Suites, Alain Frontier pour Érudition et Pierre Barrault pour Clonck et ses dysfonctionnements. [Texture – 94, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris – 01 42 01 25 12]

Samedi 10 novembre, à 15 h, à la Bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen, Bruno Fern, aux côtés du tromboniste Thierry Lhiver, lira des extraits de son dernier livre, Suites, paru aux éditions Louise Bottu.

Bruno Fern, Suites. Roman fleuve. (Avec un dessin de Philippe Boutibonnes en couverture). Louise Bottu (Larribère, 40), mai 2018, 162 pages, 14 €, ISBN : 979-10-92723-23-6.

Une écriture « dans les formes » : un assemblage dynamique /Fabrice Thumerel/

La quatrième de couverture, certes, remet de la suite dans les idées. Mais le critique n’a pas forcément envie de procéder en bonne et due forme…

Malgré notre étonnement, le ludisme formel de Bruno Fern, que Typhaine Garnier définit comme « la contrainte faite style », pouvait l’air de rin déboucher sur de telles suites : un texte excentré et excentrique, un capharnaüm polyphonique et polymorphique. Le texte lui-même nous offre une mise dans l’abîme : une plongée « dans les formes » avec « embranchements », un assemblage dynamique (cf. p. 158)…

Suites… Au sens de « saillies », il y en a peu, mais aux sens mathématique, linguistique et musical de « successions d’éléments » il y en a à foison : ce patchwork est une succession, plus chaotique dans la seconde partie, de fragments narratifs, listes, documents divers, chants, infos, chiffres, données biographiques, historiques, techniques, didactiques, érudites… et même de ratures (dans la série lis tes ratures). D’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, du poilu au « chevalier high tech » (92) nous virevoltons… Et de Verdun à aujourd’hui, « ON NE PASSE PAS / en territoire français » (140). Non sans dérision, Bruno Fern dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et les phénomènes migratoires dans un monde mondialisé : « C’est en voulant à tout prix (entre 500 et 6 000 €) rallier ce patrimoine culturel mondialement renommé (un séjour sur ses terres équivaut à la visite d’un gigantesque musée à ciel ouvert) que 67 ont disparu dont 13 f. et 8 e., l’embarcation ayant chaviré après 4 jours de mer avec des rafales force 7. Si environ 5 000 ont connu un sort similaire depuis janvier dernier […] » (139).

Ces suites de virtuose s’avèrent bien entendu parfaitement mélanludiques, comme en témoignent les quelques relevés qui suivent. Un trait d’humour, entre autres : « pour le débourrage de crâne, aucune cellule psychologique n’a été mise en place dans un rayon d’au moins 50 km autour de la bâtisse, même à vol d’oiseau » (44). Un zeugme : « ils ne prennent pas que l’air et l’apéro » (155). Deux paronomases, dont une avec détournement : « à la guêtre comme à la grêle » (14) ; « s’agite du bocal et du buccal » (40)… Des calembours : « un silence trop matique ? » (62), « Alex en drains » (67), « Impasses et père » (76), « glory hole » (114)… Et offrent un jeu implicite d’échos intertextuels : si par moments le phrasé sonne comme du Prigent, le texte va jusqu’à cligner du côté des zozios de Jacques Demarcq (107), autre membre de TXT… Mais auparavant, sont convoqués deux phares de la modernité, Rimbaud et Apollinaire (86) : « en qualité d’enchanteur plutôt pourrissant […] comme un trou dans les nuages ou deux rouges au côté droit »…

Et alors maintenant, quelles suites ?

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Fabrice Thumerel

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